‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 58 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

frontières. Les Français occupaient les durhé* de Juliers et de Clèves, la Gueldre autrichienne et l'électorat de Cologne. Le corps de Soubise était derrière la Lahn ; le quartier général du comte de Clermonl à Wesel, les places de Dusseldorf et de Kayserswerth, étaient dans le meilleur état de défense.

L'armée alliée cantonnait comme on le voit dans le tableau ci-contre : outre ces forces, les Hessois levaient plusieurs corps pour défendre leur pays, et on peut estimer à 50,000, le nombre des troupes alliées disponibles.

Pour exécuter son projet, le duc avait deux moyens, celui d'attaquer l'armée de Soubise sur le Mein, ou de porter ses efforts uir la grande armée.

S'il avait choisi le premier parti, le comte de Clermont en opérant avec la grande armée , eût été à même de lui arracher ses conquêtes, en le forçant à voler au secours de la Westphalie et du Hanovre.

Le duc préféra passer le Rhin, s'établir " sur la gauche des Français, et manœuvrer entre la Meuse et le Rhin, de manière à porter

- le théâtre de la guerre sur les frontières de

- Irance. Les panégyristes du général prussien en ont élevé jusqu'aux nues ce plan ,

- dont le plus grand mérite consistait dans la ' témérité ; car il l'eût exposé aux plus grands

dangers avec un ennemi entreprenant et actif, qui renforçant l'armée de Broglie dans la Hesse, lui eût fait descendre le Rhin, par la rive droite , et coupé toute retraite aux alliés. La connaissance des généraux français rassura le duc sur ce point : il demeura-convaincu que le comte de Clermont une fois battu , Soubise s'empresserait d'évacuer la Hesse, pour venir à son secours.

Si le projet de passer le Rhin , devant une armée dè 60,000 hommes, était audacieux,

(1) Sans doute les divisions isolées sont moins dangereuses lorsqu'elles peuvent se soutenir et former, dans une marche, un corps d'armée réuni; mais ca qui justifie mieux encore le système du due

la conduite du général ennemi au passage de l'Aller pouvait donner l'espoir de le faire réussir complètement.

Ferdinand , craignant toutefois une diversion du eôté du Mein, détacha, le 0 mai, le prince d'Ysenbourg , avec une petite division , pour observer les Français dans le comté de Hanau , et y arrêter leurs progrès par une sage défensive. L'armée, elle-même, reçut ordre le 1 6 , de quitter ses cantonnements , et le 20 elle marcha de Kotteln à Dulinen.

Après cinq jours de préparatifs et de mouvements, dont le but était de donner le change à l'ennemi , par des détachements multipliés, le duc se porta le 80 avec l'a vautgarde, à Emerich; le corps , sous le prince héréditaire , campa à Vrasselt ; le général Wangenheim marcha de Duisbourg à Rattingeii, à une lieue de Dusseldorf; le gros de l'armée qui était à Lembeck, y séjourna, sous le général Sporken , et détacha seulement une brigade à Kosfeld, sur la direction de Wesel.

Tous les militaires instruits saisiront l'habileté de ces dispositions. Les divisions , quoique isolées , étaient à même de se soutenir réciproquement , et tous leurs mouvements combinés de manière à se réunir au besoin (1). H y eut quelques petites affaires, que je crois inutile de rapporter, la prise de Kaiserwerth , par le major Scheiter , fut la plus remarquable.

L'armée française restait tranquille dans ses cantonnements. Le comte de Clermont se reposant sur la force de son front , les difficultés que présentait le passage du Rhin, et la bonté de ses dispositions , ne crut pas même nécessaire de rassembler ses troupes, lorsqu'il apprit l'arrivée du duc près d'Emerich ; il se contenta d'envoyer quelques renforts d'infanterie et d'artillerie aux divi-

dans cette occasion , c'est remplacement des forces ennemies, qui n'étaient point Concentrées de manière h l'inquiéter, et dont il se trouvait d'ailleurs séparé par le Rhin.

sions Randan et Villemur, qui bordaient le Rhin de Xanten aux frontières de Hollande, et cantonnaient dans Clèves, Calcar, Xanten et les villages riverains, sous la surveillance de postes fixes de cavalerie et d'infanterie qui s'éclairaient la nuit par de fréquentes patrouilles.

Pendant ce temps, le duc Ferdinand ayant rassemblé ses embarcations sur le canal de Pandern , résolut de passer le Rhin dans la nuit du 31 mai au 1" juin. A cet effet, les troupes postées à Emerich se mirent en mouvement après midi , et l'avant-garde se porta jusqu'à Lob il h et Tholhuis. Les bateaux n'étant pas encore arrivés , le duc fut obligé de la faire rétrograder et de la placer dans un camp masqué par les hauteurs de Nieder-Elten. Tous les obstacles ayant été levés dans la journée suivante, le passage s'effectua dans la nuit du 1 er au 2 juin.

L'avant-garde partit à l'entrée de la nuit, et se porta à Tholhuis; 7 bataillons et 18 escadrons furent réunis sur le rivage, avant le point du jour. Le prince héréditaire s'embarqua avec quelques centaines de volontaires formés en bataillons et «4 pièces de campagne , pour protéger le passage. Dès qu'il eut mis le pied sur la rive opposée, il fut soutenu par 300 volontaires tirés des dragons et hussards prussiens.

Lorsque cette cavalerie fut débarquée, elle se précipita sur les cantonnements ennemis , et en culbuta plusieurs. L'alarme se répandit aussitôt sur toute la ligne, et les postes se retirèrent en désordre sur Clèves , place de rassemblement de la division Villemur. Pendant ce temps , l'avant-garde continuant son passage, tout le corps se trouva réuni à midi sur la rive gauche. Le duc de Holstein marcha rapidement sur Clèves, avec les dragons et les hussards , pour soutenir les volontaires de la cavalerie ; le prince héréditaire avança avec l'infanterie , sur la digue du Rhin , jusqu'à l'écluse du canal de Spoy.

Le marquis de Villemur, ayant réuni sur

'ÉRATIONS MILITAIRES.

ce point le régiment de la Marine et quelques antres troupes, paraissait résolu de s'y maintenir ; mais le prince , s'étant dirigé par Rindern sur Clèves , pour menacer son flanc, le général ordonna l'évacuation de cette ville, et la retraite sur Calcar.

Pendant ces succès de l'avant-garde, le pont de Herven avait été achevé , l'armée fila dans la nuit , avec toute l'artillerie et les bagages , et se rassembla aux environ»

de Dusselwerth. Le 3, elle campa entre Clèves et Griethausen. Le duc de Holstein , en se portant sur Goch, força Villemur à se retirer de Calcar à Xanten. Le pont fut levé et remonté jusqu'à Rées , pour accélérer la jonction des troupes qui se trouvaient encore sur la rive droite du Rhin. Du camp de Clèves l'armée se porta à Goch, et l'avantgarde poussa des partis sur Weael, Gueldres et Venloo.

Le comte de Clermont ne songeait à se garantir d'une défaite totale, qu'au moment où il avait tout à craindre des suites de son imprévoyance. Il expédia ordre sur ordre aux troupes qui étaient entre la Meuse et le Rhin, de marcher en avant, et de se réunir à Rhinberg, où il établit son quartier général. Ferdinand ne crut pas devoir l'y attaquer, parce que la moitié de ses force?

campait encore sur la rive droite du fleuve.

Les généraux Sporken et Wutgenau te réunirent enfin à l'armée. Le général Irohoff resta , avec un détachement , à Meer , pour couvrir le pont de Rées, et observer la garnison de Wesel. Le général Wangenheim occupait Kaiserw erth avec A bataillons et A escadrons.

Le duc calculant que l'armée ennemie pouvait être rassemblée le 10, marcha le même jour à Sonsbeck.

L'armée française campait , l'aile droite au Rlùn et la gauche au canal de Gueldres :

occupant les hauteurs de Closterkarop- Le : duc reconnut cette position , mais sans la juger parfaitement, parce qu'elle était couverte par un terrain fourré.

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