‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 61 sur 196 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

mée alliée. On peut encore reprocher nu général français de n'avoir pas renouvelé ses efforts après ce premier combat , se trouvant encore asseï fort pour tenter quelque chose.

Ferdinand craignant qu'il n'en eût l'envie, détacha, le 6, la division Wangenheint an soutien du général lmhof; et marcha lai-même avec l'armée du camp de Rhinbergen , à Xanten ; l'arrière-garde , sous le duc de Holstein, à Sonsbeck. La marche continua , les jours suivants , par Calcar , sur Griethausen, où l'armée arriva le 8. L'arrière-garde se porta par la rive droite de la Niers et par Wées sur Clèvcs , afin de couvrir le flanc droit et de protéger le passage. Le pont de Rhées étant impraticable à cause des inondations , on le rompit, et on en construisit un de 100 bateaux , au-dessous d'Emmerich , vis-à-vis des hauteurs d'Elten ; un autre de 28 bateaux fut jeté près de Griethausen , où le passage était le plus facile. L'armée exécuta cette opération le 9 et le 10, sans obstacle ; mais no pouvant emmener les bateaux, on les brûla. Dusseldorf , fut évacué en même temps , et la garnison se rendit à Lipstadt, afin démettre cette place à l'abri de tout danger.

Après l'échec essuyé par Chevcrt , M. de Contades ne crut pas devoir mettre de plus grands obstacles à la retraite des alliés , et ne quitta le camp d'Erkclens que lo 8 juillet, pour prendre celui d'Alpen le 10 ; l'avant-Karde, commandée nar d'Armentières, se porta sur Clèves ; Dusseldorf fut occupé après la retraite de la garnison. L'armée passa le Rhin le 1 1 et les jours suivants , et >int camper sur les bords de la Lippe.

D'Armenticres passa à YVesel, et joignit l'armée.

Le duc Ferdinand alla camper successivement à Willingenet Kosfeld, où il se réunit, le 21 , à la division anglaise , ce qui le mit en état de résister aux entreprises de l'ennemi.

Avant de 9uivrc les opérations , je crois

devoir ajouter quelques observations à celles qui ont déjà été faites. Malgré les qualités qui distinguaient le marquis de Contades des généraux qui l'avaient précédé , on peut lui reprocher des fautes essentielles et une pusillanimité inconcevable. Ses plans renfermaient de grandes vues ; mais comme la plupart des généraux de ce temps-là, il manquait d'énergie.

Il parait certain qu'il ne recevait aucune instruction de sa cour , et le système qu'il suivit lui appartient tout entier. Ses projets, d'acculer Ferdinand à la Meuse , de le couper de la ligne du Rhin , et de détruire le seul pont qu'il y eût sur cette ligne, lui font honneur ; mais à quoi servent des plans bien combinés, lorsque le défaut de résolution et d'activité préside à leur exécution ? Ce n'est pas du manque de courage dont il est ici question , c'est de la force d'âme , de l'énergie dans le caractère. Quel ménagement doit observer un général commandant une armée de 60,000 hommes aguerris contre un ennemi qui lui est inférieur de moitié ? Est-ce la crainte de compromettre sa réputation ? Mais une telle crainte n'est-elle pas l'aveu le plus formel de sa médiocrité ?

Les gens de l'art et la postérité n'en feront-ils pas justice , et ne le biâmera-t-ou pas d'avoir manqué les occasions d'attaquer l'ennemi avec do grandes chances de succès, uniquement pour éviter un échec facile à réparer le lendemain au moyen de sa supériorité numérique? Dans tous les cas, ces marches sans combat dénotent la faiblesse d'un chef d'armée, elles donnent la mesure de son énergie.

Résolu d'opérer ofFensivcment, le marquis , devait au moins apporter de plus grands obstacles à la retraite de l'ennemi ; il lui importait d'autant plus d'agir avec vigueur, qu'il savait que le duc serait joint par un corps anglais ; que si ce renfort lui arrivait sur la rive gauche du Rhin, on ne pourrait facilement lo pousser au delà de ce fleuve, et qu'il fallait par conséquent

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

brusquer cette opération. La diversion du prince de Soubise dans la Hesse et l'expédition de Cbevert visaient bien à ce but; mais ces mesures étaient incohérentes, tant que la gronde armée ne les secondait pas ; aucun projet ne réussit à la guerre, sans l'ensemble dans les mouvements, sans raccord qui doit en lier toutes les parties, et les conduire simultanément au même but. Cette grande maxime a toujours été négligée ; elle rentre dans le principe général présenté (dans le chap. VII, de mettre ses forces en action, au même instant, sur des parties isolées, ou faibles, d'un front d'opérations ou d'une ligne de bataille.

Le marquis de Contades, outre sa supériorité, avait encore une chance en sa faveur ; la ligne d'opérations du duc Ferdinand se trouvait en quelque sorte interceptée par les forteresses deGueldres et de Wesel, qui étaient entre les mains des Français :

une victoire pouvait donc avoir pour eux des suites brillantes. La première marche du marquis , sur Bedbourg, annonçait des projets plus vastes ; mais il ne fallait pas aller de là camper à Erkelens, pour se porter ensuite sur Dulraen ; en manœuvrant rapidement à droite, on pouvait gagner ce point, communiquer avec la place de Gueldres, la soutenir, empêcher la réunion des Anglais, et surprendre le pont do Rhées.

Le duc se serait trouvé dans la position de Hélas à Marengo ; cor il n'aurait plus eu de pont, et l'ennemi se fût emparé des deux rives du Rhin et de sa ligne d'opérations (1).

La conduite de Soubise est bien plus répréhensible; après le combat de Sanderhausen, il n'avait plus d'ennemis devant lui, et il resta un mois entier au camp de Zweeren,

(1) Depuis que ce chapitre a été composé, des événements bien plus importants encore ont justifié cette vérité} je renvoie mes lecteurs à ce que j'ai dît au sujet de ce théâtre de guerre dans les chopitresXlV et XXXI.

{■!) Tel est le résultat nécessaire d'une ligne

près de Cassel! Tandis que rien ne l'empêchait de s'emparer des évéchés de Munster et do Paderborn, même de tout le pays entre le Weser et le Rhin; d'opérer ensuite à la hauteur de l'armée de Contades, de se concerter avec lui, et de former une ligne intérieure, dont toutes les parties eussent été liées depuis Wesel jusque dans l'électoral d'Hanovre. 11 semble difficile de comprendre comment 40 à 50,000 hommes de différentes nations, triomphèrent de deux corps formant une masse de 90,000 combattants, aguerris et bien organisés ; mais cela s'explique naturellement par l'incohérence et la lenteur des mouvements de ces deux corps.

Opérations des Français depuis le passage du Rhin.

Contades ne devait ses succès qu'à l'insuffisance des moyens du duc Ferdinand, et ils eussent été bien peu importants si les évéchés de Paderborn, Munster, Osnabruck et Hildesheim étaient restés au pouvoir des alliés.

Il parait que l'objet essentiel de ce général, fut de conserver ses communications avec le prince de Soubise (2). Il quitta le camp de Wesel, le 10 août, et alla camper ! successivement à Schermbeck et Recklinghausen. La division Saint-Pern fut portée à Luhnen, pour éclairer et couvrir le flanc droit; celle du duc de Chevreuse campa vis-à-vis de Haltern, afin de couvrir l'aile gauche. Soubise reçut ordre de quitter enfin la position de Zweeren, pour se diriger sur Lipstadt.

Ferdinand jugeant par les mouvements de Contades, que celui-ci projetait de donner,

d'opérations double sur une seule frontière ; un de* I corps principaux est presque toujours inutile, ou I en danger d'être battu, pourquoi donc en faîte I deux, puisqu'on est ensuite embarrassé d'effectuer I leur réunion ?

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