CHAPITRE V
Observations sur les ordres de marche de Frédéric et sur ceux de Guibert. Maximes sur les magasins et sur les attaques contre une armée en marche.
Avant de donner la narration des événements qui se passaient en Silésie , pendant l'expédition du roi en Saxe, je vais présenter quelques observations justifiées par la bataille de Rosbach , et qui doivent , par conséquent, trouver leur place ici.
Les ordres de marche sont une partie importante de l'art de la guerre , Guibert a consacré plusieurs volumes pour nous en développer les diverses combinaisons : on me permettra de faire ici quelques observations sur ceux que Frédéric a le plus souvent mis en pratique.
Les réflexions qu'on va lire sont relatives à l'ancien système, c'est-à-dire à celui dont on s'est servi jusqu'à la guerre de la révolution. On y suppose deux armées campant à proximité, organisées par lignes, comme elles l'étaient jadis, et fortes d'environ 80 à 60,000 hommes. Depuis 1798, les masses sont devenues plus considérables, on a été forcé pour les faire agir facilement de les subdiviser, et de former dix à douze corps d'armée , agissant chacun vers le but commun ; dès lors les ordres de marche ont changé , et ceux proposés par Guibert , comme ceux de Frédéric , ont subi des modifications nécessitées par la différence de l'organisation des armées , autant que par le changement survenu dans la manière de les employer. Mais si les ordres de marche du roi n'étaient plus praticables pour les armées modernes, ils auront toujours un grand intérêt pour l'art, et conviendront pour un ou deux corps d'armées destinés à manœuvrer en présence de l'ennemi et à
gagner une extrémité de sa ligne par un mouvement de flanc.
Sur les ordres de marche.
La clarté des dispositions du roi pour les batailles de Rosbach , Kollin et Leuthen :
l'examen de son ordre de marche et de tous ceux qu'il a mis en usage avant et après ces batailles , m'ont également frappé.
J'ai cru y découvrir une des causes principales de sa grande facilité à mouvoir les masses , à les porter vivement sur une extrémité de la ligne ennemie, à les laisser en colonnes ou à les former avec la rapidité de l'éclair, et je dois avouer que j'ai considéré cette cause , comme une de celles qui ont contribué aux succès de Frédéric. Dès lors il m'a paru aisé de saisir tous les rapports de sa tactique ave'c ses ordres de bataille; mais, en même temps, j'ai vu combien on l'avait méconnue et défigurée dans toute l'Europe , en croyant l'imiter , et recherchant ses causes dans le maniement des armes, la célérité des feux ou des manœuvres compliquées.
De tous les auteurs militaires dogmatiques, Guibert a seul traité la tactique de Frédéric, car Mirabeau ne nous a donné que son ordonnance d'évolutions, qui n'a rien de commun avec les systèmes de bataille ; c'est l'école de peloton et de bataillon.
Guibert a prouvé, dans l'éloge du roi de Prusse, que sa tactique était ignorée en Europe ; mais, la connaît-il mieux lui-même, lorsqu'il consacre une plume, digne d'un plus grand sujet, à nous enseigner des déploiements que ce grand capitaine ne fit jamais à la guerre, et qu'il nous dit gravement qu'il avait laissé beaucoup à désirer dans le détail des marches? Pour suppléer à ces lacunes , il emploie un volume entier à nous démontrer qu'une colonne de 8 bataillons, par exemple, doit déployer comme un bataillon de huit pelotons. Qu'on ne m'accuse pas d'être le détracteur de Guibert; loin de