‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 59 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le jour suivant, l'armée alliée campa à Issum ; Sporken occupa les hauteurs d'Alpen , et le duc de Holstein couvrit le flanc droit entre Issum et Hetgcn, en s'emparaut du pont sur la Swaath.

Le comte de Clermont, qui n'avait pas la théorie raisonnée de son métier, était tourmenté par des inquiétudes continuelles , et hors d'état de prendre un parti décisif; il changea aussitôt sa position, retira sa gauche sur les hauteurs en avant de Rhinberg, de manière qu'elle fut couverte par le canal de Gueldres, prolongea sa droite au delà de Hillengen , et porta le corps du marquis de Voyer à klosterkamp. Cette position ne remplissait aucune de ses vues ; elle ne couvrait pas un pouce de terrain, et par une seule manœuvre contre son flanc droit , le comte était exposé à perdre ses magasins du haut Rhin. S'il avait été battu dans cette situation , il ne lui serait resté d'autre parti que celui de se jeter sur Wesel, en perdant ses communications avec l'armée du Mein et tous ses dépôts. Le canal de Gueldres , au lieu de couvrir son flanc, lui aurait été funeste si l'ennemi se fût emparé de Klosterkamp , et eût établi un corps vis-à-vis de ce flanc.

Le succès du combat dépendait du poste de Klosterkamp, si éloigné de l'armée qu'on ne pouvait le soutenir efficacement , et que l'ennemi s'y serait facilement établi. Une armée qui est forcée de rester spectatrice d'un tel événement est à moitié battue; Tempelhof en conc lut qu'il ne faut jamais prendre un poste semblable, à inoins qu'il ne soit inabordable sur tout son front, et que ses flancs ne soient bien soutenus par l'artillerie de la ligne ; il ne doit pas être éloigné au delà de mille pas.

; 1) Ce combat de Kamoen est, je crois, la première action où une armée ait marché en colonnes par bataillon*, sur le développement de toute sa tigne. Cette méthode n'est pas mauvaise, surtout si .•n fiirmc chaque batuillon en colonne d'attaque sur

Le duc ayant reconnu de nouveau la position des Français, s'aperçut de leur faute , et résolut de les attaquer sur-le-champ. L'armée se mit en marche de front, dans la nuit du 11 au 12 juin, en colonnes par bataillons (1) ; et se mit en ligne avec le corps de Sporken , tandis que le duc de Holstein marchait sur Kainpen.

A six heures du matin , l'armée fut en présence de l'ennemi, sur les hauteurs d'AIpen et de Saalhoof , formée sur quatre lignes ; l'infanterie composait les deux premières , et la cavalerie les deux dernières.

Les Français la canonnèrent vivement, mais sans effet, à cause du grand éloignement.

Sporken s'empara du débouché qui conduit à la plaine de EU, chassa l'ennemi des taillis, et fit placer une batterie sur les hauteurs d'Alpen , afin de tenir en respect la cavalerie française qui s'était formée à l'aile gauche. Alors Ferdinand détacha le prince héréditaire, avec î> bataillons, pour s'emparer du défilé de Saalhoof, chasser l'ennemi du village, et tomber ensuite sur son flanc droit par les hauteurs de Kampen, tandis que le duc de Ilolslein, renforcé, attaquerait le couvent. La cavalerie de l'aile gauche fut placée derrière cette batterie pour observer les mouvements de l'aile droite ennemie.

L'action fut vive, la défense opiniâtre. Voyer défendit chaque pouce de terrain , et n'abandonna les hauteurs qu'après midi, pour se retirer sur l'armée. On découvrit alors un grand mouvement dans le camp du comte de Clermont; mais ou ne put en connaître le but , à cause de la disposition du terrain. L'aile droite de l'armée continuait d'avancer ; elle passa la nuit sous les armes dans la position qu'elle venait d'enlever au corps de Voyer. Le duc voulut re-

la deuxième division : c'est à peu près comme si on marchait en bataille, car il est facile de se former quand on approche de l'ennemi , ou de l'aborder en colonnes avec plu» de vigueur.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

nouvelcr l'attaque au point du jour ; mais le comte de Clcrmont ayant aperçut la faute qu'il avait commise, s'était retiré précipitamment sur Moers , et de là par Greveldt sur Nuys.

Par ce mouvement sur le flanc ganche de l'ennemi , les alliés s'emparèrent de Rhinlierg , de tout le pays jusqu'à Gucldres , et des magasins qui s'y trouvaient.

Le général français comprit enfin qu'aussi longtemps qu'il resterait sur la défensive , toutes les positions qu'il prendrait entre la Meuse et le Rhin n'arrêteraient pas les progrès des alliés; en effet, en voulant conserver son appui au Rhin pour couvrir ses grands magasins et ses communications avec l'armée de Hesse, sa gauche risquait d'être débordée et écrasée; s'il appuyait cette aile à la Meuse , sa droite courait les mêmes risques, et ses magasins étaient perdus. Il résolut donc de reprendre l'offensive, porta le comte de Saint-Germain sur Creveldt, avec une division de 10,000 hommes, et le suivit , le 10 , avec toute l'armée, qui campa derrière les lignes, entre Vicheïn et Anradt. (Pl. Ui.)

Le duc, de son côté, avait campé à Altenkirchen. Dès qu'il fut informé du mouvement des ennemis, il rassembla ses détachements, mêmeceluidu général Wangenheim, qui était resté sur la droite du Rhin. L'armée, forte de 30 bataillons et o2 escrdrons, marcha sur quatre colonnes , et campa en vue des Français entre Kampen et Hulsen.

Son apparition dans la plaine plongea le comte de Clcrmont dans la plus grande stupeur; il renonça atout projet offensif, et résolut d'attendre l'ennemi dans sa position, où il ne croyait pas qu'on osât l'attaquer. Elle était en effet très-avantageuse. Le camp se trouvait derrière les lignes AA , Creveldt couvrait le front de l'aile droite, et Saint-Antoine celui de l'aile gauche, qui se prolongeait jusqu'à Anradt.

Ces lignes sont un rempart asset élevé et fort épais, environné de deux fossés larges

et profonds ; elles servent de démarcation aux territoires des villes ; on y a pratiqué quelques ouvertures pour la communication des villages. Tous les chemins qui conduisent à ces passages sont bordés d'arbres; les environs couverts d'habitations isolées, de métairies dont les jardins et possessions sont séparés par des fossés, des haies et des enclos. Le terrain est ainsi tellement coupé, que dans beaucoup d'endroits on avait de la peine à marcher sur front de sections.

Entre Creveldt et les lignes se trouve une plaine ouverte, mais susceptible d'être battue par l'artillerie avec le plus grand effet. En avant des ouvertures de Hukesmey et Stœken, la plaine est couverte d'un taillis et de landes qui longent la ligne et s'étendent jusqu'auprès d'Anradt, où se réunissaient d'autres accidents de terrain, qui rendaient la marche tres-difficilejusqu'à Vicbeln, ainsi qu'on le verra par le plan de la bataille.

11 ne paraissait pas possible d'attaquer le iront; le flanc droit était couvert par un grand marais, et le gauche semblait hors de danger, à cause des obstacles sans nombre qui s'y trouvaient accumulés. Le duc Ferdinand présumait que la position qu'il avait prise dans la plaine engagerait le comte de Clcrmont à quitter la sienne pour l'attaquer; il savait que ce général en avait reçu l'ordre positif de sa cour; mais voyant que son système était changé, il résolut de tenter lui-même cette opération scabreuse.

Lorsqu'il eut parfaitement reconnu la position, il réunit ses généraux, et leur donna ses ordres

L'armée fut divisée en trois corps. Le premier , commandé par le duc en personne, était composé de 16 bataillons et 26 eseadrons de Faile droite; le second, sous le général Oberg, avec 6 bataillons et 6 escadrons du centre ; et le troisième, coudait par le général Sporken, consistait en 16 bataillons et 28 escadrons de la gauche. Le projet du duc était de déborder l'aile gauche des Français, de la prendre en flanc et

CHAPITRK l\.

à rêvera. Oberg devait seconder son altnque par des démonstrations sor les passages de Stœken et Hukesmcy. Sporken devait tenir en respect le reste de l'année ennemie jus qu'à ce que l'attaque sur la gauche eût pris une tournure favorable; alors les deux derniers corps, en appuyant à droite, se seraient réunis au duc pour compléter la victoire.

L'armée prit les armes, le 23 juin, à une heure du matin ; le corps du duc marcha sur quatre colonnes, et celui du général Oberg sur une seule; ils se dirigèrent en F derrière Saint-Antoine, place de rassemblement de l'aile droite. La gauche marcha sur deux colonnes, en longeant les marécages de Kleud, pour se rendre à la place de rassemblement.

Lorsque toutes les colonnes furent arrivées, on fit halte, et le duc reconnut encore une fois l'ennemi depuis la tour de Saint- Antoine, d'où l'on découvrait toute 6a position, tandis que la marche des alliés lui était dérobée par les taillis, les landes et les métairies dont tout ce pays est couvert.

Le comte de Clermont instruit de leur approche à midi, fit mettre aussitôt les troupes sous les armes, et les plaça en bataille devant le front du camp; la digue était occupée par l'infanterie jusqu'à la métairie deStœken; une réserve de carabiniers et de dragons formait une potence sur l'aile gauche; les grenadiers de France et royaux se trouvaient en réserve à l'aile droite, et la brigade de Navarre au centre. La cavalerie fut placée sur deux lignes derrière l'infanterie ; la légion royale en avant d'Anradt, et un détachement de 800 hommes à Crcveldt; la légion fut retirée un instant après, et réunie à l'aile gauche.

Pendant que le général français prenait ces mesures, le duc, par un changement de direction à droite, se porta sur Anradt à la faveur des broussailles et des taillis. Ce mouvement éprouva de grandes difficultés. | l,es colonnes furent obligées de s'ouvrir un

chemin à travers les bois, et d'y marcher par quatre, la cavalerie de franchir des haies et des fossés , et l'artillerie de se frayer une route avec la hache et la pioche : enfin, elles donnèrent sur le défilé de Borselsbaum, où elles défilèrent homme par homme. Ucureusement qu'il ne parut pas un Français pour défendre ce terrain et arrêter la inarche.

Clermont s'apercevant enfin du projet do l'ennemi, porta les brigades de la Marine, de Touraine et deux régiments suisses, formant 15 bataillons, sous les ordres du comte de Saint-Germain, dans les taillis et les métairies ; 30 escadrons furent disposés en échiquier pour les soutenir.

Après avoir franchi le défilé et le bois près d'Anradt, et s'être d'abord formé, le duc se remit en marche par lignes et par la droite. L'infanterie se déploya en N; la cavalerie se prolongea un peu plus loin, à l'exception des dragons de Bork, qui restèrent derrière la droite de l'infanterie. Les hussards de Malachousky se portèrent à \V i I lich pour couvrir le flanc de la cavalerie.

Une canonnade vive et soutenue commença l'action ; au même instant les généraux Obcrg et Sporken marchèrent à l'ennemi. Le prince héréditaire se mit à la tète de l'infanterie, et pénétra dans le bois. Les Français, qui avaient tout l'avantage du terrain, se défendirent avec vigueur. Le comte de Clermont jugeant bien que le succès de la bataille dépendait de ce point, y dirigea la réserve des grenadiers royaux et de France, ainsi que la brigade de Navarre; mais il était trop tard. Après trois heures d'un combat meurtrier, ses troupes commencèrent à se retirer du bois. Le duc ordonna alors à la cavalerie d'attaquer celle des en nemis qui avançait au galop au secours de son infanterie ; il détacha en même temps 3 bataillons hanovriens pour soutenir cette i cavalerie, et attaquer en flanc l'ennemi qui j fuyait. Les dragons de Holstein franchirent le défilé, se formèrent en présence de la

THA1TÉ DES GRANDF.S 0PÉRAT101NS MILITAIRES.

cavalerie française, et se jetèrent sur elle par escadrons. Les avantages qu'ils remportèrent leur furent bientôt arrachés par la supériorité du nombre ; ils furent repoussés avec perte. Les 8 bataillons hanovriens s'étant avancés dansja plaine pour les soutenir, les carabiniers français les chargèrent impétueusement, mais ces bataillons attendirent la cavalerie avec sang-froid jusqu'à la distance de vingt pas, et lui fournirent une salve si meurtrière qu'elle prit la fuite : un seul escadron perça, et fut presque entièrement détruit.

Pendant ce combat, le reste de la cavalerie alliée s'étant formé au delà du défilé, chargea celle des Français et la culbuta ; le jeune duc de Gisors, voulut la rallier; mais victime de ses généreux efforts, il fut blessé mortellement. Lorsque l'infanterie du duc Ferdinand eut réussi à chasser l'ennemi du bois , elle avança dans la plaine pour attaquer les bataillons qui arrivaient au soutien.

Le général Oberg avait pénétré jusqu'à l'entrée de la ligne à Hukesmey; l'ennemi voyant sa droite menacée par Sporken , et son flanc gauche tourné, abandonna ce poste ; Oberg franchit alors la ligne à Hukesmey avec son infanterie, à Stœken avec la cavalerie, et rejoignit le duc.

Pour ne pas exposer son année à une défaite totale, le comte de Clermont se retira à Nuys, et de là à Wohringcn. L'armée alliée, trop fatiguée pour le poursuivre, campa sur le champ de bataille. La perte des Français fut estimée à 7,000 hommes; la cavalerie et surtout les carabiniers souffrirent considérablement : ce dernier corps perdit 500 hommes et 60 officiers.

Tempelhof fait un pompeux éloge des combinaisons du duc Ferdinand dans cette journée, et les cite comme modèle. Une armée, de moitié moins forte que son adversaire, qui se divise en 3 corps pour l'attaquer et qui remporte la victoire, présente en effet un résultat étonnant, mais je crois

qu'il serait dangereux d'en faire une règle ou un exemple.

L'auteur reproche au comte de Clermont, qui avait des forces supérieures, de ne pas avoir porté sur Anradt un corps suffisant pour repousser les tentatives de l'ennemi ; loin de là, le comte en retira la légion royale ; cette irrésolution ne provient que du défaut de maximes solides. Les dispositions du comte, supposées pour la défense exclusive de son front , étaient d'ailleurs assez bonnes ; mais lorsqu'il fut convaincu, par le mouvement sur Anradt, que son flanc gauche et même le revers de sa ligne se trouvaient menacés, il n'aurait pas dû se borner à faire marcher 15 bataillons, il fallait y diriger toutes les réserves ; la lenteur des attaques de Sporken et d'Oberg , indiquait assez qu'elles étaient simplement démonstratives , et qu'il pouvait porter la majeure partie de ses forces sur le flanc menacé. La cavalerie tarda trop à marcher:

aussitôt que l'infanterie commença son mouvement, elle aurait dû la suivre et se placer entre Willich et le bois, pour attaquer celle des alliés lorsqu'elle parut.

Tempelhof observe en outre très-sagement, que si un terrain coupé et fourré offre de grands avantages pour la défensive, il donne aussi à l'assaillant la facilité de cacher le point sur lequel il veut faire son plus grand effort, et que lorsqu'il est parvenu à y porter la majeure partie de ses forces, l'ennemi n'est plus en mesure de lui résister.

La manœuvre la plus efficace que le comte de Clermont aurait pu opposer au mouvement du duc Ferdinand sur Anradt, eût été d'appliquer les maximes données dans les chapitres III et V, sur le danger d'attendre une attaque dans sa position, et les avantages de l'initiative contre des troupes en mouvement ; il n'avait qu'à faire marcher son armée par lignes et par la gauche, et la prolonger sur la direction que prenait le duc ; la belle plaine et le terrain entre Wil-

CHAP1TRK IX.

lich et Anradt lui eussent facilité une telle manœuvre , ainsi que l'emploi de sa nombreuse cavalerie. Un général qui aurait réfléchi sur les combinaisons des batailles de Soor et de Rosbach, et opéré sur des principes solides, n'eût pas manqué de prendre ce parti, dont il se serait certainement bien trouvé.

Je ne partage pas, d'ailleurs, l'admiration de Tempelhof pour les dispositions du duc, qui reposaient sur une triple attaque. Cet auteur manque ici lui-même de solidité dans ses principes, car il a attribué la perte de plusieurs batailles, notamment celles de Kollin et de Prague, à l'intervalle qui existait dans les divisions : ce jugement est évidemment contradictoire avec celui qu'il porte sur la bataille de Creveldt. Sans doute l'ordre du duc, qui tendait à accabler une extrémité de la ligne ennemie, était bien combiné et absolument conforme aux premières règles de l'art, mais il employa un moyen dangereux et le seul point de vue sous lequel on puisse lui faire grâce, c'est qu'il était basé sur la connaissance du caractère du comte de Clermont. La conduite de ce général, pendant toute la campagne, garantissait qu'il ne se déciderait point à un mouvement offensif contre les corps laissés en observation devant lui, et je doute beaucoup que le duc eût osé faire une semblable manœuvre devant un grand capitaine ; mais dans cette hypothèse, il était encore inutile d'employer à des démonstrations un plus grand nombre de troupes qu'à l'attaque principale , et si Ton avait la certitude que le comte resterait dans sa position, au lieu de le faire inquiéter par 22 bataillons et 26 escadrons, on pouvait laisser le tiers de ces forces avec de l'artillerie sur son front, et lier le reste à la colonne dirigée sur Anradt, de manière que 14 bataillons et 16 escadrons eussent attaqué l'aile gauche, tandis que le duc débordait son flanc, et la prenait à revers. Au reste on doit rendre justice à l'exécution des mouvements que

les 3 colonnes effectuèrent, il y régna l'ensemble le plus parfait.

Une circonstance remarquable, c'est que le duc marcha en plusieurs colonnes disposées pour déployer, aussi longtemps qu'il fut hors de portée de l'ennemi ; mais, arrivé en M, il marcha par lignes et par la droite, avec distances entières, de manière qu'il put se former dans un instant, par une simple conversion de pelotons.

Les opérations qui eurent lieu après la bataille, furent peu importantes. Les troupes légères poursuivirent l'ennemi le long du Rhin, et s'emparèrent du grand magasin de Nuys. Le duc de Holstein se porta dans le duché de Juliers, avec 13 escadrons; poussa des détachements jusqu'aux portes de la capitale, et mit à contribution le pays entre la Meuse et l'Erft.

Le prince héréditaire fut détaché, le 27, avec une division, pour s'assurer de la Meuse et de la rive droite du Rhin, en s'einparant de Rurenionde, place revêtue d'un simple rempart déterre. Après avoir rempli cette mission, le prince avança jusqu'à Wassenberg , pour s'opposer, de concert avec le duc de Holstein, aux entreprises de l'ennemi sur la Meuse, couvrir le flanc droit, et faciliter les incursions qu'on voulait entreprendre dans le Brabant.

D'un autre côté, Dusseldorf fut investi et capitula le 7 juillet. Le duc campa, dès le 2, sur les hauteurs de Hausdik, afin de menacer le flanc gauche de l'ennemi, et s'emparer de Juliers. Le prineci héréditaire, réuni au corps du duc de Holstein, fut posté, à cet effet, le 7 juillet, à Fiti, à une lieue de cette ville, et l'armée suivit, le 9, jusqu'à Grevenbrock ; d'un autre côté, la place de Wesel, gardée par 4,5500 français, fut bloquée (1).

Tel fut le résultat des premières opérations sur le Rhin ; elles furent si étroitement liées à celles du roi, qu'elles empêchèrent

(1) L'armée français* eom|>«il pic* «le Cologne.

TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

le prince de Soubise d'agir, contre lui en Bohème avec 2o,000 hommes ; et contribuèrent ainsi aux premiers succès de cette campagne.

Il faut convenir que ces opérations intéressent sous bien des rapports. Une des plus belles armées que la France ait mises sur pied, perdit, dans quelques mois, des provinces immenses ; fut à moitié détruite, pour s'être répandue sur une ligne de 80 lieues, depuis Cassel jusqu'à l'embouchure du Weser, et laissée attaquer dans une situji- j tion pareille, par un ramassis de troupes de dix princes différents, loin d'avoir les qua- ! lités des troupes manœuvrières de Frédéric.

L'armée soutint ces revers avec une constance d'autant plus admirable, que généraux, officiers et soldats en connaissaient la source, et n'en pouvaient trouver le terme dans leur dévouement et les efforts de leur bravoure. Le Français en lisant ces pages fatales de sbn histoire militaire, sentira en ! les comparant avec les dernières guerres, ce que peut la nation lorsqu'elle combat pour une cause digne d'elle, et que ses armées sont dirigées par des hommes capables.

Opérations des Français. — Seconde période.

Le duc Ferdinand avait poussé se» succès aussi loin que le permettait la faiblesse de son armée. Il était en possession d'une étendue de pays considérable, qui subvenait à tous ses besoins ; mais ses mouvements ultérieurs se trouvaient gènes par les forteresses d^Wesel et de Gueldres, encore entre les mains des ennemis. La possession de la première lui était surtout nécessaire, pour le rendre maître des deux rives du Rhin, et le garantir des suites d'une défaite, si la fortune lui devenait contraire. D'un autre côté, le siège de cette place présen-

tait des difficultés à cause du grand éloignement des dépôts d'où il fallait tirer tous les objets nécessaires, et il exigeait de plus un corps de troupes considérable pour le couvrir.

Les ministres anglais, persuadés que le»

victoires du général prussien seraient aussi avantageuses à leur nation que leurs succès maritimes , avaient fait décider l'envoi d'un corps considérable sur le continent. Doiuc mille hommes d'élite , commandés par ic duc de Marlborough, étaient depuis longtemps embarqués et s'ils fussent arrivés au commencement de juillet, le duc Ferdinand se serait vraisemblablement maintenu sur 1»

gauche du Rhin.

D'un autre côté, la France voyait enfin le maréchal de Belle-Isle à la tête du département de la guerre. Ses talents, son patriotisme parvinrent à cicatriser les plaies que l'administration précédente avait ouvertes.

L'armée fut rapidement réorganisée et portée à 80,000 hommes ; le marquis de Contades en prit le commandement : celle du prince de Soubise fut mise sur un pied respectable. La France entière fixait ses regards sur le premier, espérant qu'il effacerait, par ses exploits, les taches que se* prédécesseurs avaient imprimées à l'honneur national. Ce devoir était d'autant pin* difficile à remplir qu'il laissait à la cour l'intrigue et l'envie, deux ennemis encore plus redoutables que ceux qu'il allait combattre.

Dès que Contades eut pris le commandement, il abandonna le système de ses prédécesseurs, et résolut de marcher à la rencontre des alliés, avant qu'ils eussent reru des renforts suffisants pour mener à bim leur entreprise sur Juliers. Son plan était néanmoins d'éviter une bataille, qu'il ne lui convenait point de hasarder; en conséquence, l'armée quitta, le 13 juillet, son camp de Cologne et vint se placer à Bedbourg, sur l'Erft.

Aussitôt que le duc fut informé de ci-

Page 1