‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 30 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ce* troupes , ou tout au moins détruire et «lisperser le plus grand nombre, si une parue parvenait à s'échapper. On eut bientôt lieu de se repentir de la légèreté avec laquelle on les laissa aller.

Opérations en Saxe ; bataille de Rosbach.

Tandis que ces choses se passaient, le prince de Soubise avait continué sa marche vers la Saxe; et s'était réuni, le 21 août, à fcrfurt, à l'armée des cercles, commandée par le prince de Hildbourghausen, forte de <52 bataillons, 42 escadrons avec 52 pièces <le canon : ces troupes après leur jonction prirent le nom d'armée combinée.

Leur projet était de chasser les Prussiens de la Saxe, et l'exécution en semblait facile, car ce pays n'était gardé que par quelqm-s garnisons. Le roi paraissait uniquement occupé à observer les Autrichiens en Bohême, et les généraux de l'armée combinée n'imaginant pas qu'il eût le temps , ni les moyens de s'opposer à leurs opérations , résolurent de marcher sur la Saale, et d'ouvrir la campagne par le siège de Leipsick , attendu qu'ils pouvaient être protégés, dans cette opération , par l'armée de Richelieu , qui n'avait plus d'ennemis devant elle.

Après la reddition de cette place , l'armée combinée voulait prendre ses quartiers d'hiver aux environs, et envahir, dans la campagne suivante, l'électorat de Saxe, le duché de Magdebourg et le Brandebourg.

Frédéric prévoyant que, s'il n'arrêtait pas les armées de Soubise et de Richelieu , elles seraient bientôt sur l'Elbe, et lui porteraient les coups les plus funestes , laissa une armée d'environ 56 bataillons et 100 escadrons au duc de Bévern, pour défendre la Silésie, et quitta Bemstadtel, le 18 août, avec 16 bataillons et 28 escadrons : il se réunit au prince Maurice, qui couvrait la Saxe , et après avoir laissé 2 régiments à

Dresde, se porta au-devant de l'ennemi, avec 28 bataillons et 48 escadrons. A son arrivée à Erfurt, le 12 septembre, les Français s'étaient retirés sur Eisenach ; mais le roi ne voulut pas s'éloigner de l'Elbe ni de la Saxe , vu que les Autrichiens pouvaient porter des corps sur ses derrières , tandis que Richelieu pousserait des partis sur Ualberstadt et Magdebourg ; malgré sa faiblesse, il détacha néanmoins deux divisions pour couvrir ses magasins et ses Etals. En conséquence, le duc Ferdinand se mit en marche, le 14, avec 3 bataillons et 10 escadrons, vers le duché de Magdebourg , et le prince Maurice, avec 11 bataillons, se dirigea entre l'Elbe et la Mulde , afin d'observer les mouvements des Autrichiens vers la Saxe.

Le roi resta à Erfurt avec 13 bataillons et 23 escadrons. L'infanterie fut de nouveau cantonnée ; la cavalerie campa en arrière de la ville ; le quartier général s'établit à Dittelstadt.

Le 15 septembre, Frédéric se porta avec les hussards et les dragons à Gotha, où il laissa le général Seidlilz avec 15 escadrons ; les dragons de Zettcritz restèrent en position intermédiaire entre Gotha, et Erfurt où le roi retourna.

Les généraux de l'armée combinée, informés que les Prussiens avaient fait deux grands détachements, crurent pouvoir en profiter et débuter par la prise du corps de Seidiitz. Les hussards autrichiens et français, tous les grenadiers de l'armée, ainsi que les régiments de cavalerie allemande de Pretlach et Trautmansdorf , furent destinés à cette expédition, à laquelle les princes de Hildbourghausen et de Soubise voulurent assister. Seidiitz était trop vigilant pour se laisser surprendre ; mais comme il manquait d'infanterie et d'artillerie, il évacua la ville à l'approche de l'ennemi, et se porta à Sebenleben, où les dragons de Zetteritz reçurent ordre de le joindre. Les généraux alliés firent leur entrée triomphante dans Gotha, et logèrent leurs grenadiers dans le château ,

Sur ces entrefaites, Seidlitz ayant été joint pur les dragons, tenta un coup de main. 11 fit reployer les postes ennemis par les hussards , et marcha sur la ville, avec les dragons sur un seul rang. Les généraux en chef de l'armée combinée allaient se mettre à table , lorsqu'on leur annonça cette nouvelle.

Bien éloigné de penser que quelques escadrons eussent l'audace de tenter une telle entreprise, Soubise crut avoir affaire à toute l'armée prussienne ; et comme il avait négligé do faire des dispositions , en cas de surprise, il donna le signal de la retraite en partant avec toute sa suite. Son exemple fut imité par les autres généraux , l'armée prit la route d'Eisenach dans le plus grand désordre, et les grenadiers, attaqués dans le château, l'évacuèrent. Ainsi Seidlitz, avec 1,500 chevaux réussit à chasser, d'une ville fermée, 8,000 hommes de toutes armes, et prit grand nombre de secrétaires, valets de chambrés, officiers de cuisine, comédiens , coiffeurs , marchands de nouveautés, etc. Les bagages des généraux français et saxons tombèrent également en son pouvoir ; on y trouva des caisses entières d'eau de lavande, de sans-pareille ; des parasols, des manchettes ; des singes et des perroquets (1).

Cet événement qui prouve ce que peut un bon partisan , commença la carrière de Seidlitz.

Le roi voyant que l'armée ennemie ne se décidait à aucun mouvement, fit évacuer Gotha, le 22; et se retira lui-même, quelques jours après, à Butstaedt, d'où il répartit ses troupes dans de bons cantonnements, qu'il garda jusqu'au 10 octobre sans être inquiété. Tout annonçait que les généraux alliés avaient résolu de ne rien entreprendre dans cette campagne, et l'armée prussienne se rapprocha de l'Elbe, afin

(1) Je traduis fidèlement le» expressions piquantes de Tempelhof , moins parce qu'elles témoignent contre une cour efféminée et corrompue, dont les

de pouvoir, au besoin, secourir celle de Silésie.

Sur ces entrefaites, les Autrichiens avaient envahi cette province, et repoussé le duc de Bévern sous Breslau , laissant le général Marschall à Lauban en Lusace, avec 6 régiments d'infanterie et autant de cavalerie. Le général Haddick fut porté, avec un corps de troupes légères, entre Dresde et Stolpen :

cette position le rendait maître des routes qui conduisent dans la Marche électorale.

Comme il n'avait pas un Prussien devant lui , le prince Charles de Lorraine résolut de le pousser sur Berlin, afin de porter^Ia terreur au cœur des États du roi, et de les mettre à contribution. Cette expédition réussit complètement , et prouve qu'un projet téméraire peut avoir parfois à la guerre le plus grand succès. Tempelhof lui attribue tous les avantages que le roi remporta sur la fin de la campagne, en ce qu'elle détermina l'armée française et celle des cercles à opérer plus vigoureusement , et à quitter leur position d'Eisenach.

Le prince Maurice avait été détaché sur l'Elbe , comme nous l'avons dit ; dès qu'il apprit cette entreprise de l'ennemi, il passa •ce fleuve pour se porter vers Berlin, dans l'espoir d'y prévenir les Autrichiens, ou au moins de leur couper la retraite; mais, en arrivant à Schwelinz, il fut informe qu'Iladdick s'était retiré en Lusace, après avoir rançonné la capitale.

Le roi, informé aussi de ce mouvement, crut d'abord que l'ennemi avait concerté un plan plus solide avec les Suédois qui s'avançaient sur le même point, et jugea indispensable d'aller en personne déjouer ce projet. Après avoir laissé à Keith 6 ou 7,000 hommes, pour garder la Saale et observer les alliés, il quitta Leipsick, le 10 octobre, et arriva le 20 à Annaberg, sur la gauche de

riecs s'étendaient sur l'armée, que parce qu'elles donnent une leçon aux peuples et aux princes.

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