‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 57 sur 196 · CH API I KK I V · texte numérisé non relu

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passer le Weser avec deux régiments, pour attaquer l'ennemi sur la rive gauche, le reste du corps devait suivre son mouvement ■ur l'autre rive.

Chabot n'était pas homme à se laisser surprendre facilement; il savait que l'ennemi n'avait pas passé l'Aller, le 22 ; que le débordement de cette rivière présentait des difficultés presque insurmontables, et il ne supposait pas qu'en les surmontant même, il fût possible de franchir encore, dans la même journée, un fleuve aussi considérable que le Weser; mais c'est ainsi que le génie rencontre, dans les obstacles mêmes, les moyens d'exécuter de grandes entreprises.

Le prince héréditaire ne trouva à Barmen qu'un bac, et quelques misérables barques de pêcheurs ; ce qui devait rendre son opération extrêmement lente. La moitié des troupes destinées au passage venait de l'effectuer, lorsqu'il s'éleva une violente tempête qui mit le reste dans l'impossibilité de suivre. Cette position critique, loin d'effrayer le prince, lui fit prendre une résolution digne de lui, et qui peat servir d'exemple dans toutes les occasions semblables. Il marcha, avec son faible détachement, sur lloya, où il arriva à six heures du soir, tandis que le reste longeant l'autre rive, vint attaquer ce poste de front. Il avait ordonné de ne pas tirer un coup de fusil ; mais sa troupe ayant rencontré une patrouille près du moulin à vent de Wulzen , fit feu , et donna l'éveil à l'ennemi. Pour réparer cette faute, elle se précipita sur le bourg, où il s'engagea un combat d'infanterie vif et meurtrier. Une partie de la garnison tirait des fenêtres, tandis que l'autre se rassemblait dans les rues, et se dirigeait vers le pont ; son occupation étant le but important du prince, il s'y porta par le chemin le plus

(I) Tel fut le résultat de la répartition fautive de l'armée française dans ses cantonnemens, et d'une ligne trop étendue; j'aurai occasion de faire quelques observations sur ces fautes, en les

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court, et allait en couper l'ennemi, lorsque celui-ci s'enfuit dans le château. Pendant ce temps, l'autre section du détachement ayant pénétré dans la ville ; le comte Chabot capitula , et sortit librement avec sa troupe.

Le même jour la cavalerie prussienne surprit les hussards de Polereteky et de Fischer dans leurs cantonnements.

Le prince Henri poussa sa division sur l'Ocker. Ce mouvement et la prise de Hoya, valurent une victoire. Le comte de Saint- Germain, craignant d'être coupé, se retira sur Osnabruck, après avoir évacué Brémen, que le général Diepenbrock occupa. Le comte de Clermont fit alors évacuer Zell, Brunswick , Wolfenbutel , et l'électorat d'Hanovre , pour se concentrer sous le canon de Minden et de Hameln. Cette retraite précipitée occasionna une désertion générale, la perte de tous les magasins, de plusieurs milliers de prisonniers, et des ba- •faftes (1).

Ferdinand passa l'Aller à Riedhagen, le 28 ; et marcha àDrakenbourg, pour couvrir le siège de Nienbourg, qui capitula le 28. Le prince Henri passa l'Ocker, le 27, et occupa ensuite Goslar, Brunswick, Wolfenbutel et Hildesheim. Les dragons de Meinike firent 200 prisonniers à l'arrière- {jarde ennemie.

Il ne manquait aux alliés que Minden pour être maîtres des deux rives du Weser. Cette place importante défendue par une garnison de 5,000 hommes, sous le lieutenant général Morangie, était soutenue par l'armée du comte de Clermont ; mais le mécontentement et le découragement que les troupes manifestaient faisaient craindre au comte de ne pouvoir se mesurer avec l'ennemi, il repassa le Weser, le 8 mars, se retira sur Hameln, et abandonna la place à ses propres

réunissant avec d'autres événements semblables.

Le prince héréditaire à qui ce coup de main fait honneur, est le même «pii était généralissime en 1792 et 1806.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

forces ; sans doute, dans l'espoir qu'elle se i L- fendrait vigoureusement, et que la rigueur de la saison empêcherait d'en faire le *iége.

Hais le duc Ferdinand, qui croyait n'avoir rien fait, tant qu'il lui restait quelque chose à faire, s'avança sur les deux rives du Woser, et l'investit le 8. Le prince Henri campa à Hildeshcim ; Wnngenheira fut placé, avec 0 bataillons et 8 escadrons, aux environs de Uukebourg, pour couvrir les communications avec sa division; des brigades détachées éclairaient les environs et observaient Osnabruck, que le comte de Saint-Germain occupait avec 12 bataillons et autant d'escadrons. L'armée et le corps du général Oberg, destinés pour l'attaque, cantonnèrent en arrière de la ville.

Le comte de Clermont resta tranquille spectateur du siège, avec 80 bataillons et 75 escadrons, qu'il pouvait faire opérer à volonté sur les deux rives du Wcser. La place se rendit après une faible défense, et la garnison, forte de 4,500 hommes, fut prisonnière.

La prise de Minden devint le signal de la déroute : le comte de Clermont, qui s'était flatté d'avoir le temps de se reconnaître, fut saisi d'une terreur panique ; ne voyant autour de lui que désastres, il se figura qu'il allait être coupé du Rhin ; que les places sur ce fleuve étaient prises, et ses troupes en Westphalie cernées. Le comte de Saint- Germain abandonna Osnabruck, attira à lui la garnison de Munster, et se réunit à l'armée ; le duc de Broglie eut ordre de quitter le pays de liesse, pour la joindre, et l'Oostfrise fut évacuée.

On s'étonnera toujours qu'avec de bonnes troupes, et des officiers généraux distingués, tels que Randan, d'Armentières et Saint- Germain, le comte de Clermont qui se renforçait par l'arrivée successive des différents corps, n'ait pas eu l'idée détenir dans une seule position ; qu'il ne se crut en sûreté que derrière le Rhin, et perdit ainsi, sans com-

battre, des provinces immenses, une grandepartie de son armée et de son artillerie. La bataille la plus sanglante, la défaite la plus complète n'aurait pas entraîné de suites plus funestes. Le général français devin t l'objet des plus amers sarcasmes. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il n'avait que ce point de ressemblance avec le grand Eugène; ses troupes disaient en plaisantant qu'il prêchait comme un soldat et se battait comme un apôtre. Mais s'il perdit réellement la tête, on ne peut se dissimuler néanmoins que l'indiscipline de son armée, n'ait contribué pour beaucoup à augmenter ses terreurs et à rendre ainsi ses revers plus désastreux.

L'armée française passa le Rhin, le 3 avril, près de Dusscldorf , et prit ses quartiers entre ce fleuve, la Roer et la Meuse. Le seul corps de Broglie resta sur la rive droite, occupant Francfort, Hanau, et la Lahn : il fut joint plus tard par le prince de Soubise.

Les troupes alliées cantonnèrent, depuis le 6 avril jusqu'au 29 mai, pour se reposer des fatigues éprouvées pendant cette campagne d'hiver et attendre l'arrivée du contingent anglais qui venait d'appareiller; le le prince Henri retourna en Saxe.

Les Français de leur côté mirent aussi ce temps à profit pour rétablir leur armée : de nombreux corps de milices vinrent compléter les cadres ; cependant on crut nécessaire d'en tirer un corps de 1 5,000 hommes, pour observer la Flandre que l'expédition anglaise menaçait d'un débarquement. Toutes les parties du service se réorganisaient, quoique avec lenteur, lorsque l'ennemi prenant de nouveau l'initiative, sema encore une fois le désordre et l'épouvante.

Passage du Rhin, bataille de Creveldi .

Le duo Ferdinand autorisé à mépriser son adversaire ne songeait à rien moins qu'à l'expulser du territoire allemand, et à porter le théâtre de la guerre sur ses propres

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