‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 23 sur 196 · CHAP1THE III · texte numérisé non relu

CHAP1THE III

pose des manœuvres plus mauvaises encore.

Le* Autrichiens, loin d'être battus à Abcnsiterg et à Eckmuhl , auraient fait une campagne brillante, si Napoléon, comme Brown le fit devant Frédéric , eût opposé une ou deux armées à chacune des leurs , et qu'au lieu d'opérer en masse contre leur centre morcelé, il eût fait quatre divisions pour déborder deux armées ou couvrir ses frontières. Ainsi, en opérant sur cinquante lieues de front, par un système faux et dangereux, on a pu battre quelquefois l'ennemi qui opérait lui-même sur une ligne de cent lieues. Mais, aux yeux des gens de l'art, cela ne justifie pas un mauvais plan : si Ton a obtenu quelques avantages en s'écartant des principes, on aurait obtenu des succès bien plus assurés et bien plus décisifs, en les observant. En un mot, pourquoi courir les chances d'une faute, lorsqu'on peut l'éviter et obtenir de plus grands résultats ?

On ne peut pas approuver le reproche que Llo^d fait au roi d'avoir attaqué le prince Charles, sous le canon de Prague.

Sans doute il eût mieux valu , dès le commencement , opérer vivement et en masse sur le centre des divisions isolées de l'armée autrichienne , afin de les enlever , ou d'empêcher leur jonction pendant toute la campagne; mais puisqu'elle était faite, et que le prince Charles allait être encore renforcé par l'armée de Moravie, il fallait bien alors s'empresser de combattre un des deux corps : une victoire contre Daun n'aurait pas produit grand résultat ; celle de Prague, nu contraire, pouvait avoir les suites les plus brillantes. L'observation de Lloyd , juste en tactique , ne l'était point en stratégie.

Je terminerai cette critique par quelques observations au sujet de la bataille de Praipie. On voit , par la relation, qu'elle fut gagnée par un effort concentré de l'armée prussienne sur le centre et la droite des Autrichiens, dont cette aile fut aussi débordée, et que leur gauche paralysée ne prit pari

au combat que pour protéger la retraite.

Il y a fort peu de chose à ajouter aux réflexions deTempelhof sur la manœuvre que le prince Charles employa pour garantir son flanc droit, au moyen d'un crochet formant angle saillant. Je crois bien avec lui que rien ne peut empêcher une armée de gagner l'extrémité d'un crochet , comme celle d'une ligne droite, lorsqu'elle manœuvre avec habileté; mais il convient luimême que cette armée sera forcée de faire un plus grand mouvement; qu'il lui prendra un temps considérable , pendant lequel l'ennemi sera maître de changer son front , et de présenter toute sa ligne , là où l'on ne comptait rencontrer qu'un de ses flancs. Ce raisonnement paraîtra sana réplique, si l'on considère que l'armée qui veut en tourner une autre , opère sur un arc . dont son adversaire forme la corde. Ce dernier , manœuvrant donc sur le côté intérieur , par une ligne droite, le fera plus promptement que l'autre.

De là dérivent les maximes suivantes :

1° La formation d'un crochet peut s'employer avec succès, entre deux armée* également manauvrières , contre le* attaque» sut un flanc.

2° Pour assurer la réussite de ce mourement, il ne faut passe borner à la formation du crochet, qui ne préserre qu'instantanément de danger ; mai* f armée changera de front sur la même direction , afin de se présenter tout entière à F ennemi.

1° Enfin , si F on se croit asses fort pour agir offensivement contre l'armée qui a pris l'initiative , il ne faut point se borner à ce changement de front , qui n'as/ que defensif . Ites qnon aura formé rapidement son crochet pour garantir son extrémité menacée, et tenir en échec le front de l'ennemi , le reste de la ligne se mettra en colonnes par le fianc et pur peloton* ou divisions ;et,*e prolongeant dans lu direction de la position qu'elle occupait, il tombera à ton tour sur l'exttémité de l'ennemi qui attaquait la sienne.

Pris ainsi en front par le crochet, en flanc et à revers . par le reste de la ligne , l'ennemi ne pourra résister. La figure 1" de la planche 1-4 rendra cette manœuvre plus intelligible : A , est l'armée qui veut tourner le flanc droit du corps B : celui-ci forme le crochet C , sous la protection de cette avant-garde ; il prolonge sa ligne dans (a direction E, et [se forme sur les flancs de l'armée ennemie. On objectera peut-être que la dernière ne laissera pas effectuer ce mouvement; mais, comme pour l'empêcher, elle devra se retirer ou faire face en changeant de front , cette opération ne sera pas facile en présence du crochet et de la ligne prête à se former en quelques minutes.

4° Un crochet en avant de la ligne , tel que les Autrichiens en formèrent avec le corps de Haddich à Prague, et avec celui de flïadasty à Kollin , ne couvre pas aussi bien le flanc de l'armée qu'un crochet en arrière, La raison en est très-simple , puisque l'ennemi , en prolongeant la direction de la division de la tète , prendrait ce crochet en flanc et le culbuterait, tandis que, pour en faire autant au crochet en arrière , l'ennemi serait forcé d'effectuer le grand mouvement dont nous avons parlé, ce qui l'exposerait à être tourné lui-même. (Pl. H, fig. 1".)

5° On peut conclure des maximes précédentes, qu'une armée, immobile dans une position, est susceptible d'être tournée ou accablée sur une extrémité, et que le seul moyen de *y °PP oter es * de manœuvrer dans le même sens que l'ennemi , c'est-à-dire, offensivemetit et en menaçant sa propre ligne.

La journée de Prague offre encore un sujet de méditation, relativement à l'influence qu'un petit intervalle , laissé dans la ligne des Autrichiens , eut sur le gain de la bataille. Cette faute , qui faillit leur coûter 70,000 hommes, jette un grand jour sur les inconvénients des attaques isolées , exécutées avec des divisions éparses sur le front de l'ennemi ; système que la médiocrité introduisit dans le commencement des guerres

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