‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 27 sur 196 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

aftumer le succès de son entreprise, l'armée d observation attirera promptement les troupes du corps de siège, et de concert avec elles opérera un dernier effort.

Ces maximes ont été suggérées par la conduite savante de Napoléon devant Mantoue ; Frédéric, pour les avoir négligées à Otmut», perdit tous les fruits du brillant début de la campagne de 1 758 ; mais elles ne sont point applicables aux circonstances do siège de Prague ; c'était une armée battue et réfugiée qu'il fallait prendre ; en la débloquant . on perdait tout le fruit de la victoire ; la levée du siège était la dernière chose à laquelle il fallût penser.

Je terminerai ce chapitre par quelques observations sommaires sur les opérations qui suivirent la bataille de Kollin jusqu'au départ du roi pour la Saxe. 11 serait inutile de rapporter ici tous les jugements de Lloyd; ils sont trop hypothétiques : on voit, d'ailleurs , dans le cours de l'historique du chapitre H, ce qu'auraient pu faire les deux partis.

Lloyd, oubliant les principes sur lesquels reposent ses meilleures observations, loue les mesures prises par Frédéric pour lever le siège de Prague, et en déduit les maximes les pins fausses. Il prétend que le roi, en divisant son armée en plusieurs corps considérables, facilita beaucoup sa retraite, et rit l'ennemi dans une telle incertitude, qu'il ne sut sur lequel fixer son attention.

L'auteur en tire une règle générale pour les retraites : c'est de diviser son armée en autant de corps nombreux que la nature du pays le permettra. Cet ordre présente, suivant lui, plusieurs avantages:

1* Si l'ennemi forme un nombre égal de divisions , il ne peut agir vigoureusement *ur aucun point. D'ailleurs l'armée en retraite a la faculté de réunir promptement «es colonnes, et d'accabler isolément celles de l'ennemi ;

2" S'il opère en masse, il ne le fera que I wr une division ; les autres alors se retire-

ront sans danger. Cette division , soutenue par une forte arrière-garde, évitant de s'engager sérieusement, et pouvant se mouvoir avec plus de rapidité qu'une grande armée, se retirera à son tour sans perte notable.

Toutes ces idées reproduites par le colonel Bulow,sous le titre de retraites excentriques , n'ont pas fait fortune ; on a jugé qu'une armée en retraite, déjà faible par elle-même, ne devait pas être divisée. Sans doute, on ne ruinera pas toutes ses divisions, mais on en détruira une ou deux , et la retraite concentrique la plus malheureuse, n'aurait pas un résultat si funeste.

Lorsque j'aurai comparé les systèmes de Lloyd et de Bulow, avec les événements, et surtout avec les retraites concentriques de l'archiduc Charles, en 1796, je pense qu'il sera permis d'émettre quelques maximes diamétralement opposées aux leurs. Le premier est en opposition formelle avec luimême ; dès qu'il reconnaît que la division des forces poursuivantes les exposait à être battues, pourquoi conseiller à l'armée en retraite de commettre cette faute ?

L'auteur anglais fait l'apologie du projet des Autrichiens pour entrer en Lusacc, et I son adversaire le combat. Sans doute, il convenait mieux de descendre l'Elbe. Cependant, quoi qu'en dise Tempelhof, celte ligne centrale leur offrait une chance asset favorable pour diriger leur masse sur le point le plus important des opérations ; mais leurs mouvements furent analogues à l'irrésolution et à la pesanteur qui les caractérisent dans cette guerre.

Ce n'est pas en se dirigeant sur la Lusace qu'ils commirent une faute, mais bien en restant dans une si longue inaction , et ne sachant pas mettre à profit les avantages qu'ils avaient à Nimes et à Gabel; tandis qu'engageant leur armée à propos, elle eût sans contredit remporté une victoire décisive sur le prince de Prusse, qui avait peu d'espoir de sauver la sienne. Pour obtenir

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

un grand résultat, il fallait faire dix ou douze marches rapides, s'emparer des communications, combattre ensuite avec l'avantage des combinaisons et d 'une énorme supériorité, et se diriger sur Dresde pour se lier aux opérations des armées com-

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