‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 31 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I Elbe. Mais apprenant ici la retraite de lladdick, il ordonna au prince Maurice de reprendre sa première position entre l'Elbe et la Mulde, et retourna, avec une partie de tes troupes, à Leipsick.

Les généraux de l'année combinée, renforcés par le corps nombreux du duc de Broglie, voulant profiter de l'absence du roi, pour pénétrer encore une fois dans la Saxe, passèrent la Saale, le 25 , et portèrent leur quartier général à Weissenfels , le 27 ; le comte de Mailly fut chargé de sommer Leipsick, que le maréchal Keith refusa Je rendre. Les choses en étaient là, lorsque Frédéric arriva avec 10,000 hommes; les troupes de Keith et du duc Ferdinand le rejoignirent et portèrent son armée à 22,000 combattants, avec lesquels il résolut de marcher à l'ennemi.

Quoique l'armée combinée fut très-supérieure en nombre, les généraux ne jugeant pas à propos d'engager une action dans une position adossée à la Snale , crurent devoir arrêter un nouveau plan avec Richelieu ; leur armée repassa donc cette rivière, le 29, laissant 4 bataillons et 18 compagnies de grenadiers dans Weissenfels, et 14 bataillons avec de la cavalerie sous le duc de Broglie , à Mersebourg , pour défendre les rites de la Saale.

Le roi quitta Leipsick et arriva, le jour iiiivant, à Weissenfels qu'il enleva de vive force. Les alliés ayant en grande partie passé la rivière, brûlèrent le pont, et ce qui restait dans la ville fut fait prisonnier. Leur armée fut divisée en deux corps ; le premier, commandé par le prince d'Hildbourghausen, resta vis-à-vis de Weissenfels, et l'autre, sous les ordres du prince de Soubisc, s approcha de Mersebourg pour secourir le duc de Broglie, et couvrir sa retraite, dans le cas où l'on jugerait à propos d'abandonner cette place.

Le roi ne croyant pas prudent de mettre *es troupes en quartiers d'hiver, tant que les ennemis auraient des forces considérables

sur les frontières du Magdebourg et de la Saxe, se détermina à livrer bataille à l'armée combinée , et de la contraindre en cas de refus à rétrograder assex loin pour en être débarrassé le reste de cette campagne.

Frédéric fit jeter des ponts sur la Saale, à Weissenfels , Mersebourg et Halle ; et la passa sur trois colonnes qui se réunirent, le 2 novembre. (Pl. 8.) Les ennemis ayant renoncé à défendre les bords de cette rivière, quittèrent Mersebourg et rassemblèrent toutes leurs forces. Le roi examina leur position le 3, et résolut de les attaquer le lendemain matin. Il s'avança à la tête de la cavalerie , afin d'occuper les postes les plus favorables pour couvrir l'infanterie et lui donner le temps de faire ses dispositions pour l'attaque. Arrivé à Schortau, il s'aperçut que les ennemis avaient changé déposition pendant la nuit, et qu'ils en avaient pris une autre ; en conséquence, l'année reçut ordre de marcher par la gauche et de camper, la gauche à Rosbach, le centre en arrière de Sehortau, la droite vers Bedra, et la cavalerie en troisième ligne, suivant l'ordre de bataille ci-contre.

Les chefs de l'armée combinée attribuant le mouvement rétrograde du roi à la crainte, sentirent renaître leur courage , et calculant sur leur grande supériorité se décidèrent a attaquer le lendemain matin, et à finir ainsi une campagne dont ils ne semblaient pas faits pour supporter plus longtemps les fatigues. La droite et le centre du roi étant trop avantageusement postés pour donner quelque espoir de succès, on prit le parti d'attaquer l'aile gauche en flanc et à revers. Le comte de Saint-Germain fut détaché avec un corps considérable pour amuser l'ennemi et protéger la marche de l'armée. A ouïe heures, elle se mit en mouvement sur trois colonnes : la cavalerie allemande formait l'avant-garde, l'infanterie la suivait; la cavalerie française fermait la marche.

Arrivé sur le plateau à la hauteur du flanc gauche ennemi, l'année fit halte, et la

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

cavalerie française rejoignit celle qui était en tète.

Lorsque le roi s'aperçut vers deux heures, que l'armée avait dépassé son flanc et continuait son mouvement vers Mcrsebourg, il donna ordre à Seidlitz de marcher avec la cavalerie, par divisions à gauche, derrière les hauteurs, et d'aller se placer sur celle qui est située entre Lunstedt et Reichertswerben. tandis que l'infanterie suivrait à la hâte.

Les généraux de l'armée combinée, voyant l'ennemi quitter son camp avec une sorte de précipitation , et ne pouvant pénétrer son but, imaginèrent qu'il se retirait. Appréhendant que la fuite du roi ne leur fit perdre le fruit de leurs belles dispositions, ils s'avancèrent précipitamment avec la cavalerie, laissant l'infanterie à une grande distance, en vue d'atteindre l'arrière-garde, de la détruire, ou de forcer Frédéric à une action générale.

En débouchant près de Reichertswerben, ils virent la cavalerie prussienne sur les hauteurs derrière le village, et continuèrent à s'avancer, présumant qu'elle n'était là que pour gagner du temps et protéger la retraite. Cette illusion s'évanouit bientôt.

Seidlitz, marchant avec ses 43 escadrons derrière la hauteur de Janus, et déjà arrivé en J, les forma sur deux lignes par une simple conversion (Voyez \A. 8 et9), établit son artillerie sur le mamelon, chargea surle-champ les tètes des colonnes ennemies, et les rejeta sur Busendorf.

Les troupes combinées voulurent déployer leurs colonnes sur la tète ; mais ne purent y parvenir, parce que le général Seidlitz se trouvait déjà établi sur leur front et leurs derrières. Les régiments de Pretlach etdeTrautmansdorf, qui s'étaient néanmoins déployés en assez bon ordre, furent culbutés avec les autres et rejetés sur leur infanterie , à travers Reichertswerben et Rusendorf. Pendant que cette charge s'exécutait, 0 bataillons prussiens se formèrent

successivement en arrière. Le prince Henri t marcha à leur tète, au soutien de Seidlitz, qui se disposait à poursuivre son attaque, et obliqua à gauche, afin de tourner plus complètement les colonnes ennemies.

Cependant le prince de Soubise ne regarda pas l'affaire comme perdue. La reserve, consistant en 5 régiments de cavalerie, eut ordre de soutenir l'infanterie pendant qu'elle se déploierait; cette réserve fut aussitôt chargée et culbutée. Alors l'infanterie française prise en flanc par celle de l'ennemi, et exposée à un feu très- vif d'artillerie et de mousqueterie, ne put tenir ni se former sur les tètes de colonnes : elle se retira, où elle essaya ensuite de se déployer sur la queue, entre le village de Busendorf et celui de Lustschiff, sous la protection d'un gros de cavalerie française; mais celle-ci ayant été forcée à se retirer, l'infanterie abandonna précipitamment le champ de bataille. Le comte de Saint-Germain couvrit la retraite.

Telle fut labataille de Rosbach, où 22,000 hommes, conduits avec prudence et vigueur, en défirent plus de 50,000, sans autre perte que 300 tués ou blessés ; l'armée combinée eut 800 morts, G, 000 prisonniers et perdit 72 pièces de canon. L'armée prussienne campa dans la position R ; son quartier général à Burgwerben.

Observations.

Il parait que les généraux de l'armée ennemie, se proposaient d'agir suivant les circonstances, et voulaient d'abord envahir la Saxe, s'ils le pouvaient sans risque ; car ils évitèrent pendant la campagne d'en venir aux mains, et tentèrent le sort du combat, au moment le moins favorable.

Lorsque le roi quitta la Saale , c'était l'instant d'attaquer Leipsick ; on aurait pu prendre d'autant plus aisément plusieurs positions pour empêcher les Prussiens de secourir celte place, que (Frédéric n'ayant

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