CHAPITRE IV
sioo de Chevert délogea l'ennemi du village d'Aflferde eldu bois. Il dut surtout ce succès à son artillerie qui fit taire les deux batteries établies sur ce point. Le duc de Cumberland , sentant l'importance du poste dans le bois , fit soutenir les troupes délogées par deux colonnes d'infanterie, dont l'une fit mine de vouloir tourner les Français. Le maréchal lui ordonna alors de se maintenir dans le village, et d'occuper les défilés par lesquels il avait débouché, pour faciliter ainsi les attaques du lendemain.
Un temps nébuleux avait contrarié la reconnaissance du maréchal , de sorte qu'il était plus de huit heures , quand il donna ordre à Tannée de décamper ; les colonnes n'arrivèrent aux pieds des hauteurs qu'à cinq heures du soir, à cause des défilés étroits qu'elles eurent à passer. S'étant «perçu qu'il ne pourrait jamais combattre , tant qu'il ne serait point maître des hauteurs où l'aile gauche ennemie s'appuyait , il ordonna à Chevert de s'en emparer. Ce général partit à minuit avec les brigades de Picardie, de Navarre, de la Marine et d'Eu , et franchit les hauteurs pour se porter en avant d'Afferde, tandis que le général d'Armenticres se mettait à la tête de 8 autres brigades , soutenues par la brigade suisse de Rcding et 4 régiments de dragons à pied, pour repousser les postes détachés de l'ennemi. Le reste de l'armée bivouaqua sur plusieurs lignes : la cavalerie derrière l'infanterie de l'aile gauche.
Les batteries des alliés commencèrent à tirer le 26 , à cinq heures du matin ; mais , comme il était convenu que Chevert n'entrerait en action qu'à neuf, et que son premier coup de canon servirait de signal à l'aile gauche, l'artillerie française ne répondit que mollement , jusqu'à ce que l'armée fût mise en mouvement ; alors son feu prit une supériorité décidée sur celui des alliés, et l'attaque de la hauteur commença.
Elle fut vive ; le duc de Cumberland avait successivement porté sur ce point plus de
10,000 hommes et tous les grenadiers; leur résistance n'arrêta point Chevert , qui les força à quitter leur position.
Le lieutenant général de Contades dirigeait l'attaque de la gauche contre le village de Hastenbeck. Protégé par la supériorité de l'artillerie, il forma son infanterie sur plusieurs lignes , avec autant de front que le terrain le permettait. Pour arriver aux alliés, il fallait que cette aile passât un défilé formé, d'un côté, par l'étang et le ruisseau marécageux qui s'étendait jusqu'au Weser; et de l'autre, parles hauteurs à droite d'Hastenbeck. Attendu que ce passage n'avait qu'environ 800 toises de front, qu'il se rétrécissait encore à mesure que l'on avançait, et que l'ennemi avait fait mettre le feu au village, il fut difficile de déboucher. Les alliés se défendaient avec acharnement , le combat devint meurtrier. Alors le maréchal d'Estrécs fit former sa gauche sur quatre colonnes, les deux premières à gauche de 18 bataillons; les autres plus à droite, ensemble de 8 bataillons. Dans cet ordre, l'attaque renouvelée avec vigueur, obligea l'ennemi à plier.
Sur ces entrefaites, d'Armentières descendit de la hauteur avec ses quatre brigades, suivies des dragons à pied, tandis que les brigades de Champagne et de Reding longèrent la lisière du bois vers le centre , et s'emparèrent d'une redoute où l'on prit 9 grosses pièces et 2 obusiers. Dans ce moment décisif les grenadiers de France débouchèrent le long des haies du village de Hastenbeck, suivis de la cavalerie sur plusieurs colonnes. Tout présageait une victoire décisive , lorsqu'un événement fortuit sauva l'armée alliée.
Le prince héréditaire de Brunswick, à la tète d'un bataillon de ses gardes, soutenu d'un autre corps hanovrien, gravit les hauteurs à la gauche de Chevert , et vint, par des détours , s'emparer d'une batterie que les Français y avaient établie. La brigade d'Eu, qui la gardait, se défendit assez vive-
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
ment tant qu'elle n'eut affaire qu'à l'ennemi seul ; toutefois comme cet événement eut lieu dans un terrain très-couvert, où l'on ne pouvait se reconnaître, plusieurs bataillons français tirèrent sur cette brigade , et lui tuèrent beaucoup de monde, ce qui la força de se retirer avec précipitation, et d'abandonner même son artillerie , que le prince fit aussitôt diriger contre l'aile droite ennemie. A la vérité , les Français reprirent leurs pièces un instant après ; mais ce fâcheux contre -temps leur fit croire qu'un corps supérieur s'était emparé des hauteurs et voulait les prendre en flanc. On se le persuada d'autant plus aisément, que le maréchal eut avis qu'un gros corps ennemi se montrait aux environs du camp qu'il venait de quitter, et menaçait de le couper de son extrême droite. Cette erreur l'empêcha de poursuivre l'ennemi, qui en profita pour opérer sa retraite.
Les alliés eurent plus de 3,800 tués ou blessés; les Français perdirent environ 2,000 hommes.
Je ne ferai pas de longues observations sur cette bataille , livrée en ordre parallèle renforcé sur la droite. Le maréchal d'Estrées fit d'aussi bonnes dispositions que le défaut de connaissance du terrain le lui permit. Les 40 bataillons de Chevert et Armentières, auraient dû être soutenus par de la cavalerie : sans doute cette arme n'aurait pu donner dans le bois ; mais , en débouchant , lorsqu'on se fut emparé des hauteurs , elle aurait eu un vaste champ. Il importait que cette attaque , renforcée par la droite , fût faite avec plus d'ensemble et de vigueur pour accabler la gauche de l'ennemi, qui n'était pas de force à sa maintenir contre une aussi grande supériorité. L'attaque de la redoute du centre, par les brigades de Champagne et de Reding, aurait dû être soutenue par la réserve pour être mieux liée avec celle de l'aile droite , et produire im effort simultané, qui eût rompu toute communication entre les ailes des alliés : leur
gauche eût été ainsi hors d'état de se retirer sur Hameln.
On pouvait aussi, si on le préférait, porter moins de forces à la droite, et diriger une attaque en masse sur Hastenbeck , pour culbuter le centre ; cette manœuvre eût également assuré la perte de la gauche des alliés, et ne présentait aucun risque, puisque l'artillerie française avait fait taire le feu de l'ennemi. Dans tous les cas, la grande supériorité du maréchal d'Estrées dev ait produire un résultat plus décisif. On s'étonnera que 1,300 hommes, prenant une batterie au milieu de 40 bataillons , aient pu y porter de l'irrésolution et suspendre l'attaque de ces derniers .
Deux jours après la bataille, la forteresse de Hameln se rendit aux Français.
Les alliés se retirèrent vers Hambourg et Stade. L'armée victorieuse les suivit de près, et manœuvra pour les couper de leurs communications ; elle allait recueillir le fruit de sa victoire , lorsqu'une intrigue de cour donna au maréchal le duc de Richelieu pour successeur.
Enfin, l'armée alliée ne pouvant sans doute pas s'embarquer, et n'ayant d'autre retraite que les États neutres du Danemark , conclut, avec le duc, et sous la garantie de cette cour, une convention par laquelle les Hanovriens se retireraient dans le duché de Lauenbourg, sur la rive droite de l'Elbe , et les troupes de liesse et de Brunswick dans leurs foyers. Cet événement eut lieu , le 0 septembre, à Closter-Seven , à vingt lieues de Hambourg. (Voyez pl. î.) Richelieu se porta ensuite à Halberstadt , d'où il fit faire des incursions jusqu'aux portes de Magdebourg. On a beaucoup blâmé cette capitulation, et ce n'est pas sans fondement, comme la suite le démontrera. Au moyen de sa grande supériorité, le duc de Richelieu pouvait faire mettre bas les armes à