‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 193 sur 196 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

1 HOJ) contre les levée* gigantesques de l'Autriche, on conviendra que la guerre aurait pris une autre tournure : en quinze jours, le roi pouvait conduire son armée à Vienne et Passau, après avoir percé le centre d'une ligne sans fin que venaient garnir isolément une multitude de troupes tirées des garnisons. Ce coup, qui eût étonné l'Europe, et consterné ses ennemis, aurait grossi son armée d'une foule de partisans et de tous les princes de l'Empire, dont il serait devenu l'arbitre. Dans tous les cas, cette invasion tout à fait militaire, était le seul parti qui convint aux circonstances ; car aucune masse organisée n'était en mesure de l'empêcher.

Comme nous l'avons déjà observé, il était encore convenable au commencement de 1787, de porter la ligne d'opérations en masse par la Moravie. Une bataille gagnée entre Olmutz et le Danube, eût procuré d'immense» résultats, et l'on avait toute facilité d'en tirer parti. Dans les trois campagnes suivantes, le roi fut vraiment grand ; après les scènes sanglantes de Prague, de Kollin, dcZorndorf, qui lui enlevèrent successivement la fleur de ses troupes, il fallut les désastres de Hoheukircli, de Runersdorf et de Torgau, pour ébranler sa fermeté.

Plus tard, lorsqu'avec une armée composée d'enfants de quinze à vingt ans, derniers rejetons d'une population épuisée, il fut obligé de tenir tète à des armées toujours plus aguerries, recrutées au contraire par une population robuste et inépuisable, et que sa chute parut inévitable, il sembla n'aspirer qu'à la rendre aussi belle que sa vie. La mort d'Elisabeth le sauva; et l'Autriche, guidée par le mauvais génie qui la poursuit depuis un siècle, signa la paix quand elle devait pousser la guerre avec plus de vigueur que jamais. La politique, comme l'art militaire, firent, à cette époque un pas rétrograde qui nous rapprocha

(l ; Ce <-liu|ufic, i'iini|iosr! en IStMi « l'osen , lui iui|>i imi- , (idiii la iMcinit i v luis, en ISOT; il ;i éli'r

de l'étal d'ignorance du moyen âge. Finalement, Frédéric se soutint contre l'Europe, étonna le monde, et parut faire des miracles, lorsqu'il ne fut sauvé que par la singulière conduite de ses adversaires. Dès la bataille de Rosbach , qui fut une simple échauffourée, les armées françaises n'opérèrent plus contre lui ; les Suédois firent semblant d'entrer en campagne pour gagner des subsides, et les Russes, malgré leurs sanglants succès, se contentèrent de séquestrer une province. Il eût suffi pour l'anéantir d'un peu d'ensemble, et d'un chef audessus du médiocre. Cet homme ne se trouva pas alors dans l'Europe , ou plutôt les princes ne voulurent point le chercher :

Louis XIV ou Mazarin l'eussent rencontré.

Mais je m'aperçois que je me laisse entraîner à des considérations étrangères à mon sujet. Résumons les observations renfermées dans cet ouvrage, avant de passer à l'histoire des dernières guerres, plus riches en événements, plus fécondes en leçons de guerre et de politique.

Page 1