‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 46 sur 196 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

partie faible, et culbuté la ligne d'un bout à l'autre, comme le roi le fit à Leuthen quelques jours plus tard.

Observations sur les lignes d'opérations du roi, depuis la bataille de Kollin.

Cette période est , à mon avis , une des plus brillantes de l'histoire de Frédéric; elle offre même un contraste frappant avec les débuts de la campagne et celle de 1758, que nous rapporterons. En examinant attentivement la conduite de ce prince, on est forcé de convenir qu'il ne montre point un caractère soutenu. L'adversité produisait chex lui une vigueur étonnante; jamais il ne? fut plus grand , et son génie ne se développa avec plus d'éclat que dans le moment où toutes ses facultés morales auraient dû élre anéanties par la perspective d'une ruine inévitable. Les succès qui enhardissent le commun des hommes, semblaient produire en lui un effet tout contraire ; et les revers le rendaient audacieux, entreprenant, infatigable (1).

Le roi entra en campagne aveo près de 100,000 hommes, avant que les alliés ne fussent en mesure, et n'ayant à combattre que l'armée autrichienne, inférieure en nombre ; cependant, après deux mois d'opérations et deux batailles fameuses, il est obligé de se retirer. Les Autrichiens reçoivent alors de nombreux renforts, qui portent leur armée à 100,000 hommes environ :

la ligue formée contre le roi, déploie en même temps une masse formidable ; 100,000 Français, 70,000 Russes, 20,000 Suédois,

(1) Cette Tcrtu sublime, digne apanage des grands hommes, a été taxée quelquefois de témérité et de folie par le vulgaire, incapable d'apprécier, de sentir, et par conséquent de juger. Hais cette liberté d'esprit, indépendante des événements, n'appartient qu'aux êtres supérieurs, dont le génie enchaîne

20,000 hommes des cercles commencent leurs opérations, tandis qu'au contraire ses forces se trouvaient réduites à 100,000 hommes, en y comprenant l'armée qui défendait le royaume de Prusse au delà de la Vistule. Le général Lehwald est accablé par les Russes ; Winterfeld tué à Holiberg ; la Lusace envahie ; le roi rais au ban do l'Empire; tous ses États sur la Lippe, lu Weser et PEms envahis ; Magdebourg et la Marche menacés ; enfin sa capitale prise et rançonnée. Assailli ainsi de toutes parts, il semblait devoir succomber, à en juger par les proportions de forces et les résultats de l'ouverture de la campagne; mais loin do là, il nous présente le spectacle étonnant d'un homme luttant, pour ainsi dire, contre la nature et tous les obstacles; c'est le lion assailli par les chasseurs , dont l'énergie augmente en raison de la force des attaques.

Par 6es dispositions savantes, Frédéric engage les Autrichiens à suivre la ligne d'opérations sur sa gauche, à perdre dans les défilés et les montagnes un temps précieux, pendant lequel il vole en Saxe ; il affranchit ensuite sa ligne de droite , revient sur sa gauche par la Lusace, bat complètement l'armée du prince Charles et la rejette en Bohème (2).

Avec une masse d'environ 60,000 hommes, habilement mise en action, il fit de bien plus grandes choses contre 180,000 hommes, fiers de leurs succès et de leur nombre, qu'avec 95,000 contre une armée inférieure, abattue par le sentiment de sa faiblesse, et par les victoires continuelles du roi dans les deux guerres précédentes.

On me demandera peut-être pourquoi , après avoir blâmé les lignes d'opérations

les résultats , et dont les grands sentiments acquièrent plus d'essor par les dangers.

(2) Frédéric ne força point les Autrichiens a aller courir en Silésie ; ils y marchèrent parce qu'ils le voulurent bien, et ce n'est pas la moindre des fautes qu'ils eurent à se reprocher dans cette guerre.

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TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

sur un front trop étendu , j'ai pu admirer ces mouvements qui exposaient les deux colonnes du roi à être battues en détail. La réponse ne sera pas difficile. Il ne présenta pas une ligne double à une simple ; une ligne étendue à une ligne concentrée; il forma deux corps qui pouvaient se soutenir; le plus considérable devait attirer l'attention du prince Charles sur la ligne de gauche; l'autre attendre que les armées combinées fussent asseï avancées pour que le mouvement qu'il voulait diriger contre elles ne fût pas trop long, et ne donnât aux Autrichiens, le temps de faire des progrès alarmants. Sa division en deux corps avait pour but de sonder le système des ennemis, et de détourner leur attention de ce qu'il craignait le plus : leur réunion, et la concentration de leurs efforts sur une seule ligne. Si le prince Charles avait fait le moindre mouvement du côté de la Saxe, où cette réunion pouvait s'effectuer, le roi eût bientôt rappelé le prince de "Prusse, et présenté la masse de ses forces aux Autrichiens et aux Fran-

çais successivement; mais comme il vit que le prince Charles donnait dans le piège et manoeuvrait contre la Silésie , il maintint ses deux divisions pour les réunir, dans le cas seulement où une deB deux armées entreprendrait quelque opération décisive.

Frédéric n'en présentait pas moins une ligne attaquée sur ses deux extrémités, à une grande distance, dont les mouvements pouvaient être beaucoup plus rapides sur l'un ou l'autre des points menacés, qué ceux de ses adversaires. Il offrait donc une masse à des parties isolées. Son mouvement n'était point trop étendu, mais il engageait l'ennemi à en faire un de cette nature ; et si l'armée combinée n'eût pas tant différé l'invasion de la Saxe, il est certain qu'il aurait vu ses dispositions couronnées du plus bril-

(1) Si des maximes et des vérités si simples avaient besoin de preuves, on en trouverait dons les

ln nt succès, et eût été de retour en Silésie avant la prise de Schw eidnitx et la bataille de Breslau.

La conduite de Frédéric et les événement s que nous rapporterons ensuite, s'accorden' à prouver les maximes suivantes :

1° Une ligne d'opérations double est bonne, lorsque l'ennemi en a formé une pareille; pourvu que les parties de celle-ci soient extérieures, et à une plus grande distance q ue les vôtres, et ne puissent se réunir qu'en les combattant;

2° Une armée dont les lignes sont intérieures et plus rapprochées que celles de l'ennemi, peut, par un mouvement stratégique, les accabler successivement, en y réunissant alternativement la masse de ses forces (1) ;

8° Pour assurer la réussite de ce mouve-

celle de l'ennemi que l'on veut tenir en échec, avec ordre de ne point engager d'affaire, de se borner à arrêter sa marche, en profitant des défilés, hauteurs, rivières, etc. ; et en lui traçant une direction de retraite sur Formée ;

° Il suit de là, qu'une ligne d'opérations double, contre les parties d'une armée ennemie plus rapprochées, sera toujours funeste, à forces égales, si l ennemi profite des avantages de sa position, et manœuvre avec rapidité dans l'intérieur de la sienne ;

5° Une ligne d'opérations double contre une simple sera bien plus dangereuse, quand ses parties seront éloignées de plusieurs journées de marche ;

6° Et réciproquement, les lignes d'opérations simples et intérieures sont toujours tes plus sûres, car elles permettent d'agir en masse contre les divisions isolées de f ennemi, s'il a l'imprudence de les engager ;

7° Une ligne d opérations double peut au contraire s employer avec succès, quand on a des forces tellement supérieures que l'on soit assuré de pouvoir présenter sur les deux

habiles manœuvres de Napoléon à Lonato et Castiglione, Trente et Bassaoo , Abensbcrg et Ekroûbl.

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