CHAPITRE IV
valerie formée en C , chargeant alors avec ensemble et impétuosité, dans une direction convenable pour déborder l'ennemi, le culbutera , même avant qu'il ne soit déployé.
Tempelhof prétend d'ailleurs que la formate ce crochet est sujette à un autre inconvénient : une armée marchant par lignes en colonnes , perd toujours un peu de ses distances, lorsqu'il s'agit de faire une conversion dans laquelle ses colonnes se rapprochent; cela arrive surtout lorsque le crochet forme un angle droit ; alors les lignes sont serrées en masse, et il en résulte de la confusion : si la charge de l'ennemi s'effectuait dans ce moment , et que la première ligne fût repoussée, elle entraînerait nécessairement la seconde. La cavalerie des assaillants pourra aisément se reformer et renouveler ses attaques : dans cet intervalle, leur infantérie commencera d'arriver; les bataillons marcheront au soutien, à mesure qu'ils se formeront, parce qu'il est très - important d'agir avec vigueur, sans donner le temps à l'ennemi de se reconnaître ; et il est facile de juger qu'ils peuvent le faire sans crainte, puisque l'armée est toujours à portée de les soutenir (1).
Pour rendre ceci plus intelligible, je suppose que l'armée B marche à gauche par pelotons et par lignes , et que sa cavalerie ;;agne six ou huit cents pas; son aile gauche arrivera au moment où cette cavalerie aura fourni sa charge, et se reformera : les premiers bataillons arrivés se mettront en bataille , et protégeront cette opération ; les deux armées réunies feront alors un effort combiné. L'armée A voyant sa cavalerie culbutée au premier choc, formera sans doute un crochet avec l'infanterie de l'aile droite, en retirant la cavalerie sur la droite, pour qu'elle ne masque pas ce mouvement ;
(1) Tempelhof an-ange fort bien cela à sa manière; mais il est dans l'erreur, lorsqu'il prétend que deux colonnes, se rapprochant un peu au moment d'un changement de direction , seraient plus faibles et plus facilement battues à cause de ce rap-
mals l'infanterie ennemie B ne lui donnera pas le temps de l'achever ; si elle a continué de marcher rapidement , elle arrivera pendant qu'il s'effectue, et mettra facilement en déroute une troupe ainsi surprise. En supposant même que l'aile gauche de l'armée B eût devancé les antres bataillons de quelques cent*» pas , ceux-ci arriveraient toujours à temps pour appuyer son attaque et la rendre décisive. Il résulterait de cette manœuvre une espèce d'ordre par échelons , dont chaque échelon prendrait son poste, lorsque celui qui le précède aurait gagné quelques centaines de pas ; en observant de les prolonger tous sur la gauche, l'ennemi serait complètement débordé et pris à revers, avant d'avoir pu s'y opposer.
Le crochet en D , qu'il voudrait figurer , se trouverait aussi exposé à l'effet de l'artillerie qui battrait les troupes dont il serait formé.
La cavalerie peut beaucoup contribuer au succès de ces sortes d'opérations ; et il faut dire , à la louange de celle des Prussiens , qu'elle prépara tellement la victoire , que l'infanterie put aisément l'achever.
On peut tirer de cette bataille une maxime accessoire, savoir : Qu'un général, commandant une armée manauvrière doit, autant que possible, attaquer son ennemi, fût-il même supérieur en nombre, lorsqu'il est en marche.
En parcourant l'histoire de cette guerre, on se convaincra que le roi cherchait toujours à prendre ses ennemis dans un mouvement.
Cette manœuvre avait alors plus d'importance qu'aujourd'hui, à cause de la manière de camper et de marcher. Dans les dernières guerres, la moitié des combats n'ont été que des engagements de têtes de colonnes ; le terrain et le système actuel ont également contribué à ce changement.
prochement. D'ailleurs, ce changement de direction n'est pas indispensable dans le cas supposé ; on peut faire exécuter un changement de front à deux brigades , et le refoulement des deux lignes n'aurait plus lieu.
TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES