CHAPITRE IX
mouvement, il fit passer cette rivière, le 13, aoi corps du prince de Uolstcin et du prince héréditaire ; et les suivit le lendemain avec le reste de l'armée, dans l'intention d'attaquer les Français ; mais les trouvant trop bien postés , il se décida à repasser l'Erft pour camper à Nuys. D'Arraentières , qui poursuivit l'arrière-garde, fut repoussé.
Le marquis de Contades résolut alors de manœuvrer en vue de couper l'armée alliée delà Meuse, d'où elle tirait toutes ses subsistances : cela n'était pas facile devant un général comme Ferdinand , qui pénétrait tous les projets de son adversaire et connaissait aussi ses moyens d'exécution.
Le duc prolongea sa direction à droite, pour s'opposer au passage de l'Erft, et porta son quartier général à Bedburdick, le 17 juillet. Le long séjour des armées, ayant épuisé les environs, il résolut enfin de se rapprocher de la Meuse ; à cet effet, il renforça la garnison de Dusseldorf qui allait i-tre abandonnée à elle-même. L'armée parti! dans la nuit du 2-1 au 25, et vint occuper, le 26 au matin, le camp de YVassenberg. Le duc marcha, le 30, à Hellcnrodt, en présence de l'ennemi, qui ne l'inquiéta point.
11 reçut la nouvelle de la défaite du prince d'Isenbourg qu'il avait laissé pour couvrir la liesse, circonstance qui aggravait le danger de sa position, et justifie ce que nous en avons dit.
L'année de Soubisc, qui se trouvait dans le comté de Hanau, avait d'abord été destinée à former le contingent que la cour de rrance devait fournir à l'Autriche, en vertu du traité de Versailles ; mais on décida, avec le consentement du cabinet de Vienne, qu'elle opérerait dans la liesse contre les alliés, devenus formidables depuis que le duc Ferdinand était à leur tète. Cette armée avait été portée à 25,000 hommes par la réunion de 6 ,000 Wurtembergcois. Le corps du prince d'Isenbourg , détaché pour l'observer, était de 5,000 hommes.
L'armée de Soubise quitta ses cantonne-
ments dans les premiers jours de juin, et se rassembla à Hanau et lloechst. Le prince d'Isenbourg , ne pouvant se mesurer avec de si grandes forces, se retira de Marbourg à Cassel et fut suivi par un corps de 1-4 bataillons, autant d'escadrons , et 28 pièces de gros calibre aux ordres du duc de Broglie.
Informé que l'ennemi se mettait en mouvement pour se retirer sur Minden, le duc de Broglie fit aussitôt passer la Fulde à ses troupes. Le prince d'Isenbourg, craignant d'être pressé trop vivement, crut devoir tenir ferme dans la position de Sandershausen, dont il fut repoussé, après un combat meurtrier, où les alliés perdirent 1,000 hommes, tués, blessés et prisonniers. Cet événement, qui, dans toute autre circonstance, eût été peu important , rendit les Français maîtres de la Hcsse, et les mit à même de pousser leurs succès jusque daus le Hanovre et la Westphalic.
Ferdinand devait supposer que les ennemis sauraient en profiter, et il ne lui restait d'autre parti que de les attaquer, ou de repasser le Rhin. Cette alternative, offrait peu de chances favorables ; car Contades, voulant éviter une bataille, prenait des positions pour ainsi dire inattaquables, et le Rhin avait été tellement enflé par les grandes pluies, que tous les environs, depuis Rhécs, étaient inondés. Contades ne l'ignorait pas, et forma un projet dont la réussite eût mis les alliés dans le plu;» grand embarras ; celui de surprendre la division Imhof, postée à Meer, pour couvrir le pont et les magasins de Rhées, et entretenir les communications avec le corps qu'on atteudait d'Angleterre.
Le lieutenant général Chcvert, connu par son activité et sa bravoure , fut chargé de cette opération, et partit, le 30 juillet, avec la majeure partie de la division qui était restée près de Cologne, pour couvrir le pont jeté sur le Rhin, entre Mulheim et Deutz :
il passa le fleuve près de Dusseldorf, fit mine d'assiéger cette place, et repartit brus-
TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
quemcnt lo 1 er août; arrive le 2 à Duisbourg, il changea de direction à droite, passa la Roer à Mulcnheim, et parvint le 24 à Wesel.
Pendant ce temps , Contades manœuvrait pour forcer le duc Ferdinand à repasser la Meuse, le couper ensuite du Rhin. En conséquence, l'armée française se porta du camp d'Erkelcns , à celui de Dulmen , afin de s'assurer de la petite rivière de Niers , que les alliés étaient forcés de traverser , au-dessus de Gueldres, lorsqu'ils voudraient se rapprocher du Rhin.
Informé à temps de ce mouvement , Ferdinand résolut sur-le-champ de prévenir les Français à Dulmen, et de les attaquer s'il les rencontrait en marche ; l'armée alliée partit après la retraite, et marcha sur trois colonnes par Bruggen : ici, l'avant-garde , conduite par le prince héréditaire , donna sur les grenadiers de France , commandés par le comte de Chabot , qui avait déjà fait occuper toutes les hauteurs par une chaîne de postes ; ceux-ci firent une résistance opiniâtre, mais inutile, et l'armée alliée gagna, à six heures du soir, avec beaucoup de peine, les plaines entre Wallmiel etDulmen.
Contades s'arrêta à Gladcbach , et les deux armées se trouvèrent en présence.
Le 3 au matin , le duc fit ses dispositions d'attaque; mais l'ennemi ayant déjà pris une positiou plus reculée : le duc résolut alors de se rapprocher du Rhin. L'avantgarde partit après-midi pour Wachtendonk , petite ville située dans une île de la Niers , très-propre à couvrir la retraite, où l'ennemi avait établi un poste de tfOO hommes.
Le prince héréditaire trouva le pont levé , et pour m? pas laisser à l'ennemi le temps de se reconnaître, ils s'élança dans la rivière. On sait qu'un tel exemple est toujours suivi avec enthousiasme; le poste fut enlevé, l'armée passa la rivière au coucher du soleil , et continua sa marche, le 4, jusqu'à Rheinbergen ; l'arrière-garde , sous le duc de Holstein, était à Klostcruamp. Par cette
brillante manœuvre , le duc Ferdinand se tira d'embarras et recouvrit toutes se» communications avec le Rhin.
Ces mouvements s'effectuaient en même temps que celui de Chevert sur Wesel. Le général Imhof soupçonnant quel était son projet, se rapprocha d'abord de Rhées pour mieux couvrir le pont. Cependant ne voyant pas arriver l'ennemi, il reprend son camp de Meer le «S juillet. A peine ses postes sontils placés qu'ils annoncent l'approche d'une forte colonne. Malgré les avantages défensifs de sa position , ce général juge sagement que s'il y attend l'ennemi, il sera sans doute battu, et que pendant le combat même l'ennemi pourrait filer sur son flanc et détruire le pont : alors il prend sans balancer le parti d'aller à la rencontre des Français, quoiqu'il n'eût que 3,000 hommes à opposer aux 10,000 de 91. de Chevert, et il les attaque avec autant de vivacité que d'audace.
Celte résolution hardie obtint le plus heureux résultat. Chevert se retira après avoir perdu 400 prisonniers , autant de tués et blessés, et 11 pièces de canon.
11 est incontestable qu'au moyen de s* grande supériorité sur les alliés , Contades aurait pu détacher une division plus nombreuse pour cette opération. On ne devait pas mesurer la force de cette division à celle du corps chargé de couvrir le pont , mais bien à l'importance de l'expédition et au\ suites incalculables qu'elle pouvait entraîner. Il n'est pas moins vrai que Chevert commit une faute grossière en employant toutes ses troupes pour attaquer le général Imhof; il fallait détruire le pont avant de songer à se battre , et pour y parvenir il convenait de faire marcher 3,000 homme* sur Rhées, tandis qu'avec les 7,000 qui restaient on eût attaqué et contenu le général Imhof. Lors même que Chevert aurait remporté la victoire , il n'eût point réussi dans son projet, parce que le général ennemi pouvait se retirer, lever le pont et conserver les bateaux , qui assuraient le salut de l'ar-