‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 182 sur 196 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

l'on croyait encore sur les rochers d'Adelsbach. Comme il était dans une mauvaise position, et inférieur en nombre, on aurait pu l'attaquer ; mais Neuwied, au lieu d'en donner Tordre sur-le-champ, convoqua un conseil de guerre, dont son ennemi profita pour aller prendre l'ancien camp retranché de Dittersbach, où il fut à l'abri de toute attaque, et à portée d'être aisément soutenu par l'armée de Daun. Enfin le corps de Haddick, qui, jusque-là, était resté à Wartha, s'étant réuni à Brentano, le roi fut obligé de renoncer à ses entreprises sur ce point.

Pour épuiser tous les stratagèmes qui pouvaient faire sortir Daun de sa position, Frédéric essaya ensuite une diversion en Bohême. Le corps de Neuwied se porta sur les hauteurs de Trautenbach, et poussa ses partisans jusque sur Konigsgrau ; mais le maréchal se borna à jeter quelques troupes dans la forêt de Konigsilva, pour donner des craintes à son adversaire, et à porter le corps de Brentano à Politt, et celui d'Ellrichshausen à Steingrund : il prit néanmoins la précaution de transférer ses magasins de Braunau à Scharfcncck, dans le comté de GlaU.

Le roi, voyant la droite des Impériaux un peu dégarnie vers les hauteurs de Hohengiersdorf et Burkersdorf , prit alors la résolution de s'en emparer, pour la couper de Schweidniu. L'exécution de ce projet était scabreuse; il fallait s'établir entre uue forteresse et une armée supérieure qui la couvrait. A cet effet, le général Ziethen reçut ordre de se mettre en marche, le 1 8 juillet, sur deux colonnes; la première vint camper, la droite sur les hauteurs escarpées de Hobengiersdorf , la gauche au bois d'Ameisenwalde ; la seconde prit position, la droite à la route qui conduit de Schweidniu à Hohengiersdorf, la gauche à Bogendorf, face à Schweidniu. Le 15, Neuwied revint sur Rosenau.

Le 16. l'armée conserva sa position. Le

roi réfléchit aux moyens de forcer Daun à s'éloigner de la place, pour en faire le siège; il porta une colonne à Kuntendorf , et le corps de Neuwied à Gablau et Allreichnau; il fit en même temps des démonstrations pour occuper la gauche de Daun.

Le 18, le corps de Neuwied 6e rendit par Hoheufriedberg à BunUclwiU. lin événement décisif semblait se préparer, lorsque Cternischef annonça au roi la terrible catastrophe qui avait précipité Pierre Iil du trône, pour y placer la célèbre Catherine, et lui communiqua l'ordre qu'il avait de retourner en Pologne. Tout ce que Frédéric put obtenir, fut que le corps russe restât encore trois jours dans sa position, dans un état de neutralité absolue ; et il en profita pour combiner l'attaque des hauteurs de Leutmansdorf et Burkersdorf, qui dominaient la position des Autrichiens, et dont la perte les eût forcés de se battre avec désavantage, ou de se retirer.

Le 19 au malin, le roi porta son quartier général à Bogendorf,et le corps de Neuwied se mit en mouvement à l'entrée de la nuit, avec la brigade de Mollendorf . Le 20 au jour, toutes les troupes furent rendues à leur destination, passèrent le ruisseau de WeistriU sur des ponts de chevalets, et campèrent entre Bogendorf et Esdorf, face à Schweidniu. On reconnut l'ennemi. Les hauteurs de Leutmansdorf et Burkersdorf sont très-escarpées , coupées , boisées, et d'un abord extrêmement difficile ; elles étaient couvertes de fortes redoutes, élevées sur les bords du ravin où coule la Weistriu, polissadées et garnies d'abalis énormes. Le général Okelli occupait la position de Burkersdorf avec 9 bataillons : les hauteurs de Leutmansdorf n'en ayant que 4. Daun y envoya à midi la division Brentano, qui occupa non-seulement ces hauteurs, mais encore celles de Michelsdorf et de Ludwigsdorf.

Lorsque les troupes prussiennes s'approchèrent , les postes ennemis se replièrent sur leurs lignes , à l'exception de celui qui

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

gardait le château de Rurkersdorf . Le roi le fit emporter, et y établit, dans la nuit une batterie de 48 obusiers et 12 pièce* de douze.

Le 21 , au point du jour, le roi fit une nouvelle reconnaissance , et ne crut pas apercevoir plus de forces que la veille ; il ignorait l'arrivée du corps de Brentano. Les troupes, qui avaient pris les armes avant le lever du soleil , s'ébranlèrent. Le corps de Neuwied chargé d'enlever les hauteurs de Leutmansdorf, se forma en trois divisions ; les deux premières avaient ordre d'escalader les hauteurs et les redoutes, tandis que le prince de Bernbourg, couvrirait la gauche des attaques du côté de l'armée autrichienne, et s'emparerait de Leutmansdorf.

Ce prince arrive près de ce village, en chassa les postes ennemis, qui se replièrent sur les 6 bataillons postés sur la montagne de Bcrgeeitc ; après avoir reçu quelques renforts, il les assaillit avec impétuosité, et les repoussa jusqu'aux bois de Michclsdorf.

Tandis que cela se passait à gauche, le général Neuwied avait emporté le premier étage des hauteurs, et mis toute son artillerie en batterie contre les retranchements ennemis. Les Autrichiens soutinrent le feu avec fermeté , quoiqu'il fût supérieur au leur. Alors le général Neuwied ordonna l'attaque. Le colonel Lottum, avec une des divisions de droite, marcha aux retranchements , et engagea un combat très-vif ; mais s'étant aperçu qu'un ravin conduisait sur l'extrême gauche, il le traversa à la tête du régiment de Mosel, reforma sa troupe sur la hauteur opposée, et enleva les retranehements, presque sans coup férir. L'cnneini se retira en désordre, laissant onze pièces de canon au pouvoir des vainqueurs.

(I) Je ne sais pourquoi cette cavalerie aurait été condamnée à recevoir des obus, sur un terrain où elle devenait inutile. J'ai souvent vu, dans les campagnes de 1805 et 180G, qu'où faisait jouer mal à propos ce triste rôle n la cavalerie française. La placer en ligne , sons un grand fen d'artillerie , dans

La droite ne fut pas aussi facilement délogée des montagnes de Leutmansdorf ; le prince de Bernbourg avait bien enlevé les premières hauteurs, mais la position retranchée restait encore à prendre } on y porta les régiments de Wunsch, Moritx et un bataillon de Finck. Ces troupes rencontrèrent de si grands obstacles de terrain, et une résistance si opiniâtre, qu'elles perdirent 500 hommes avant de faire le moindre progrès. Enfin, elles trouvèrent les moyens de tourner les redoutes par un ravin, au moment où le colonel Lottum, débarrassé à la droite,* menaçait de couper leurs défenseurs d'un autre côté. Ceux-ci se rejetèrent alors sur le corps de Brentano, qui voyant ses ailes débordées et sa retraite menacée, abandonna les hauteurs de Michelsdorf, et se retira sous un feu d'artillerie continuel jusqu'à Wustwaltersdorf.

L'attaque sur le corps d'Okelti, qui gardait les hauteurs de Burkersdorf , n'eut pas moins de succès. Neuwied y dirigea la première colonne, sous la protection de la grande batterie d'obusiers dont nous avons parlé ; le général Mollendorf devait soutenir cette attaque, et contenir en même temps les troupes de la garnison de Schweidnitx.

dont une partie s'était formée en bataille sur les glacis. Le grand tapage de la batterie n'eut, s'il faut en croire les historiens allemands, d'autre résultat que de faire retirer en désordre la cavalerie d'Okçlli (1).

Les troupes de la garnison de Schweidnitx étant rentrées, le brigadier Mollendorf trouva un moyen d'attaquer le prince de Ligne , retranché derrière un abatis , et couvert par la redoute à gauche du ravin de Weistrilz. Les Prussiens traînèrent l'artillerie à force de bras par un sentier dit le

un moment ou sur un terrain où elle ne peut manœuvrer, est une faute contre tout principe de pierre. Cela n'est permis que dans une graude bataille, où il faut en imposer par une ligne «pieleonque pour masquer ou proléger une m »u crime décisive.

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