CHAPITRE IX
i ses deux corps d'armée, une direction concentrique sur Lipstadt, détacha le général Oberg avec 7 bataillons et 10 escadrons, pour couvrir la place et arrêter les progrès de l'ennemi ; le général Zastrow devait le lootenir, et couvrir , en même temps, les magasins de Wahrendorf. D'un autre coté, le prince d'Isen bourg, renforcé de quelques chasseurs hanovriens, avait occupé de nouveau Gœttingen , et marché , le 9 septembre, d'Eimbeck à Hohringen. Les deux armées principales s'observaient toujours sur le» bords de la Lippe ; celle de France fut renforcée d'un corps de 12 régiments Saxons qui avaient abandonné les drapeaux prus- Mens, et dont le prince Xavier, qui prit le litre de comte de Lusace, eut le commandement.
Quoique Soubise fut très-supérieur au général Oberg, dès qu'il apprit son arrivée, il renonça à son projet de marche sur Lipstadt, résolut de faire des incursions dans l 'électoral de Hanovre, et de surprendre le corps du prince d'Isenbourg. La vigilance de celui-ci ne fut pas mise en défaut; il attira à lui la garnison de Gœttingen, et transporta son camp à Eimbeck, d'où il se rapprocha de Hameln. ,
Oberg fit mine de passer le Weser, et de •e porter au soutien du prince d'Isenbourg; mais le duc Ferdinand, trop habile pour ne pas profiter de la faute que Soubise avait commise, en laissant sans défense Cassel, qui renfermait tous ses dépôts , prescrivit à Oberg de redoubler ses démonstrations de passage du Weser, et de se diriger brusquement sur cette place, afin de l'enlever.
Cette division marcha, le 17, à Paderborn, tandis que celle de Zastrow se réunissait au prince d'Isenbourg , à Koppenbrugge. Un pont fut jeté à Holzminden, pour simuler un passage; mais Oberg se dirigea sur Warbourg, où il arriva le 20. Si de là il se fût porté vers Cassel en une marche forcée, il n'eût trouvé dans le camp retranché qu'un détachement préposé à sa garde ; il n'y ar-
riva que le 26, et remit l'attaque au lendemain, sans doute afin d'attendre le prince d'Isenbourg, qui était en marche pour le rejoindre.
Le 27 au matin, la brigade suisse de Waldener et celle de Bentheim entrèrent dans la place, suivies par l'avant garde de Soubise; le reste de son année, arriva le 28. Oberg ayant été joint, le 27, par les corps d'Isenbourg et de Zastrow, campa avec 18 bataillons et 22 escadrons, la droite sur les hauteurs en arrière de Harthausen, la gauche sur celles de Munchoff.
Soubise ne croyant pas «es forces suffisantes pour résister à un adversaire inférieur, demanda des secours à M. de Contades, qui, pendant tout ce temps, était resté tranquillement à Rechlinghausen. Le maréchal détacha 31 bataillons et 34 escadrons sous les ordres des lieutenants généraux Chevert et Fitz-James , afin de renforcer l'armée de Hesse, et se porta lui-même, le 7 octobre, à Hamm, d'où il dirigea à Soest une forte division sous le duc de Chevreuse. Le but de ce mouvement était sans doute une tentative sur la place de Lipstadt, nécessaire aux Français pour l'établissement de leurs quartiers d'hiver.
Soubise, ayant reçu ses renforts, attaqua le général Oberg établi à Luternberg, dans une position trop étendue, formant potence, et dont la gauche était facile à tourner. Je ne pourrais entrer dans les détails de ce combat , sans dépasser les bornes de mon ouvrage; je dirai seulement que Soubise combina assez bien cette attaque , en dirigeant le corps de Chevert sur cette aile gauche ; mais il aurait pu tirer un plus grand parti de sa supériorité, s'il ne fût pas resté dans l'inaction avec la majeure partie de l'armée à lïordheim, tandis que les corps de Broglie et de Chevert se trouvaient engagés dans un mouvement qui pouvait leur devenir funeste. L'intrigue et l'intérêt particulier contribuèrent au salut d'Oberg, qui, inquiété dans sa retraite , eut grand tort do
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
s'engager ayant la Fulde sur un flanc et la Werra à dos; sa ruine paraissait inévitable, et il en fut quitte pour la perte de 1,210 hommes et 28 pièces de canon.
Dès que Ferdinand fut informe de cet événement, il résolut de manœuvrer sur-lechamp pour s'opposer à la réunion des deux armées françaises , et empêcher celle de Soubise de faire des progrès dans l'électorat de Hanovre (1).
Nous avons vu précédemment que Chevreuse avait été détaché, avec une forte division, à Soest, pour communiquer avec Soubise, et préparer l'investissement de Lipstadt. Le duc Ferdinand , dans l'intention de surprendre cette division, partit de Munster, le 15, et marcha, avec une si grande rapidité , par les bois de Telligt , qu'il arriva près de Lipstadt le 17. L'avantgarde renforcée passa la Lippe à Benninghausen, et marchant le lendemain sur deux «•donnes, arriva à Soest au point du jour ; mais Chevreuse, informé de son approche, se relira à temps ; on ne put lui faire que 280 prisonniers. L'armée vint ce jour-là, à Renninghausen, et le 19 à Soest; l'avantgarde se porta à Werle.
La nouvelle de ec mouvement causa au maréchal de Contadcs quelques inquiétudes sur le sort de la division Chevcrt qui avait quitté le prince de Soubise après le combat de Luternberg, pour revenir à l'armée. Le maréchal partit alors de Ilamin, le 19, et marcha à Wambcln ; d'Armentières fut porté à Werle; le prince héréditaire se retira à Klosterparadis.
Ferdinand partit de Soest le 21, se rapprocha de la Lippe, et prit l'excellente position d'Iïovcstadt, où il fut joint, le 22, par le corps d'Oberg.
Contades, ne pouvant espérer de prendre ses quartiers d'hiver au delà du Rhin, tant
(1) Cette manœuvre du due Ferdinand prouve les défaut» du plnn français, et ceux de toute ligne d'opérations double contre une simple. Si les efforts du duc tendaient n tenir tesarm^es françaises sêpa-
que le duc conserverait celte position, résolut de tenter un coup de main, et de s'emparer de Munster , sur les derrières de l'ennemi ; d'Armentières fut chargé de cette entreprise, et passa la Lippe à Lunen avec 17 bataillons et 26 escadrons. S'il eût réussi, l'armée alliée, menacée sur un de ses flancs et sur ses derrières , se serait vraisemblablement retirée sur le Weser, et eût abandonné Lipstadt à ses propres forces : les communications avec le corps de Soubise auraient été rétablies, et les Français à même de prendre leurs quartiers d'hiver dans l'évêché de Munster, la Westphalie et la Hesse.
D'Armentières parut devant Munster, le 25 octobre ; mais le général Kielmanseg s'y étant jeté avec 3 bataillons et 4 escadrons, il fallait se résoudre à un siège ou à la prendre de vive force. Les Français firent de vaines démonstrations d'escalade, et se retirèrent le 27. Il est certain que d'Armentières aurait dû tenter le coup de main, parce que la prise de cette place était de la plus haute importance : un général énergique ne balance jamais en pareil cas à faire le sacrifice de quelques hommes.
Ferdinand ayant eu avis, le 25, du projet de l'ennemi, détacha le général Imhoff , à Wahrensdorf pour y couvrir le magasin.
Le 26 au matin, il partit lui-même avec Farinée, et passa la Lippe. Le duc de Holstein et Wangenheiin, suivirent successivement la colonne d'Imhoff, et se portèrent à Rheda :
le gros de l'armée, arriva à Munster le 80.
Le marécbal de Contades, après s'être réuni à Chevcrt, persuadé qu'il ne lui restait d'autre parti que de prendre ses quartiers d'hiver sur la rive gauche du Rhin, se mit en marche, le 13 novembre, pour Wesel, d'où il répartit ses troupes en cantonnements entre la Meuse et le Rhin.
Soubise, contenu après l'affaire deLutem-
rées , c'est que cet état d'isolement lui convenait ; dès lors c'était un vice dans le plan de ses adversaires.