‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 32 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

>ous sa main, qu'environ 10,000 hommes, pt 6,000 sous le prince Maurice, et que le rorps commande par le duc Ferdinand pouvant être aisément repoussé sous le canon de Magdebourg par un détachement de l'aile droite du maréchal de Richelieu, l'armée combinée n'aurait eu ainsi que ces 16,000 hommes à combattre.

Les troupes combinées ayant laissé réunir les différents corps prussiens à Leipsick, firent sans doute bien de repasser la Saale, puisqu'il est dangereux d'engager une action arec une rivière à dos, mais elles auraient dù en défendre le passage : leur grande supériorité les mettant à même d'en surveiller tous les points. Les princes de Soobise et de Hildbourghausen devaient laisser un fort détachement vis-à-vis de YYeissenfels, un autre à Mersebourg, et porter l'armée dans une position intermédiaire pour soutenir ces détachements et arrêter I ennemi. L'armée du roi passa la Saale sur trois colonnes , distantes de trois lieues , à Weissenfels, Mersebourg, et Halle, qui ne se réunirent qu'à Rosbach. On ne conçoit pas comment les confédérés laissèrent commettre impunément une si grande faute, l'uisqu'ils pouvaient prendre plusieurs portions pour empêcher la jonction de ces colonnes, et les attaquer séparément avec leurs forces réunies.

Ayant évité pendant toute la campagne d'en venir à une action, les armées combinées devaient persister encore quelques jours dans ce système, 1° parce qu'il était vraisemblable que la situation des affaires «•n Silésie et en Westphalie forcerait le roi a marcher en personne contre les Autrichiens ; î" parce que , s'il ne prenait pas cette résolution, l'armée de Richelieu, alors disponible, eût opéré de concert avec celle de Soubisc et manœuvré sur les flancs de Frédéric, pour le forcer à évacuer tout le pays, ou l'accabler par leur énorme supériorité, dans le cas où il aurait voulu les .itimdre. Si donc Richelieu et les généraux

de l'armée combinée se fussent conduits plus habilement , le roi perdait la Saxe ou la Silésie, et peut-être ces deux provinces.

Le plan d'attaque des alliés contre le flanc gauche des Prussiens, était contraire à toutes les règles ; en cas d'échec, leur retraite devenait impossible, parce qu'ils avaient une rivière à dos et l'ennemi sur leurs communications. Lloyd pense que l'exécution n'est pas exempte de blâme, parce qu'ils tentèrent en plein jour, et en vue de l'ennemi , de déborder son flanc et de gagner le revers de sa ligne pour le couper de la Saale : malgré les avantages d'une telle manœuvre, les alliés pouvaient-ils espérer qu'elle réussit contre Frédéric ? L'auteur juge qu'ils auraient dù faire quelques démonstrations sur l'extrémité opposée pour attirer l'attention du roi, s'approcher de sa gauche par une marche de nuit, et l'attaquer sans lui donner le temps de changer de position : c'était le seul moyen d'exécuter leur plan, celui qu'ils employèrent devait le faire échouer.

Lorsque le roi quitta son camp avec une feinte précipitation, il fallait le faire suivre par le comte de Saint-Germain, et porter une forte division de cavalerie sur le chemin de Mersebourg pour reconnaître ses mouvements : si ces deux corps avaient vu qu'il se disposât à la retraite, ils auraient suffi pour battre son arrière-garde; et si l'on s'était aperçu qu'il ne faisait que changer de position, ils l'eussent inquiété asseï longtemps pour que l'armée se formât ou se retirât dans son ancien camp.

Lloyd blâme également les alliés d'avoir marché , sans avant-garde ; ce qui ne doit jamais se faire quand on est à proximité de l'ennemi. 11 pense, avec raison , qu'ils n'auraient pas dù se former sous le feu des Prussiens, mais plus en arrière.

La conduite de Frédéric fut bien différente ; il aperçut toute la matinée les mouvements de l'ennemi , sa us en être déconcerté, et aussitôt qu'il eut pénétre leur dessein, il fit

ses dispositions avec beaucoup de sangfroid. Sa marche derrière le plateau de Reichertswcrben, lui procura de grands avantages ; cette fuite apparente trompa l'orgueil de ses ennemis, au point de leur faire négliger toutes précautions : ils s'avancèrent avec tant de précipitation que le désordre s'introduisit dans leurs rangs ; les têtes de colonnes se trouvèrent tout à coup sous le feu des Prussiens , et dans l'impossibilité de se former. Le roi saisit ce moment favorable, ordonna à sa cavalerie de charger , et au petit nombre de bataillons qui était arrivé , d'attaquer l'ennemi spontanément. Un pouce de terrain, un instant perdu, auraient donné aux alliés l'espace et le temps nécessaires pour former leur ligne; mais les manœuvres du roi furent si précises qu'elles durent être couronnées par la victoire.

Tempelhof ajoute que les généraux français et impériaux perdirent la bataille pour avoir jugé Frédéric d'après le commun des hommes. Lorsqu'il formèrent leur projet d'attaque, ils étaient éloignés de penser que le roi le devinerait du premier coup d'œil , le déjouerait avec la même promptitude, et que ce n'était pas son système d'attendre une attaque, mais bien de la prévenir, en prenant l'initiative. L'histoire de ses campagnes, surtout la bataille de Soor, aurait dû le leur prouver; mais non contents de le battre, ils voulaient le prendre !

L'auteur prussien tire de la conduite du roi dans cette affaire deux maximes générales :

1° Lorsqu'une armée prêt oit une attaque , elle ne doit jamais attendre l'ennemi; il faut au contraire qu'elle le prévienne sans perdre une minute, et l'attaque avec impétuosité ;

[}) Ces idées de Tempelhof sont justes dans la supposition d'un mouvement fait de jour et à décoiiTcrt; dans le cas contraire, elles seraient nulles; on peut donc les citer ù l'appui du chapitre III, et des maximes que j'y ai présentées pour dérober ses mouvements à l'ennemi. D'ailleurs , il n'est pns indispensable de marcher par lignes pour gagner

2° Si l'ennemi veut tourner une année le jour d'une bataille, celle-ci peut toujours l'en empêcher , et même le déborder. (Cette pensée sera rendue intelligiblement par la figure l. planche 1-4.) On a supposé deux armées marchant sur deux lignes qui doivent se rencontrer en C où elles formeront un angle.

Il est évident que celui qui aura atteint le premier ce point , sera établi sur le flanc de son adversaire, et pourra le déborder.

L'armée se portant à l'attaque, le fera vraisemblablement par lignes et en colonnes, par pelotons ou par divisions, car cette méthode est la meilleure. Elle détachera en avant , un gros corps de cavalerie , afin de gagner plus rapidement le flanc qu'elle veut attaquer. Si l'armée était bien éclairée, il lui serait facile de déjouer ce projet, et il est certain qu'elle pourrait toujours gagner le point donné avant son adversaire ; puisqu'ayant reçu à temps avis du mouvement de l'ennemi , elle serait en mesure d'arriver avant lui au point de sa direction (1); elle n'aurait pour cela qu'à suivre l'exemple du roi, qui plaça sa cavalerie à l'aile menacée, et la mit de suite en mouvement.

Dès que l'armée B sera donc formée au point C avant l'armée A, cette dernière sera prise en flanc et sana doute battue, si la première profite de cet avantage avec autant de vivacité que le roi le fit à Ro»bach. Pour s'en assurer, il faut démontrer la seule contre-manœuvre qui reste à l'armée A, pour arrêter l'ennemi. (Fig. 4, pl. 14.) Dès que la cavalerie est parvenue à la hauteur de C , l'armée A n'a d'autres moyens que de former un crochet, au point de rencontre : ce mouvement, qui doit être exécuté avec rapidité, entraînera quelque désordre ; la ca-

l'extrémité d'une armée ; on peut masquer l'opération par une attaque d'avant-garde, et porter sa masse sur cette extrémité, par des colonnes de bataillons serrés a peu de distance ; de cette manière, il est difficile que l'ennemi le découvre, et puisse s'y opposer h temps.

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