‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 35 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

moi une telle pensée ! Eh ! quel homme n'admirerait pas son génie ! Qui oserait lui contester un rang distingué par.rai les écrivains militaires? C'est justement parce qu'il fit preuve de talents inappréciables qu'il faut regretter qu'il ait vécu un demi-siècle trop tdt, et écrit dans un temps où la tactique de son héros était encore méconnue. Son imagination à la fois brillante et profonde, se serait proposée un objet plus digne d'elle que les détails sur lesquels il l'est appesanti. Dans le premier chapitre de •on Traité des marches, il promet un système de guerre complet ; les chapitres suivants ne sont, au contraire, qu'une simple répétition des ordonnances : son second volume n'est qu'une application de l'école de bataillon, au déploiement des colonnes; mais quel est l'officier supérieur, connaissant l'ordonnance, et sachant manier une troupe, qui ne puisse faire déployer une colonne ? Les bataillons sont à une colonne, ce que les pelotons sont à un bataillon. Les uns et les autres se ploient et se déploient d'après les mêmes principes. Néanmoins on ne saurait nier que ses manœuvres ne soient bonnes dans un camp d'instruction, pour accoutumer les officiers à toutes les combinaisons, et à l'estimation des distances ; mais qu'elles soient praticables à la guerre, et préférables à celles de Frédéric, c'est une question que tous les militaires instruits pourront juger.

En jetant un coup d'œil sur les ordres de marche de l'armée prussienne aux batailles

(1) Ce n'est pas de la marche par le flanc et par files dont il est ici question , mais de la marche en colonnes par pelotons et par le flanc de l'armée, la droite ou la gauche en tête.

(2) Dans une instruction rédigée pour ses généraux ovant la guerre de sept ans , Frédéric recommandait cette méthode de marcher par lignes comme (a meilleure; mais il n'en développait ni le mécanisme ni les avantages : cependant il expliquait parfaitement les marches des ailes. Cette instruction, rédigée après l« guerre de 1742, ne fut im-

de Kollin, de Rosbach et de Leuthen, on verra qu'elle marchait en colonnes , par le flanc (1), chaque ligne formant une colonne; qu'elle passait à cet ordre en rompant à droite ou à gauche par pelotons, et qu'elle reprenait l'ordre de bataille, au moyen de la même conversion par peloton sans déploiement (2).

Guibert n'a fait l'application de cette manœuvre qu'au prolongement insignifiant de direction parallèle (4 e et 0° manœuvres, pl. 7 et 8 de sa grande Tactique) , comme s'il eût été entraîné par son système de déploiement, ou qu'il n'eût pas saisi les facilités qu'elle présente, pour toutes les marches et pour tous les ^ordres de bataille ; cependant de cette manœuvre dérivent les avantages suivants :

1 u L'armée peut fait e tous ses mouvementé réunie ; elle ne risque point d'être accablée en détail ', puisqu'elle ne forme que deux colonnes, p la distance d'une première ligne avec la seconde ;

2° L'ennevu ne peut pénétrer entre ses colonnes, ni les couper ;

3° En prenant la direction qu'elle veut donner à sa ligne de bataille, l'armée, en arrivant sur le terrain, pourra être formée dans quelques minutes, ou dans le même espace de temps qu'il faut à des pelotons pour converser (3). Cette manœuvre simple est celle de F article 2, 4" partie de F école de bataillon. Il sera seulement nécessaire de protéger la marche des colonnes par une avant-garde, qui remplira le double but de les couvrir et de donner le change à t ennemi.

primée qu'après celle de sept ans, en 1766. Elle prouve que, dons la première guerre, le roi luimême n'avait pas encore saisi tous ses avantages, puisqu'il avoue qu'aux batailles de Soor et de Hohenfriedberg il n'en sut pas profiter.

(3) Je ne prétends pas que tous les pelotons conversent strictement dans la même minute sur tout le prolongement de la ligne; mais, le signal étant donné , il y aura très-peu d'intervalle pour l'exécution dans les différentes brigades, et la conversion ne durera certainement pas dix minutes.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

À a Comme l'armée ne doit observer que deux ou trois cents pas de distance, entre ses colonnes, pour former deux lignes, ou la distance des pelotons entre eux, cette manœuvre sera juste et précise;

8° L'armée ayant atteint la hauteur d'un des flancs de f ennemi , par un mouvement dérobé, en se formant arec rapidité, ne lui donnera pas le temps de faire un crochet, ni de changer de front ; il sera donc accablé successivement sur une extrémité de sa ligne, comme les Impériaux le furent à la bataille de Ijeuthen.

6° Enfin, si l'armée ne veut pas former deux colonnes aussi longues que sa ligne de bataille ordinaire, elle peut, suivant le terrain, en faire quatre, en doublant sa ligne, ou marchant par ailes, sans augmenter l'embarras de la formation. Ces quatre colonnes étant établies par lignes doublées, arrivées à peu près à la hauteur où elles doivent se former, se dédoubleront ; la deuxième fera halte, et protégera le mouvement de la première, laquelle marchera jusqu'à ce qu'elle ait dépassé sa tête qui s'emboîtera alors avec le dernier peloton de la première de manière , qu'au moyen de la simple conversion dont nous avons parlé, elles se trouveront à même de former ligne contiguc.

Si elles sont formées par ailes, elles se retrouveront sur deux lignes par un simple changement de direction, exécuté simultanément par les têtes et les queues de chaque colonne. L ordre de marche de la bataille de Leuthen (pl. 13) le démontre clairement.

Il est bien entendu toutefois que ces ordres de marche ne peuvent avoir lieu que sur un champ de bataille découvert, car dans les pays fortement coupés ces grands mouvements sont impraticables; il faut alors arriver par les débouchés reconnus, et se borner à combattre en colonnes.

Pour rendre ces diverses manœuvres plus intelligibles, j'ai cru devoir joindre, à la fin de ce volume, une planche qui en représente tous les détails ; et , pour la rendre plus intéressante, j'ai adopté l'ordre de ba-

taille que Frédéric avait arrêté à Kollin, mais qui ne fut point exactement suivi.

(Voyez planche 7 et son explication.)

L'examen des ordres de marche de Guibert, va nous convaincre par la difficulté et les inconvénients de leur application , que c'est par un système absolument inverse, que Frédéric faisait mouvoir ses masses avec tant de précision et de facilité.

Guibert a employé plusieurs chapitres, et onze planches , pour donner différents ordres de marche de front, qui ne diffèrent que dans les bataillons de déploiement, ou la direction de droite et de gauche ; ainsi comme il sera indifférent de choisir l'un ou l'autre de ces chapitres, je prendrai le sujet de sa planche IX , ou l'ordre oblique simple. L'année qu'il fait mouvoir est d'abord obligée d'ouvrir cinq marches, et de former cinq colonnes ployées sur la droite ou sur la gauche. 11 faut ensuite que ces colonnes exécutent une marche, en conservant parfaitement leurs distances à une demi-lieue , l'une de l'autre. Arrivées au point d'attaque, elles doivent s'y déployer, peloton par peloton , sur celui de la tète , avec assez d'exactitude pour que le premier de la colonne de gauche se trouve appuyé au dernier de la colonne qui est à sa droite ; l'inverse se fait à la gauche, si la direction est sur celte aile. Or, je demande aux militaires accoutumés à diriger des troupes :

1° Si, pour marcher à l'ennemi, on peut ouvrir cinq marches jusqu'à sa portée, à travers les obstacles du terrain, sans qu'il s'en aperçoive, et ne repousse l'attaque?

2° En supposant que cela fût possible, le sera-t-il de conduire cinq colonnes hors du rayon visuel, en conservant exactement les distances, de manière à ce qu'elles arrivent, à la minute, sur le front des attaques, principalement lorsqu'une colonne aura la moitié moins de chemin à parcourir qu'une autre?

3° Accordant néanmoins ces deux hypothèses , comment les colonnes formeront-

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