CHAPITRE XXXIII
de Freyberg sur Hillersdorf. Les troupes qui défendaient le bois de Spittelwalde, se Toyant également compromises, se replièrent sur les hauteurs de Tuttendorf, où le prince de Stollberg fit halte pour rassembler les corps épars de son armée, et passer en ordre la Mulde. La division Meyer, qui aurait pu décider l'affaire en descendant de ses hauteurs sur le flanc droit des Prussiens, se retira par Bertelsdorf sur Sussenbach, après avoir envoyé quelques boulets au prince.
La perte de l'armée impériale fut de 4,500 prisonniers, et environ 3,000 hommes hors de combat : les Prussiens en perdirent 1,500; ils prirent 28 pièces de canon et 9 drapeaux. Cette affaire leur fit d'autant plus d'honneur, qu'ils n'avaient que 29 bataillons et 60 escadrons, contre 49 bataillons et 68 escadrons.
Le corps du général Hulsen ne prit aucune part à la bataille, et se borna à détacher le matin 7 bataillons et 25 escadrons sur les hauteurs de Hirschfeld et Neukirch, pour observer les Autrichiens vers la forêt de Tharandl. 11 aurait pu devenir bien funeste à l'armée battue, s'il avait su profiter de sa position ; mais il revint le SI au camp.
Le prince de Stollberg se retira à Frauen- •tein. L'armée prussienne reprit position à Freyberg ; le corps de Belling à Pretschendorf.
Le jour même de la bataille, les renforts des deux partis, qui venaient de la Silésie, arrivèrent sur l'Elbe ; celui des Prussiens, sous les ordres du général Neuwied, passa ce fleuve, le 30, et vint remplacer le lendemain, à Katzenhausern et Schletlau, le général Hulsen, dont la division se réunit ensuite au prince Henri. Le corps autrichien aux ordres du prince Albert de Saxe, rejoignit Haddick le soir même de la bataille. Ce général envoya alors à l'armée battue un renfort de 6 régiments, et resta cantonné entre Dresde et Dippodiswalde.
Le prince Henri n'était pas d'un caractère
à s'endormir sur ses lauriers. A peine eut-il reçu ses renforts, qu'il donna la commission à Kleist, le 2 novembre, d'aller avec 6 bataillons et 25 escadrons, détruire en Bohême tous les dépôts de l'armée impériale , afin de forcer ainsi le prince de Stollberg à quitter sa position de Frauenstein. Pour appuyer ce mouvement, il détacha à Dorf- Chemnitz, 6 bataillons et 17 escadrons, sous les ordres du général Platten , et fit faire quelques démonstrations vers Pretschendorf et Wilsdruf, dans l'intention de fixer l'attention de Haddick, et de lui donner des inquiétudes. Le prince de Stollberg prit en effet le parti de quitter la position dans la nuit du 3 au 4 novembre, et de se retirer à Altenberg, d'où il se rendit peu après à Pirna. Le prince Henri porta alors le général Platten, à Porchenstein, l'armée le remplaça à Dorf-Chemnitz, tandis que Kleist marchant par Brix à Saatz, y détruisit un des grands magasins de l'ennemi. Ce général étant revenu à Oederan, le 1 1 , le prince reprit son camp à Freyberg.
Frédéric étant arrivé , le 6 , à l'armée, conçut le projet de profiter de la victoire remportée par son frère sur les troupes de l'Empire, pour entamer une négociation avec les petits princes qui désiraient la neutralité, afin de se débarrasser ainsi d'ennemis peu dangereux à la vérité, mais qui ne laissaient pas d'occuper des forces dont il se proposait de faire un meilleur emploi.
La terreur étant le plus sûr moyen d'abréger les lenteurs diplomatiques, il prescrivit au général Kleist de marcher avec 6,000 hommes en Franconie, et de mettre le pays à contribution. Ce général partit d'Oederan, le 13 novembre, et arriva le 29 devant Nuremberg, qui lui ouvrit ses portes. Les partis prussiens poussèrent jusqu'aux environ»
de Wurtzbourg et de Ratisbonne , où ils firent trembler les membres de la diète. Le prince de Stollberg sollicita la permission de voler, avec ses troupes, au secours descercles, mais Haddick la lui refusa , tous
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
prétexte qu'il fallait attendre des ordres de Vienne.
Sur ces entrefaites , Frédéric conclut , le 24 novembre , avec les Autrichiens , une convention qui fixa la démarcation des cantonnements des deux années , sans faire mention de ceux que devait occuper l'armée de l'Empire, ni stipuler sur le sort des provinces envahies par Kleist. Il parait que les Autrichiens, qui voulaient la paix, mais qui avaient des engagements particuliers avec les cercles, loin de contrarier le projet du roi, contribuèrent par cette conduite à leur faire désirer la neutralité, afin d'avoir un prétexte pour se délier de leurs promesses. Autrement il serait difficile de rendre raison de celte convention. Enfin le général kleist étant revenu par Cobourg et Erfurt, le 17, toutes les armées entrèrent en cantonnements.
Peu de temps après, on rassembla un congrès au château d'Hubertsbourg , près de Dresde, et la paix définitive y fut signée, le 23 février 176S.
Une circonstance particulière de cette paix, c'est que tout fut remis sur le pied où les choses se trouvaient avant les hostilités, et qu'aucune des puissances belligérantes n'y perdit un pouce de terrain.
Ainsi finit une guerre singulière, dont on a beaucoup exagéré les événements ; l'art des combats y fit quelques progrès , mais les grandes opérations de la guerre, la stratégie , l'art de profiter de la victoire n'y furent pas connus.