‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 67 sur 196 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Zekuli, le prince fit revenir le général Driesen de Bamberg, se réunil au oorps de llulsen , et porta le général Juenplitz sur /wickau, avec 8 bataillons et 9 escadrons, pour observer le général Dombasle, qui « tait enfin arrivé de l'armée de Weslphalie, et menaçait d'envahir le Voigtland ; cette position du général Jtzenplitz avait encore pour but de couvrir le flanc droit de l'armée, alorf composée de 21 bataillons et de 40 es* cadrons. Le général Knobloch fut- ensuite porté à Frcyberg avec 8 bataillons, pour couvrir la communication de Dresde. Les armées restèrent dans leurs positions jusqu'au milieu de juillet . El avec des ennemis guidés par un système semblable il n'était pas difficile au roi de défendre ses États.

jÛp (TOImuts. Opérations de Daun pour le faire lever.

Nous avons laissé les affaires devant Olinutz, au moment où le général Fouquet arrivait le 16 mai vers cette ville, avec tout l'attirail nécessaire pour en faire le siège, et les 16 bataillons destinés à cette opération.

Le maréchal Keilh vint prendre ensuite le commandement de ce corps. Le roi s'y rendit bientôt lui-même, inspecta les ouvrages , et donna ses ordres. Une division investit aussitôt la place du côté deProsnitz, et s'étendit de manière à embrasser tout le terrain. La droite appuyait à la Morava, avant Neustift devant son front, et Niiuhm à dos. Le quartier général du maréchal était établi à Schnabclin. A droite de ce village se trouvait le parc d'artillerie, et celui de toutes les munitions et des équipages de siège; le parc des vivres et l'ambulance à Horke. On jeta un pont sur la droite, afin d'établir les communications avec l'autre rive de la Morava, où la brigade Meyer gardait les postes de Lodenitz, Starnau et Bauniovitz.

Nous avons déjà indiqué la position de

l'armée d'observation , aussi bien que celle des Autrichiens ; Daun était toujours avec la grande armée , à Lcutomischel ; llarsch à INickels; Laudon àkonitz; Janus près de Huglitz; Lanius à lricdland ut Lobnick ; Deville, couvrant la route de Brunn.

Une quantité de troupes légères, composées d'hommes sûrs et aguerris , procure aux généraux autrichiens des avantages auxquels ils doivent le succès de plusieurs entreprises ; ils en forment une chaîne de postes et même de grands détachements , qui met leur camp à l'abri de toute surprise, et sous la protection de laquelle ils peuvent dérober leurs mouvements à l'ennemi. Elles les garantissent, par la même raison, du danger d'être surpris en marche, puisqu'elles sont toujours disposées de manière à pouvoir rendre compte à temps des mouvements de leur adversaire. Celui-ci est au contraire exposé à des inquiétudes perpétuelles; il doit prendre les plus grandes précautions pour conserver ses communications avec les corps détachés et avec les magasins. Comme ces troupes légères sont toujours les plus voisines de l'ennemi, elles apportent une grande attention dans le choix de leurs postes , évitant les plaines qui sont peu favorables à leur manière de combattre , et faisant plutôt un grand détour pour gagner les montagnes , les bois et les défilés. Leur coutume est de placer les gardes de cavalerie aussi en avant que l'ennemi le permet, et de les soutenir avec de l'infanterie. Elles sont toujours prèles à combattre , puisqu'elles n'ont ni tentes , ni bagages. Leur devoir n'est poinl d'engager une affaire sérieuse avec de l'infanterie réglée; lorsque cela arrive, on peut compter qu'elles sont bien soutenues; leurs chels ont au contraire pour maxime de se retirer devant l'ennemi et de reprendre leurs postes dès que l'occasion s'en présente. On ne peut qu'applaudir à ce système, et toutes les fois qu'ils s'en sont départis , ils en ont élé sévèrement punis : par exemple , à Schandau ,

lot)

! U Ui£ DES GRANDES OPKRATIOKS MILITAIRES.

en 1756, à Bunzlau et Nettmarck, en 1757, à Hoyerswerda, en 1759 : dans toutes ces occasions , ce fut la cavalerie qui les sabra. Il n'est pas difficile en effet , pour peu que le terrain soit favorable, de détruire des hommes disséminés : ainsi , lorsque ces troupes occupent un poste qui les oblige en le quittant à traverser une plaine, on peut les attaquer avec certitude de succès, en combinant la disposition des différentes armes , de manière à les débusquer avec de l'infanterie , et à les faire charger dans leur retraite par la cavalerie. La connaissance exacte du terrain, un coup d'œil juste, et l'ensemble nécessaire dans toutes les opérations, sont des qualités indispensables pour une guerre de cette nature (1).

L'intervalle qui existait entre le corps du prince Maurice à Littau et l'armée du roi à Prosnitz, avait donné au général Laudon le moyen d'inquiéter les communications par les détachements qu'il poussait sur YVillituow et Namicst. Cela était d'autant plus dangereux que la consommation de la boulangerie du camp de Prosnitz devait être .successivement remplacée du magasin de

(1) Dans les guerres précédentes, les troupes légères remplissaient un rôle bien différent de celui qu'elles ont eu depuis. Les Autrichiens avaient seuls ce qu'un nommait des partisans , troupes sans discipline, sans constitution, levées dans la Croatie, la Dalmatic, la Hongrie, et même en Allemagne; leur nombre a été porté dans les tableaux militaires jusqu'à 70,000 hommes. Dans le commencement de la dernière guerre, on en faisait encore l'épouvantait des lâches ; mais elles ont successivement perdu de leur qualité et de leur importance. Ce changement est provenu, ou du défaut d'un chef qui sût les employer connue Laudon , on de la différence apportée dans leur constitution. En tout cas, il ne faut pas les confondre avec les corps réguliers d'infanterie qui en font le service ; encore moins avec des régiments d'infanterie légère, organisés de maniére à être utilisés en tirailleurs et en ligne. Au reste , avec tle bons bataillons , quel que soit le nom qu'on leur donne, on peut faire tous les genres de petite guerre ; et les dernières campagnes ont prouvé que l'infanterie do ligne devait être également fur-

Littau, par des transports journaliers. Frédéric résolut de débusquer le général Laudon , et partit dans la nuit du 21 au 22 mai , avec une forte division, sur trois colonnes.

Pendant ce temps , le prince Maurice devait envoyer de son camp le prince Charles de Bévcrn , avec 8 bataillons et 50 hussards , pour tourner les Autrichiens , en se portant droit sur Willimow et Mamiest. Toutes ces colonnes devaient combiner leur marche de manière à être rendues à leurs postes res peclifs au même instant et à la pointe du jour. Le résultat ne répondit point aux dispositions ; le général Laudon fut informé a temps de l'approche du roi ; outre cela , la colonne du prince de Bévern arrivant avant les autres, donna l'éveil aux ennemis (2), et Laudon eut ainsi le temps de gagner perte les hauteurs de Konitz.

Dès que le maréchal Daunfut instruit dispositions faites pour le siège , il pensa qu'il était temps de s'approcher de l'armée du roi, et de songer aux moyens de secourir la place. 11 leva le camp de Leutomischel , le 23, marcha à Zwitlau, et prit, le 24, l'excellente position de Gewicz. La division des

méc et employée pour ce qu'on appelait assez vaguement guerre de parti , puisqu'elle n'a jamais été distinguée de l'infanterie légère que par le nom et l'uniforme. Guibert avait désiré ce changement , qui a été exécuté. Mais dans la cavalerie, au contraire, les partisans ou corps irréguliers qui agissent de leur propre impulsion, qui peuvent se transporter rapidement sur toutes directions, se soustraire à toutes les poursuites, couper les communications sur mille points sans jamais être coupés eux-mêmes; sont aussi utiles à celui qui les emploie, que désastreux pour celui qu'ils harcèlent; c'est ce que le* Cosaques oat prouvé en 1813 et 1814.

(2) Cette action et la bataille de Torgau sont le, seules de la guerre de sept ans , où Frédéric ait combiné la marche de plusieurs colonnes a uae grande distance les uues des autres, avec l'intention de leur faire opérer une attaque simultanée ; ce projet manqua dans ces deux circonstances et nou» avons eu dans les dernières guerres de nouibrcm exemples des inconvénients de ce système.

CHAP1TIIK X.

grenadiers et carabiniers occupa les hauteurs entre Jarmerietz et Biskupitz; la division lhrsch avançait en même temps de Nickels à Muglitz : Janus marcha à Lostitz , et resserra les postes du prince Maurice :

Devillese reporta à Wisehau, et le général Esterhazy fut posé à Ptin avec quelques troupes légères, afin do couvrir les communications de cette division avec la grande armée : l'avant-garde de cette dernière fut placée à Konitz pj)ur soutenir le général Laudon, qui continuait ses courses malgré le petit revers qu'il avait essuyé.

Le général Marshall, commandant d'Olmutz , poursuivait avec la plus grande vigueur ses préparatifs de défense, faisant raser et brûler les faubourgs ; il augmentait «Préparait les ouvrages, et prenait les njeso£tt| de police intérieure les plus sages polir régler la conduite de la bourgeoisie dans les événements divers qui pourraient survenir. L'armée de siège non moins active, avait déjà préparé toutes les fascinés , gabions, etc., et tiré une ligne de circonvallation autour du camp, depuis la Morava jusqu'au bois de Horka. Les ingénieurs ayant découvert que tous les environs de la place pouvaient être inondés, à l'exception du terrain entre Hatschiii et Neuslift , qui s'élève insensiblement, on décida que les attaques se feraient sur ce point, sans fixer néanmoins contre quelle partie des ouvrages elles seraient dirigées.

Je ne suivrai pas l'historien prussien dans les détails de ce siège ; ces sortes d'opérations qui n'intéressent que les officiers appelés à les diriger, ont d'ailleurs perdu de leur importance dans le nouveau système de guerre; je me bornerai à citer les causes auxquelles cet auteur attribue la longueur du siège et sa non-réussite. La prejnière est que la tranchée fut ouverte à droite du Tafelberg , et présentait ainsi le flanc à l'angle saillant du fort de l'ile : la deuxième raison est que la première parallèle fut établie à une trop grande distance. Tempelhof

donne une série de raisonnements à l'appui, et pense qu'on attachait trop d'importance au feu des batteries. 11 résulte de ses calculs que, dans les sièges précédents comme dans, celui-ci, on ne perdit pas plus d'un ^ homme sur 300 coups de canon : le premier jour, après l'établissement de la parallèle, on tira 1,220 boulets et 306 bombes sans atteindre une pièce de l'ennemi : la place fournit un feu au moins égal, sans tuer plus de -4 hommes et en blesser davantage. Cotte dissertation est appuyée d'un autre calcul sur ce qu'on appelle un feu d'artillerie bien nourri, et sur les munitions nécessaires pour un siège. L'auteur établit pour base que chaque pièce tire 8 coups par heure, ce qui, donne dans les plus longs jours, un résultat de 128 coups par jour, ou 2,860 dans vingt jours. Il est de fait qu'aucun canon ne peut le supporter. Enfin, il présente un aperçu des munitions- qu'il faudrait; en supposant le terme moyen de 100 coups par pièce, et, en comptant seulement sur 80 pièces en batterie un siège de trente jours exigerait près de 9,000 chariots et 80,000 chevaux. Ce résumé comparé aux approvisionnements ordinaires et à l'usage des pièces, qui est de 1 ,400 à 1 ,500 coups, prouve qu'il faut se garder de croire que le feu d'artillerie puisse jamais être sans interruption.

Malgré la mauvaise direction des attaques d'Olmutz, la place touchait au terme de sa défense lorsque d'autres événements en firent lever le siège. Je vais donner une relation suecincte de ces événements , qui appartiennent aux opérations des armées.

Quelle que fût sa supériorité sur l'armée prussienne divisée en plusieurs corps, Daun avait résolu de ne point se mesurer avec le roi avant l'arrivée des nombreux renforts qu'il attendait. Frédéric, à son approche, ne fit d'autres changements dans ses positions, que de couvrir la communication avec le prince Maurice à Littau, en détachant lcgéneral Wcdel avec 3 bataillons et les hussards de

15â TRA11É DES GRANDES OPÉRATIONS MIL1TAIRKS.

Putkamcr, pour caniper^en intermédiaire

sur la montagne de Hrad, entre Namiest et Laskow. 11 ordonna à ce prince et au margrave Charles de se retirer en cas d'attaque sur l'armée, qui, à son tour, en aurai! fait autant sur eux, si elle eût été attaquée isolément : enfin , si on avait été instruit à temps du projet de l'ennemi, les trois corps eussent marché en même temps pour se réunir à Gros-Jenitz , et lui présenter une masse imposante (1).

Ls général Pulkaraer arriva au camp , le 8 juin, avec un transport de farines, 3,000 convalescents, le bataillon Kleist et le bataillon franc Rapin, nouvellement formé. Le premier retourna à Troppau ; le dernier fut placé à HoliU , en deçà d'Olmutz. Il y eut à cette occasion un petit combat au défilé de Siebenhufen , où le colonel Lanius surprit deux bataillons francs et leur fit &00 prisonniers.

Toutes ces chicanes de postes ne pouvaient avoir aucune influence sur le sort d'Olmutz , qui aurait été bientôt décidé si Daun eût attaqué le roi avec ses forces réunies ; mais il était plus conforme à son système de chercher d'autres moyens de secourir la place. Il s'en présentait deux ; le premier de s'ouvrir une communication avec les assiégés, sans s'exposer à être attaqué en marche ; le deuxième d'enlever le grand convoi de munitions et de vivres que Frédéric attendait de la Silésie , et dont la perte mettrait ce prince hors d'état de eon • tinuer le siège.

La communication avec Olmutz ne pouvait s'ouvrir que par deux mouvements ; pour l'exécution du premier, il fallait que le général Harsch marchât sur Sternberg, en tournant au loin les flancs du camp que le margrave Charles occupait à Neustadt, et

(1) Ces excellentes dispositions ne ressemblent Bucre aux retraites excentriques du colonel Bulow, système contraire aux premières règles de l'art ; j'ai e n déjà occasion de faire remarquer combien il «•>«

que Daun le suivit avec la grande armée par Muglitz, pour se réunir à lui entre Sternberg et Olmutz. Cette manœuvre aurait forcé le roi à se porter au secours du prince Maurice avec la majeure partie du camp de Prosnitz; en rendant les Autrichiens maitres de toutes les routes de la Silésie, elle eût mis les Prussiens dans la nécessité do livrer bataille : c'était justement ce que Daun voulait éviter. Ce général résolut donc de se poster vis-à-vis du roi , jusqu'à ce qu'il trouvât l'occasion d'exécuter sou projet par l'autre route, sur Kremsir et Prerau. Ce projet n'exposait le maréchal à aucun danger. J'ai déjà observé qu'il avait tiré depuis Muglitz jusqu'à W'ischau, un cordon impénétrable de troupes légères qui occupaient toutes les montagnes et les défilés, de manière que la grande armée pouvaitemnnœuvrer très-facilement en arrière de cette ligne, sans crainte d'être inquiétée, et avec tous les avantages du terrain. Les seuls inconvénients qu'il pût redouter étaient les difficultés inséparables d'une marche dirigée à travers les montagnes et les défilés.

Le 16 juin, l'armée autrichienne partit du camp de Gewicz dans le plus grand silence, et marcha sur cinq colonnes à Prcdimanow; le général Harsch se porta de Muglitz à Koniiz. Le 17, au point du jour, l'armée se mit en mouvement , et campa entre Ewanowitz et Prcdlitz, où elle se réunit au corps de Dcville ; ce général avait détache, quelques jours auparavant, le général Saint- Ignon au delà de Prerau, pour observer les Prussiens, avec îî régiments de cavalerie, ce dernier ayant appris que les dragons de Rareith à Bistrowan, et 2 escadrons de Seidlitz à Wisternitz, ne devaient être soutenus que par 3 bataillons , résolut de les surprendre.^Le maréchal Keith , instruit de ce

opposé aux opérations lus mioux combinées, mais je le traiterai plus à fond lorsqu'il sera quesliu la dernière guerre.

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