CHAPITRE XXXIII
l'armée des cercles, et la batlre isolément.
L'aile droite de cette armée, formée par le corps autrichien du général Campitelli , avait son front couvert par les défilés de Kleînwaltersdorf et par des ouvrages qui se prolongeaient jusqu'au bois de Spittelwalde, lequel se trouvait devant le centre et la gauche, et avait grand nombre d'abatis, même des retranchements à ses issues dans la plaine de Kleinschirma. ( Voyez pl. XXUI, n"7.)
D'après les renseignements reçus, il semblait que la gauche était en l'air ; le prince résolut donc de porter ses plus grandes forces par Brandi et Berthelsdorf sur cette extrême gauche et sur «es derrières , tandis que le reste des troupes attaquerait vivement le front, aussitôt que les affaires prendraient une bonne tournure vers cette gauche (1). A cet effet, l'armée fut divisée en quatre corps, de la manière suivante :
Bat. Esc.
1» Avant-garde, général Kleist 7 12
2° Aile droite sous les ordres du général Scicllitz.
Brigade Diringshofcn 5 •
— — — Jeune Stutterheim 4 »
— — — Bandcmer » 10
Manstein » 10
3° Aile gauche sous Stutterheim.
1'» brigade 5 5
2« brigude Belliug 3 12
4° Division sous les ordres du général
Forcade 7 10
Total général. ..... 31 59
Le prince de Stollberg, informé de ce mouvement , eut peine à croire que les Prussiens voulussent lui livrer bataille; pour être prêt néanmoins à tout événement, il fit prendre les armes à minuit.
Le 29 octobre, au point du jour, le prince Henri, qui se trouvait à la droite, donna l'or-
dre de marche. Le général Kleist se dirigea sur Oberschone, suivant ce qui lui avait été prescrit , pour s'emparer des hauteurs de Saint-Micheln , entre Brandt et le bois de Spittelwalde. Seidlitx avec les brigades Diringshofen et Manstein le suivait. La brigade Jeune Stutterheim et le général Bandemer avec ses cuirassiers, se formèrent à leur gauche vers Kleinschirma, pour se lier avec Belling et attaquer le Spittelwalde, lorsque la droite serait arrivée à sa destination. Le général Belling se porta sur le Nonenwalde et le bois de Struth, dont il chassa les troupes légères autrichiennes. La division Stutterheim s'avança sur les hauteurs de Gros-Schirma, jusqu'à ce que Belling eût débouché du bois dont il venait de s'emparer , et occupa ensuite les hauteurs en arrière de Kleînwaltersdorf , où il établit son artillerie pour battre le corps de Campitelli qui occupait les hauteurs retranchées au delà de ce village. Enfin le général Forcade resta en réserve en arrière de Gros - Schirma ; il devait inquiéter la retraite de l'ennemi sur la rive droite de la Mulde.
Tandis que ces mouvements s'opéraient, le prince Henri avait débouché d'Oberschone, et débusqué les troupes légères de Torreck , placées à la gauche du bois de Spittelwalde, entre Linden et Saint-Micheln.
Après ces premiers succès, les bataillons francs de Heer et Luderiti pénétrèrent dans le bois, en chassèrent les tirailleurs autrichiens, et s'établirent à sa lisière. Le reste de la colonne continua sa marche, et atteignit enfin les hauteurs à gauche de Saint- Micheln, entre Brandt et le Spittelwalde.
Alors le prince Henri découvrit un corps de 6,000 hommes qui flanquait la gauche de l'ennemi sur les hauteurs d'Erbisdorf et du Kuhberg, en delà de Brandt.
(1) Si l'intention du prince avait été réellement de porter la mante de »e» force» »ur la gauche de l'ennemi, son plan eût «té bor. ; mais on a plus
d'une raison de croire le contraire , car rien ne l'annonce, si ce n'est l'assertion de Tempelhof.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
Cet incident semblait devoir contrarier le projet du prince; toutes ses dispositions avaient été primitivement faites pour déborder l'extrême gauche , de sorte que la colonne destinée à celle opération décisive, «e trouvait exposée à être prise à revers, et accablée par des forces supérieures ; mais le général Kleist ayant assuré que le général Meyer commandait cette colonne, et que c'était un de ces hommes contre lesquels on peut tout entreprendre sans crainte, le prince se décida à continuer sa marche avec 5 bataillons de grenadiers et 15 escadrons, se bornant à laisser le brigadier Diringshofen avec 4 bataillons et b* escadrons, en potence sur sa droite, pour l'observer; et expédia en même temps l'ordre au Jeune Stutterheim d'attaquer sur-lechamp le Spiitelwaldc.
Lorsque l'ennemi vit ses postes pressés vers le Spittelwalde et sur la direction de Saint-Micheln, il craignit pour sa gauche, et se prolongea dans cette direction, pour s'appuyer au mamelon des Trois-Croix.
Cependant le prince Henri s'avançait toujours de ce côté ; le général SeidliU attaqua le mamelon à la téte des grenadiers, tandis que Kleist et Mansteincouvraient leur droite contre la cavalerie autrichienne. Aussitôt que Stutterheim eut reçu l'ordre d'enlever le Spittelwalde, le capitaine Pfuhl s'avança, contre la redoute placée à l'issue vers Kleiuschirma.et un bataillon marcha à gauche contre le retranchement de Kleinwaltersdorf, l'artillerie protégea ces deux attaques. Les Impériaux évacuèrent les ouvrages, se retirèrent derrière le* abatis au milieu du bois, où ils reçurent quelques bataillons de renfort. Les Prussiens qui franchirent d'abord l'abatis, ne tinrent pas longtemps contre des forces aussi inégales, et furent ramenés jusqu'au débouché de la forêt. En vain leur général les fit-il soutenir par un nouveau bataillon, ce faible renfort ne rétablit pas l'affaire ; le Vieux Stutterheim détacha aussi un bataillon , et fit rapprocher
rien
son artillerie de Kleinwaltersdorf m décider.
Sur ces entrefaites, l'attaque des m diers semblait prendre à la droite bonne tournure, malgré les efforts de la cavalerie. Lorsque le Vieux Stutterheim eut la certitude qu'elle était bien engagée, il résolut d'attaquer la gauche de l'ennemi et traversa à la tête du régiment de Bcvern, le village de Kleinwaltersdorf, soutenu par les grenadiers de Baehret le premier bataillon de Mantcufel. Les cuirassiers (Je Se h mettau et les hussards de Belling suivirent cette infanterie. Les grenadiers dcLossow et les bataillons francs de Schach et Lenoble la précédèrent, balayèrent le village, et changeant subitement «le direction adroite, menacèrent de couper la retraite aux troupes qui se défendaient avec opiniâtreté dans le Spittelwalde, que le Jeune Stutterheim attaquait de nouveau avec toute sa brigade réunie.
Cet effort simultané des trois divisions devint décisif. Aussitôt que les troupes de l'aile gauche eurent dépassé Kleinwaltersdorf, elles marchèrent vivement à l'ennemi.
La cavalerie autrichienne, ébranlée par le feu d'artillerie, se relira devant elles, mais l'infanterie tint ferme, et repoussa une charge des cuirassiers de Schmettau. Enfin les hussards de Belling et les 2 escadrons de cuirassiers détachés, renouvelèrent cette charge avec tant d'impétuosité, que les régiments d'infanterie de Nicolas Esterhazy et de Giulay, furent culbutés et presque entièrement détruits. Ceux de Wied, de Wurtxbourg et Salin furent également enfoncés, et perdirent beaucoup de monde.
Dans le même instant, les généraux Seidliti et Kleist avaient repoussé la cavalerie de la gauche ennemie, et favorisé par là une nouvelle tentative contre les grenadiers autrichiens qui défendaient le mamelon des Trois-Croix. Ceux-ci se voyant abandonnés par les escadrons qui les appuyaient, prirent le parti de se retirer par les faubourgs