‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 26 sur 196 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

charges a mitraille; il était naturel qu'elle s'empressât de rétrograder.

A Reichemberg, le duc de Bévern parvint à s'emparer de l'obstacle, en le faisant attaquer plus haut par l'infanterie de sa droite. La charge renouvelée ensuite eut le plus grand succès, parce que la cavalerie autrichienne fut dans la disposition où se trouvait précédemment celle du duc, c'està-dire prise en flanc par les troupes postées dans le bois. Le général Ziéthen ne put pas recommencer son mouvement, puisque la forêt ne fut jamais emportée.

On peut alors déduire de ces deux événements, les maximes suivantes :

1° Pour faire une charge importante de cavalerie le long d'un bois, ou d'un terrain couvert, il faut qu'elle soit précédée, d'un instant, par une rigoureuse attaque d'infanterie sur ces différents obstacles (1).

à° S'il y a lieu de présumer que l'ennemi ne les occupe pas en forces, on se bornera à les fouiller arec â ou 3 bataillons.

3° Lorsqu'on aura de l'infanterie disponible, il faudra les occuper et y placer quelques pièces de canon, afin de seconder la charge de sa cavalerie et en assurer le succès.

\° Et en sens inverse, si l'on place sa cavalerie défensivemeut près d'un bois, il est indispensable de la garnir d'infanterie pour empêcher l'ennemi de faire cette manœuvre.

Enfin, la bataille dont nous avons fait le récit, prouve qu'un général commandant une attaque aussi importante que celle de Ziéthcn, ne doit pas se borner à voir devant lui; mais qu'il doit être instruit des rapports des mouvements de son adversaire avec toutes les attaques secondaires, afin de pouvoir subordonner ses mesures d'exécution, à ce qui se passe autour de lui : il en coûta aux Prussiens 1,600 chevaux et 1,400 cavaliers pour avoir négligé ces principes.

(1) Il est entendu que je ne veux pas parler d'une charge d'avant-garde »»• de cavalerie légère poursuivant l'ennemi, ni de ces charges décisives un jour de bataille, pour arrêter ou suspendre un

Cette action meurtrière démontre que la bravoure, le dévouement même d'une armée, sont inutiles, lorsqu'il y a dans les dispositions premières ou dans leur exécution, une violation essentielle des règles de l'art. Sans doute le courage d'une troupe est un des plus sûrs garants de la victoire ; mais c'est lorsqu'il est bien dirigé. Une armée moins brave, moins nombreuse, mais conduite par un grand capitaine, manœuvrant comme à Lonato, à Castiglione,à Jéna, etc., vaincra la meilleure armée du monde, commandée par un Soubise, un Marsin, un Tallard : jamais troupes ne combattirent mieux que les Prussiens à Kollin et à Kunersdorf, où ils perdirent la moitié de leurs régiments.

Tempelhof a consacré un chapitre pour réfuter le reproche que Lloyd adresse au roi de n'avoir pas poussé les Autrichiens sur le Danube. Son principal argument est un calcul compassé du nombre de boisseaux de chaque denrée, qu'il aurait fallu pour entretenir l'armée pendant une si longue expédition, et des chariots nécessaires à leur transport. L'auteur nous donne le mécanisme de l'administration prussienne, dont le parc de vivres portait pour six jours de pain , et neuf jours de farine ; il règle le nombre de marches dont une armée peut s'éloigner de sa boulangerie, et conclut que cette expédition n'était pas praticable.

11 n'a pas voulu compter que, dans quinze jours, une armée parcourt une ligne de cent lieues ce qui, avec les deux côtés de la route, à une certaine distance, donne un espace de plus de 800 lieues, il n'a pas réfléchi que, sur une aussi vaste étendue, l'on trouve facilement de quoi nourrir 100,000 hommes.

Dans l'intervalle de la bataille d'Eylau à la paix deTilsit, en 1 807, Napoléon a fait subsister 120,000 hommes , pendant quatre mois,

mouvement de son adversaire. Je parle d'une aimqnc sur la ligne ennemie, dans un but offensif, pour laquelle on a le temps de faire ses combinaisons.

TRAITE DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

dans un pays déjà ravagé. De là on peut j conclure que, pour des opérations décisives, il convient de ne pas s'arrêter, pendant 15 à 20 marches, au calcul des boulangeries, pourvu qu'on ait soin de faire suivre, à certaine distance, un approvisionnement de biscuit. Comme je l'ai déjà dit à la fin du chapitre 1", au siècle de Frédéric, on subordonnait tout à cette prévoyance outrée; lorsque l'expérience et l'exemple des grands hommes de l'antiquité suffisent pour secouer un tel préjugé. Les calculs de son historien justifient d'autant moins Frédéric, que la Bohème est un pays généralement fertile, où l'armée aurait très-bien vécu, jusqu'à la décision des grandes opérations.

Ses observations sur l'intérêt que le roi avait à prendre 80,000 hommes dans Prague, sont mieux fondées. Lloyd assure que Frédéric, par l'espoir chimérique de faire une si bonne prise, perdit de vue l'armée de Moravie et l'aile droite, et laissa passer l'occasion de frapper un grand coup. Mais qu'aurait-il dit, si, pour courir après Daun, le roi avait laissé derrière lui une armée qui eût enlevé ses dépôts, et intercepté ses communications avec la Saxe. Et quel était donc le coup important plus décisif que la prise de celte armée, et celui dont la réussite semblait plus probable ?

L'auteur anglais regarde comme une bagatelle de détruire deux grandes armées, d'enlever leur artillerie et leurs bagages, de forcer le prince Charles à chercher un asile de l'autre côté du Danube ; il prétend que Frédéric aurait pu obtenir tout cela en envoyant 20,000 hommes à Beneschau le lendemain de la bataille, et qu'au lieu d'assiéger Prague, il se fût porté contre Daun avec le reste de ses troupes. Beau projet!... En jetant les yeux sur la carte, on verra que la ville étant débloquée, le prince Charles pouvait arriver à Beneschau aussitôt que les 20,000 Prussiens, pour les envelopper entre son armée et l'aile droite qui s'y était retirée. Je suis surpris que Lloyd ne propose

pas au moins d'opposer quelques divisions au prince, afin de l'empêcher d'agir et de détruire les magasins de l'armée. 11 est vrai que pour cela il eût fallu 40,000 hommes ; or le roi en détachant encore 20,000 à Beneschau , n'en aurait donc eu que $0,000 pour poursuivre Daun qui en avait autant.

Comme il est incontestable que le roi devait, en tout cas, laisser un corps considérable devant Prague, il était beaucoup plus conforme aux règles de l'art de tenir le prince Charles enfermé, que de le laisser en campagne.

En disant que Frédéric devait lever le siège et accabler Daun, Lloyd a calculé d'après une maxime qui n'a pas encore été clairement exposée, et que je crois ne pouvoir mieux placer qu'ici, avec les corollaires qui en résultent.

1° L'initiative étant le plus sûr garant de la victoire, une armée qui couvre un siège ne doit jamais se laisser attaquer par l ennemi ; il faut, au contraire, qu'elle le prévienne ; car c'est en battant F armée de secours qu'on fera tomber la forteresse;

2° Si F ennemi se présente devant Tannée d'observation avec une masse imposante, il faut lever le siège, réunir toutes ses forces, l'attaquer suivant les règles, en accablant une extrémité de sa ligne par un effort concentré;

3° L'armée de secours battue,\pn reprendra le blocus ou le siège, tout en la poursuivant de manière à ce qu'elle soit hors d'état de revenir avant la prise de la place ;

4° Lorsqu'une armée entreprend un siège par suite de mouvements offensifs et de succès antérieurs, elle ne doit pas le couvrir par une position rapprochée, mais pousser son adversaire aussi loin que possible. En effet, plus la ligne à parcourir pour secourir la place sera longue, plus il sera difficile d'y réussir : le temps que F armée gagnera en défendant pied à pied cette ligne, ser a quelquefois suffisant pour prendre la place. Si l'ennemi parvenait enfin assez près pour faire

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