CHAPITRE XXXIII
par le général Luzinsky, perdit 700 hommes, ce qui obligea le prince de le confier au général Kanitz et de le renforcer d'un bataillon et a escadrons. L'année des cercles, toute fière de ce succès, se reposa sur ses lauriers à Cheinnitz. Les deux autres armées s'observèrent de leurs positions respectives sans tirer un coup de fusil.
Si le maréchal Serbelloni avait ordre de ne rien compromettre, le prince Henri avait bien plus de motifs d'en agir de même, aussi tout le mois de juin se passa sans événement digne d'être rapporté. L'armée autrichienne, renforcée par quelques régiments de Silésie , se borna à enlever le poste du général Kleist à Reichstadt, qui la gênait un peu
Le prince Henri , de son côté, ayant été renforcé par un bataillon et 15 escadrons, venant de la Poméranie , résolut de se débarrasser, pour un moment, de l'armée de l'Empire, et détacha, le 20 juin, Scidlitz avec 3 à -4,000 hommes d'infanterie, et environ 4,000 chevaux pour menacer son flanc gauche. A peine les coureurs de ce corps parurent-ils dans les environs de Penig, sur la route d'Altenbourg, qu'elle se retira successivement sur Zwickau et Rcichembach; mais les Prussiens la suivant de près , elle ne se crut en sûreté que sur les montagnes de Monchbei g près de Bareith, où elle vint se percher le '21 juin.
Serbelloni, informé de cette étrange retraite, ordonna à l'armée de se reporter en avant, et crut devoir faire des démonstrations pour lui faciliter cette opération. 11 médita un projet d'attaque sur la position de Hulsen, et fit, dit-on, d'excellentes dis-
(1) On peut citer pour exemple la bataille de Wagram, où les Autrichiens poussèrent imprudemment leur droite le long du Danube , tandis que Napoléon avait porté sa masse sur leur gauche pour «l'y établir. Si le corps du général Hiller ne s'était pas promptement retiré, Napoléon n'avait qu'à renoncer à ses communications par Vienne , faire détruire les ponts , et changer de front sur l'extrême gauche des Autrichiens, pour les acculer au Im-
positions pour l'attaquer sur sa gauche.
Mais la pusillanimité était la maladie incurable de l'armée autrichienne : quatre colonnes s'étant présentées devant Constapel, Weisdrup, Hundorf, et Braunsdorf.
Les deux premières, dont le succès devait décider l'affaire, revinrent dès que les redoutes de Pinkwitz leur tirèrent quelques coups de canon. Si bien qu'après un échange de boulets , exécuté à plus de quinze cents pas, et qui ne fit de mal à personne, la retraite des deux autres colonnes termina la journée.
On eût dit que Hulsen avait deviné l'incertitude de l'ennemi; car lui-même ne prit aucune mesure pour s'opposer à l'attaque de sa gauche : il ne lui avait pas même envoyé assez d'artillerie, qui, dans la position qu'elle tenait, devait être l'arme décisive : il resta tranquille sur tout le reste de sa ligne.
Dans le fait , l'entreprise de Serbelloni , dont Tempelhof fait tant d'éloges, était mal combinée : lorsqu'une armée occupe une position perpendiculaire à un fleuve et qu'elle tj appuie une de ses ailes, il faut bien se garder d'attaquer cette aile , parce qu'on s'exposerait à être jeté dans la rivière, si l'ennemi exécutait un changement de front en masse, du côté opposé. En attaquant Faile opposée avec la presque totalité de ses troupes, on met au contraire les chances en sa faveur, parce que, cette aile vivement abordée par des forces supérieures, sera indubitablement enlevée , ou refoulée sur le reste de rarmée ennemie, mise en désordre, acculée au fleuve, et placée dans une position à être anéantie (1).
nubc; une bataille perdue par l'archiduc, dans cette position , eût terminé la guerre , et l'empereur n'avait rien à risquer; il pouvait prendre sa ligne de communication par la Franconie, ou la rétablir sur Pussau. C'était le même mouvement qu'aurait dû faire Wurmscr aux lignes de Wisscmbourg, et dont nous parlerons dans VHittoire des guerres de la révolution.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
Or Serbellom avait deux fois plus de forces qu'il n'en fallait, pour exécuter une attaque semblable sur la droite du corps deHulsen, qui eût été jeté dans l'Elbe ou forcé à se faire jour.
Tandis que ces choses se passaient, le prince Henri avait reporté le corps de Kleist à Oederan, avec ordre de se réunir aux troupes qui s'y trouvaient, et de faire une invasion en Rohème. Celui-ci s'avança, dans la nuit du 1 er au 2 juillet, par Marienberg sur Einsiedel, y culbuta les postes ennemis, laissa la réserve de grenadiers dans les postes retranchés, et poussa jusqu'à Brix et Ossek, d'où il se retira, le 7 juillet, sur Oederan. Le prince Henri le renforça, et lui donna l'ordre de chasser le corps du général Blonquet, qui s'était j avancé de Toplitz à Dux. Kleist se porta donc, les 17 et 18, sur Einsiedel, attaqua les Croates et les dragons postés dans le bois de Johannsdorf, les en chassa, et les poursuivit jusqu'à Herrlich, avec perle de 240 prisonniers. Le corps revint une seconde fois par Brix, Comotau et Pasberg, à Oederan.
Sur ces entrefaites, l'armée des cercles reçut, comme nous l'avons dit, Tordre de se reporter en avant, de pousser Seidlitz, et de joindre par la Bohème l'armée autrichienne sous Dresde. Son mouvement commença dans les premiers jours de juillet sur deux colonnes ; l'armée commandée par le prince de Stollberg, vint à Hof ; le corps deLuzinsky à Egra. Le 14, la première se porta à Oclsnitx, la seconde à Auerbach, d'où elles chassèrent les postes du général Belling, sur Zwickau. Le 17, les deux colonnes se réunirent, et marchèrent à Schneeberg, croyant donner beaucoup d'inquiétude à Seidlitz, qui était toujours à 'Zwickau: les deux partis restèrent en position jusqu'au 20. Ce jour-là, le prince de Stollberg apprit que Seidlitz, loin de s'inquiéter de sa manœuvre, gardait paisiblement sa position, et que le général Kleist était arrivé à
Marienberg en Bohème sur son flanc droit ; la peur le prit, il crut que les règles de l'art interdisaient de tenir toute position dont l'ennemi inquiéterait le flanc, quelle que fût d'ailleurs la faiblesse de l'adversaire qui s'y serait établi, et afin d'éviter une défaite, il se décida à opérer une seconde retraite, plus précipitée et plus honteuse que la première. Belling se mit, le 21 , à la poursuite de l'arricre-garde, et lui fit 300 prisonniers. Cet échec démoralisa entièrement l'année, qui ne reprit haleine à Monchberg que pour aller s'établir dans les montagne»
des environs de Bareith, où elle se retrancha jusqu'aux dents.
Cette retraite offrait une trop belle occasion aux Prussiens, d'attaquer le corps autrichien posté à Toplitz , pour qu'ils la laissassent échapper. Le général Seidlitz marcha, le 29 juillet, de Zwickau par Annaberg, sur Schervina , où ses hussards surprirent, le 1 er août, le corps du prince de Lowenstein. C'était tout ce qu'il pouvait désirer de plus heureux, mais il n'en profita pas avec son intelligence ordinaire : il attendit son infanterie, ce qui donna le terop» au prince de changer de position, en sorte que le lendemain en perdit environ 700 hommes sans l'en déloger.
Aussitôt que l'armée des cercles apprit l'avantage remporté contre Seidlitz, elle vint prendre position à Hof, le 11 août.
Le prince de Stollberg reçut l'ordre de rejoindre en Saxe; il se mit en effet en marche le 18, et arriva par Egra et Dresde, le 6 septembre. Le général Belling profita de son absence pour faire une incursion en Bohême , qui lui réussit parfaitement, et où il faillit surprendre la forteresse d'Egra.
Sur ces entrefaites , le maréchal Serbelloni, ayant reçu de vifs reproches de ce qu'il ne couvrait pas mieux les frontières de la Bohème, remit le commandement au général Haddick , et se retira dans se»
terres.
Opération» offensives. Bataille de Freyberg.
A cette époque, les troupes impériales occupaient les positions suivantes :
Bat. Esc.
Posle sur la rive droite de l'Elbe, vers
Dresde 1 6
Le général Ried, entre Briesnits et Ben-
ncrich 9 16
Sur le Windberg et au Val-de-Plauen. .11 7
Sur les hauteurs de Rabenuu 5 »
A Dippodiswalde 18 34
A Altenberg et Schellerau 8 14
A Toplit» en Bouéme 10 38
L'armée des cercles 23 42
Le corps de troupes légères de Torreck. 1 10
Total 86 167
D'un autre coté, le prince Henri occupait toujours le camp de Pretschendorf ; le corps de Bulsen était à YVilsdruf, et Seidliti eut ordre, le 2 septembre, de se retirer de Porchenstein à Burkersdorf, pour être plus près du prince. Haddick forma le projet de chasser l'ennemi du Voigtland et de le replacer dans la position où il s'était trouve à la fin de la campagne précédente. Or, pour y parvenir, il y avait deux moyens : celui de livrer bataille, contre le système du conseil aulique, et celui de tourner la droite du prince Henri , de menacer sa boulangerie qui était à Freyberg, et même ses communications, tandis qu'une partie de l'armée inquiéterait son front et celui de Hulsen, afin de les empêcher de s'opposer au mouvement projeté. On préféra ce dernier parti; mais au moment où il allait s'exécuter, l'apparition d'un corps prussien en Lusace, le suspendit jusqu'au retour du détachement qu'il plut à Haddick d'envoyer à sa rencontre.
Enfin ce mouvement commença le 27 ; les corps postés à Toplitx et Altenberg se dirigèrent sur Freyberg -, le prince de Lowenstein conduisit le premier par Bohmisch- Einsiedel, sur le corps de Kleist, qui fut poussé sur Voigtdorf avec perte de 300