CHAPITRE XXXII
lonne qui commençait à déboucher , et la rejeta dans le bois marécageux; sur ces entrefaites , 1 5 escadrons , détachés de la gauche par le roi , culbutèrent la cavalerie ennemie vers Neiderpeile , où à peine reformée elle fut chargée de nouveau par le général Lentulus , du corps de Bevern , et poussée sur l'infanterie vers ce village, où le duc de Wurtemberg acheva de la mettre en déroute avec de nouveaux renforts. Enfin, le général Mollendorf arriva aussi avec 6 bataillons, après le coucher du soleil; et les généraux autrichiens, voyant l'entreprise inanquée, se retirèrent dans le camp de Haberndorf, après avoir eu plus de 1,000 hommes hors de combat.
Cette affaire fit honneur au duc de Bevern, qui n'avait que 11 bataillons et 8 régiments de cavalerie contre 83 bataillons et 14 régiments de troupes à cheval : il est vrai que les deux tiers de l'infanterie ennemie ne firent qu'une parade au bruit du canon ; mais cela contint la moitié du corps du duc, et il faut convenir qu'il saisit avec justesse l'instant décisif de frapper le coup qui devait le tirer d'embarras.
On ne peut interpréter l'inaction des oorps de Lnscy et de Brentano, surtout lorsque le feu de l'artillerie prussienne, sur la colonne de Beck, leur eut annoncé que les grenadiers étaient arrivés à leur destination, et commençaient à s'engager. Us exposèrent l« corps de Beck à être écrasé et enlevé.
Dans tous les cas, il valait mieux s'engager sur le front plus tôt que plus tard ; on avait nsseï de forces pour enlever la position. On serait également tenté de blâmer Frédéric d'avoir tardé si longtemps à soutenir le duc; mais il est certain que le camp dressé à dix heures du matin par les généraux ennemis, sur les hauteurs de Lang-Bielau , lui avait fait prendre le change au point qu'il ne voulut pas croire à l'attaque. Si ses troupes avaient marché de suite, les corps de Lascy et de Brentano eussent été totalement défaits.
Le 1 7 août, l'ennemi resta campé à Haberndorf ; le lendemain matin il reprit ses positions et se porta ensuite par Wartha entre Patzdorf et Oberstein , Beck occupa le camp retranché de Wartha et Brentano prit poste à Schonwalde.
Il parait que le non-succès de cette entreprise dégoûta Daun de tout engagement, car il ne tenta plus rien en faveur de Schweidnilz. Les travaux de siège s'y poussaient vivement; l'attaque fut dirigée contre le fort de Jauernick , Gribeauval employa avec beaucoup de succès pour sa défense la guerre souterraine. Les travaux de la sappe furent poussés avec activité jusqu'au 22 août. Les parallèles et les batteries avaient été conduites jusqu'à cent cinquante pas du chemin couvert, sous les contre-mines.
Mais là il fallut tâtonner et détruire par des globes de compression le système de défense des assiégés. Cette guerre d'un genre tout particulier, dura pendant six semaines entières ; le major Lefèvre, qui dirigeait le siège, perdit la tête, et le roi donna, bien ou mal, ses ordres pour la continuation des travaux. Enfin, une grenade, lancée au hasard, fit sauter, le 8 octobre, le magasin à poudre du fort de Jauernick , et une mine emporta le lendemain une partie du chemin couvert et des palissades. Quoique les assiégés eussent repoussé l'attaque qui s'ensuivit , et réparé prompteinent ces accidents , le général Guasco, qui était en pourparlers depuis plus d'un mois, capitula et se rendh : prisonnier avec 8,600 hommes. On n'a jamais pu concevoir ce qui le détermina à signer ce pacte désavantageux, après une aussi belle défense, qu'il était facile de prolonger encore. La garnison avait perdu du monde , à la vérité , mais la place n'avait point encore été battue en brèche, et n'était pas près de l'être : avant que l'on eût couronné le chemin couvert, et fait la descente du fossé, il se serait écoulé bien du temps , et la saison était assez avancée pour croire qu'elle contrarierait les travaux des assié-
TRAITÉ DLS GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
géants. La perte des Prussiens s'éleva à 3,228 hommes tués ou blessés; celle de la garnison à 2,800.
Dès que la place fut rendue, le roi, voulant procurer au prince Henri les moyens d'occuper le Voigtland, détacha le général Neuwied, le 18 octobre, en Saxe avec 20 bataillons, 55 escadrons et 60 pièces de canon. Le reste, aux ordres du duc de Bcvern, cantonna à Schweidnitz et dans les montagnes voisines. Daun fut tranquille de son côté, et , le 24 novembre, on conclut un armistice qui permit aux armées d'entrer en quartier d'hiver.