CHAPITRE WXll
lo{pie, ce qui s'effectua dans le courant du mois de mars. Sa paix particulière fut signée à Pétcrsbourg le 5 mai, et la Suède ne tarda pas à l'imiter.
Frédéric, débarrassé de son plus redoutable ennemi , sentit renaître l'espérance.
Son armée recomplétée comme par enchantement, et renforcée en outre par les corps de la Poméranie et de la Marche, fut bientôt en état d'ouvrir la campagne.
La défection de la Russie et de la Suède déconcerta les alliés, et détruisit leur premier plan. Daun vint prendre le commandement de la grande armée de Silésie , qui fut portée à 106 bataillons et 149 escadrons. 11 paraît que la base de son projet était de se borner à conserver ce que l'on avait gagné, sans songer à étendre ses conquêtes.
Serbelloni commandait le corps autrichien qui devait agir défensivement en Saxe avec l'armée des cercles. La France adopta un plan de campagne inverse de l'année précédente, et dont nous avons déjà rendu compte au chapitre précédent.
Daun arriva à l'année le 0 mai , et la fit déboucher des défilés le 15, sur six colonnes, pour s'établir dans la plaine de Kratzkati, entre la montagne de Zoptcnberg et le ruisseau de Schweidnitzwasser , la droite à Kaltenbrunn, la gauche vers Stephanshnin.
Les Prussiens, sans s'inquiéter beaucoup, renforcèrent leurs postes et restèrent en cantonnements resserrés vers Strchlen cl sur les deux rives de la Lohe. Le 20 mai , Frédéric ayant reçu la nouvelle qu'en vertu d'une alliance avec la Russie, le corps de Czeruischef devait se joindre à lui comme auxiliaire, résolut de l'attendre; et le général autrichien, qui craignait déjà pour l'avenir, attendit complaisamment qu'on vint l'inquiéter. Les deux armées gardèrent donc leurs positions pendant tons les mois de mai et de juin , snns outre événement que des escarmouches, où les Autrichiens eurent presque toujours le dessous , ce qui
leur fit beaucoup regretter le licenciement de leurs excellentes troupes légères.
Frédéric voulait débuter par le siège de Schweidnitz ; or , pour l'entreprendre , il fallait forcer Daun à quitter ses positions , en l'attaquant, ou manœuvrant sur ses communications. A cet effet, le général Werner rassembla un corps nombreux à Cosel , et se porta le 13 mai à Ralibor. Cette diversion ne remplit point son but : Daun ne fit point de grands détachements, il se borna à renforcer jusqu'à 0,000 hommes la division de Beck, qui couvrait la Moravie. Tout se passa en mouvements insignifiants jusqu'au 24 juin, que le duc de Bevern arriva avec un petit renfort à Eichlau , et prit le commandement d'un corps de 21 bataillons et 30 escadrons.
Enfin, Czernischef joignit l'armée prussienne le 1 er juillet avec 23 bataillons et 16 escadrons, ce qui la porta alors à 82 bataillons et 135 escadrons , avec 316 pièces de canon, non compris la division de Bevern.
Le roi, dans l'intention de déborder Daun, de le couper des défilés , et de le forcer à une bataille , donna le commandement de 25 bataillons et 26 escadrons au général Neuwied, qui se porta dans la nuit du 1 er au 2 juillet aux environs de Kostcnblut , d'où il devait repartir la nuit suivante, pour s'emparer des montagnes de Ziskenberg, en arrière de Freybourg , passant par Weichereau et Bertelsdorf. L'armée qui s'était rassemblée le 1 " à l'entrée de la nuit , s'établit dans le plus grand silence sur les hauteurs de Sachwitz, d'où elle devait également partir dans la nuit du 2 au 3 sur quatre colonnes, pour gagner Freybourg par Ossig, Rauske, Preilsdorf, Tscheschen, en passant à droite de Zirlau ; mais Daun , instruit par un déserteur du départ du corps de Neuwied, se mit en mouvement dans la même nuit, et rentra dans les déniés, où il campa, la droite à Oberbogendorf, la gauche à Pulsnitz, le ceutre en arrière de Freybourg. Frédéric, ayant été informé de
TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
ano
cet événement, le 2 au matin, fil mettre «es troupe» légère» aux trousses de l'ennemi, et se porta le soir avec l'avant-garde sur les hauteurs de Wurben, près de Schweidnit?., où l'armée prit le 8 au matin, son ancien camp de Buntxelwitt. Le corps de Neuwied se porta le 2 à Strigau.
Frédéric savait que la position de Daun était inattaquable de front, mais il n'ignorait pas qu'en manœuvrant par Uohenfriedberg,on en déborderait à la fois la gauche, et menacerait Braunau, où se trouvaient ses grands magasins. D'un autre côté le maréchal jugeant par une rceonnaissance , que le roi adopterait ce parti , porta sur-le-champ le corps de Brentano , de Rurkersdorf sur les hauteurs d'Adelsbach, qui couvrent la route de Friedland à Braunau.
Daun ne s'était pas trompé : le roi avait résolu de porter, dès le 4, sur les montagnes de Hohenfriedbcrg la division Neuwied et un corps de 22 bataillons et §8 escadrons, commandé par le général Cxcrnischcf, pour opérer contre l'armée autrichienne , soit qu'elle se trouvât encore dans la position de Kuniendorf, soit qu'elle l'eût abandonnée. Mais Frédéric ayant été fortement indisposé, l'exécution de ce mouvement fut retardée jusqu'au 8.
Neuwied se mit en marche ce joun-là , à l'entrée de la nuit, sur Hohenfriedberg et de là sur Reichenau , où l'on rencontra les premiers postes de Brenlano qui furent chassés. 1^? roi quitta à minuit le camp de BuntxelwiU avec le corps de Cxernischef.
Lorsqu'il entendit tirer le canon du côté du général Neuwied , il se hâta de le joindre avec la cavalerie, et ordonna, à son arrivée, de déloger l'ennemi des hauteurs entre Reichenau et Adelsbach ; mais les postes autrichiens se retirèrent sur les hauteurs à pic qui forment un plateau inabordable en arrière de ce dernier village, où le corps entier de Brentano était en position. L'infanterie prussienne traversa néanmoins Adelsbach sous le feu des batteries, et com-
mença à gravir les montagnes. Le roi ayant reconnu les difficultés de cette attaque, y renonça. Toutes les troupes revinrent, à l'exception des 8 bataillons de la tête qui déjà trop engagés , ne purent se retirer.
Après des efforts inouïs, ils parvinrent haletants, au sommet de la montagne, où il»
furent chargés et culbutés dans les ravins, par des troupes fraîches et supérieures en nombre. Cette affaire, qui eût peut-être réussi, s'ils eussent été soutenus, coûta aux Prussiens 700 morts ou prisonniers, et 600 blessés; mais ce qu'elle eut de plus fâcheux, c'est qu'elle retarda Neuwied d'une journée, et donna au maréchal Daun le temps de soutenir ses dépôts de Braunau.
Frédéric poursuivit néanmoins son opération, en cherchant à déborder Brentano, pour gagner Friedland ; Neuwied reçut ordre de continuer sa marche; mais l'extrême fatigue des troupes ne permit pas de la pousser au delà de Wittgendorf. Daun qui, devinait depuis longtemps les projets des Prussiens, n'eut pas plutôt avis de ce mouvement, qu'il résolut de porter Brentano à Friedland, et d'exécuter un changement de front en arrière ; il repassa donc le ravin de WeistriU, et campa, la droite près de Breitenhain , la gauche sur les hauteurs de Charlottenbrunn : un corps sous le général Okelli, posté sur les hauteurs de Burkersdorf, lia la droite avec Schwcidniti, de manière que cette excellente position couvrit en même temps la place et les dépôts de Braunau.
Sur ces entrefaites , le général Ziethen qui était resté au camp de BuntxelwiU avec la moitié de l'armée, ayant appris, le 7, le départ des Autrichiens, se mit en mouvement pour occuper les hauteurs qu'elle venait de quitter, et s'établit la droite à Furstenstein , la gauche à Bogendorf. Le roi traversa Adelsbach, et campa entre Altwasser et Seifersdorf.
Neuwied , aux approches de Friedland.
fut fort étonné de rencontrer Brentano que