‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 68 sur 196 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

projet , en prévint le général Meyer t qui fit rester sa troupe toute la nuit sous les armes, et attira à lui un des bataillons. A quatre heures et demie du malin, on n'avait aperçu aucun ennemi, et les patrouilles de nuit n'étaient pas encore rentrées ; contre toutes les règles de la prudence, Meyer en conjectura que n'ayant rien rencontré , elles auraient poussé leur reconnaissance trop loin ; il renvoya l'infanterie dans ses cantonnements , et ordonna aux dragons de fourrager. Mais à peine les grenadiers furent-ils entrés que l'ennemi se jeta sur les dragons, s'empara de leur camp , en tua ou prit une partie , et rejeta l'autre sur l'infanterie. Ils perdirent ainsi par la faute de leur chef, 150 tués ou blessés et SOI) prisonniers.

A la nouvelle du mouvement général exécuté le 16 juin par les différents corps de l'a rince autrichienne , le roi craignant pour les troupes qui investissaient Olmulz, les fit renforcer par la division du margrave Charles, campée à Ncustadt et qui marcha le 18 à Bistrowan. Il fit également lever le camp d'Aschemerith ; le prir.ee Maurice vint joindre l'armée d'observation à Prosnitz avec 10 bataillons; le reste de son corps fut destiné à renforcer différents postes établis pour maintenir la communication avec les troupes de siège, et pour contenir Laudon vers Konilz.

En attendant, Daun, qui avait reçu l'ordre de secourir la place, cherchait de plus en plus à atteindre ce but. Le moyen ordinaire de ravitailler et de renforcer la garnison lui paraissait d'autant préférable, qu'il était conforme à son système, et que la position disséminée des Prussiens sur la rive gauche de la Morava en facilitait l'exécution. Il détacha à cet effet le général Bulow, le 10 juin, avec 1,200 fantassins et une trentaine d'artilleurs, et le fit soutenir par .le corps de Saint-Ignon, qui était à Prerau. Le 22 au matin, ce renfort se jeta dans 01mutz, entre Lodcnitz et le lleiligenberg. Le général Sainl-lgnon, pour détourner l'atten-

tion des Prussiens, parut jusqu'à Gros-Teinitz.

Frédéric ne fut pas plutôt informé de cet événement , qu'il fit marcher Ziethen, le 1" juillet, pour attaquer le général Saint- Ignon avant qu'il ne reçût des secours et ne pût accabler le général Retzow ; mais il arriva trop tard, et l'ennemi s'était déjà rétiré. Ziethen, après s'être réuni à la division Retzow, revint aux environs d'Olinuz, d'où il se porta ensuite au-devant du grand convoi qui était parti de Coscl et de Neiss le 21 , sous les ordres du colonel Mosel, escorté par 8 bataillons, 3,000 recrues ou convalescents divisés en 4 bataillons, et 1,100 cavaliers. Le transport consistait à peu près en 4,000 chariots, dont 818 se trouvaient chargés de munitions indispensables pour la continuation du siège.

La position du colonel Laniusà Stcmberg et du général Saint-Ignon à Prerau, permettait aux Autrichiens de pousser des patrouilles jusqu'aux environs deTroppau; d'un autre côté, chaque habitant du pays leur servait d'espion, tandis que le roi ne reeevait que des rapports incertains et presque toujours contradictoires. Dès que le maréchal Daun fut informé de la marche du convoi , il ne lui restait d'autre parti à prendre que de chercher à le ruiner , en profitant de tous les avantages que ses troupes légères , la nature du pays , et les dispositions de ses habitants, lui procuraient pour une telle entreprise. Il ordonna au général Laudon de se porter par un grand détour au delà de Muglitz, de s'approcher, par les montagnes, de la route de Hof ; là de se réunir avec le détachement de Lanius , et d'y attendre le transport. D'un autre côté, le général Ziskovvitz passa la Morava, attira à lui le corps de Saint-Ignon , placé à Prerau , et marcha par 4e s bois aux environs d'AItliebe, où il dut se tenir caché jusqu'à ce qu'il trouvât l'occasion d'attaquer le eonvoi. Pendant ce temps , le général autrichien avait donné le

change au roi , en manœuvrant de manière

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TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

à lui faire croire qu'il voulait risquer une bnlaille, et que les Autrichiens devaient surprendre Prosnili ; ses troupes légères inquiétèrent souvent les hussards de Ziethen à Kostelelx. Le maréchal reconnut la position des Prussiens, et changea la sienne le 27, l'aile droite appuyée à klcnowitz, et { la gauche au delà de Dobromiclilx, paraissant vouloir gagner le flanc gauche du roi.

D'un autre côté, le général Buccow se portait à Plin contre le flanc droit, avec quelques mille hommes de troupes légères ; le poste de Tohilschau fut renforcé; mais tous ces mouvements n'avaient d'autre but que de cacher à l'ennemi la marche du général /.iskowitr, et de l'empêcher d'envoyer des troupes au-devant du convoi.

Le colonel Mosel partit de Troppau, le 26, et arriva à Bautsch avec la tète du transport. Sa marche était lente et pénible; les chemins , déjà abîmés par le passage des armées avaient été achevés par les grandes pluies, de manière qu'à chiique instant les ehariots restaient embourbés ; cet inconvénient retardait le convoi et le disséminait. Il t ut forcé de faire séjour, le 27, pour se réunir, et, malgré cette précaution, on ne put en rassembler que les deux tiers ; la queue < lail répandue sur la roule jusqu'à Troppau : cet incident décida de son sort. Le général Laudon eut le temps d'occuper Sternberg et autres postes, pour empêcher le roi d'en recevoir des nouvelles; il s'assura, par l'apparition du colonel Wcrner avec un dé- !

lâchement, que les Prussiens envoyaient des | secours, ce qui le décida à brusquer son j opération, cl à marcher sur Gundersdorf, où il arriva le 28 au matin; il occupa les hauteurs qui dominent le défilé entre Haulsch et Allliebe, où le train devait passer, jeta ses Croates et ses Hongrois dans les bois qui le bordent ; et forma sa cavalerie, à droite dans la plaine, afin d'être à cheval sur la route, et d'attaquer des deux côtés.

Mosel, qui s'était mis en marche de bonne

heure, ne tarda pas à rencontrer, avec son avant-garde , le corps de Laudon , qu'il résolut d'attaquer sur-le-champ. Quatre bataillons franchirent le défilé , et se formèrent malgré un feu d'artillerie très-vif.

L'ennemi avait établi une batterie qui enfilait le flanc droit. Les grenadiers de Billcrbeck, qui le formaient et souffraient le plus de ce feu, se jetèrent dans le bois, en expulsèrent les Croates et les Hongrois et marchant à la batterie, ils enlevèrent le poste, 1 canon et 200 prisonniers. Le régiment Jeune Kreutx et les recrues de Prince Ferdinand en firent autant de leur coté, ce qui obligea Laudon à se retirer sur Rœhrn. avec perte de 800 hommes. Le colonel Mosel, envoya l'adjudant Béville au roi pour l'informer de son succès, réorganisa son convoi, se mit en marche, et arriva à Neudœrfel où il rassembla tout ce qu'il put.

Le général Ziethen était parti d'OlinuU, le même jour, avec sa division, à laquelle il réunit 2 bataillons de grenadiers, et ensuite le corps du colonel Werner qu'il trouva encore à Gibau ; il fit sa jonction, le même soir, avec le colonel Mosel. La moitié des transports était restée en arrière, ce qui força le général à séjourner le lendemain, pour faire joindre le reste par des piquets de hussards.

Le train se remit en marche, le 30, au point du jour, sur la route de Domstœdlel, sans découvrir la moindre trace de l'ennemi ; mais à peine 120 chariots eurent-îU franchi le défilé, que les Autrichiens parurent sur les hauteurs à gauche, et dirigèrent sur son issue un feu d'artillerie très-violent, tuèrent quelques chevaux, brisèrent quelques chariots, et suspendirent ainsi la marche du transport. Le général Ziethen fit alors ranger les chariots en atant du défilé, au fur et à mesure qu'ils arrivaient, et marcha à l'ennemi avec 2 bataillons de grenadiers. L'affaire prit d'abord une tournure favorable , on avait culbuté plusieurs bataillons et enlevé du canon , lorsque les

CHAPM'HE X

«rngons saxons, qui étaient embusqués dan»

les taillis, chargèrent sur les Bancs de ces grenadiers et les ramenèrent jusqu'à la barricade de chariots.

Le général Ziskowitz dirigea tous ses efforts vers le milieu du convoi ; en même temps , Laudon forma, de son côté, une nouvelle attaque ; le combat fut très-opiniâtre ; l'escorte devant tout couvrir, était disséminée , tandis que l'ennemi attaquant en ligne serrée, pénétra sur plusieurs points t et dispersa tout le train. Quelques bataillons prussiens gagnèrent le défilé de DomsUcdtel ; mais le général Ziethen fut coupé avec le reste, et forcé de se retirer surTroppau en combattant. Le général Krokow , qui commandait l'avant-garde, gagna les ponts de la Morava avec les 250 chariots de la tête, parmi lesquels se trouvaient heureusement ceux qui étaient charges d'argent. Il amena les débris de 6 bataillons de grenadiers, le régiment Jeune Kreutz et 10 escadrons.

Les recrues de Prince Ferdinand, qui n'avaient jamais vu l'ennemi, se couvrirent de gloire : jamais les vétérans de Rome et de Sparte ne combattirent pour leur patrie, avec plus d'intrépidité que n'en déployèrent ces jeunes gens de 17 à 20 ans; de 900 qu'ils étaient , 65 seulement furent pris , quelques blessés revinrent à Troppau; les I autres, ainsi que le capitaine Pirch qui les commandait, résolus de se défendre jusqu'au dernier soupir, emportèrent au tombeau les lauriers qu'ils avaient cueillis : tous étaient couchés au poste qui leur avait été Assigné (1).

On ne peut faire aucun reproche aux troupes prussiennes ni à leurs chefs , car

(1) Je croit qu'en général on a conçu une opinion trés-fausse sur les nouveaux soldats : dans une armée où il existe un motif quelconque d'enthousiasme , un jeune soldat vaut souvent mieux qu'un autre. Il faut seulement qu'il soit homme fait, assex robuste peur supporter les fatigues, et mêlé avec

l'ennemi réunissait tous les avantages ; il t si toujours facile de prendre ou de détruire un convoi (le 3 à 1,000 chariots, dans un terrain resserré, où ils ne peuvent marcher qu'à la file. Lors même que l'escorte serait de 10,000 hommes ; répandue sur un espace de deux ou trois lieues, il «>st impossible qu'elle mette eu action plus de 3,000 combattants; dans le cas même où l'ennemi serait repoussé, il aurait l'occasion de détruire, pendant le combat, une très-grandr partie du train. Sans compter les avantages du terrain et d'une surprise, il suffit qu'il ait celui de l'offensive pour assurer son succès.

Le maréchal Daun , inquiet sur le sort d'Olmutz, dont la conservation était étroitement liée avec celle de sa réputation , manœuvra pour s'approcher de la place avec toute son armée. Il purut en deçà dt- Prosnitz avec une forte division , faisant mine de vouloir attaquer cette position , tandis que le général Buccow inquiétait les hussards de Ziethen à Kosleletz ; d'un autre côté, il faisait retrancher son camp, comme s'il eût été résolu de s'y maintenir.

Le roi, qui venait d'apprendre les premiers succès du colonel Mosel contre Laudon, crut devoir attribuer à ce revers, les dispositions défensives de Daun , qui dès lors devait s'attendre à être attaqué Mais au même instant, le maréchal ayant fait jeter plusieurs ponts sur la Morava, entre Kreinsir et Kogetin, partit de Vobromielitz dans la nuit du premier juillet , passa cette rivière, et marcha avec une telle rapidité, qu'il arriva le même soir sur les hauteurs de Gros-Teinitz, à trois quarts de lieues

d'anciens soldats qui lui donnent l'exemple. La bonté des troupes dépend du génie qui sait faire naitre ces motifs d'enthousiasme. Frédéric fit écharper sa cavalerie pour une dragonc blanche ou une dragone rouge.

TRAITÉ DES GRANDES OfÊRATIONS MILITAIRES.

d'Olmuti (1). Pour empêcher que le roi ne fût instruit de ce mouvement , il resserra tellement la chaino de ses postes qu'aucun déserteur ne pouvait la franchir. Le général Buccow tenta encore de surprendre les hussards de Zicthen dans la même nuit.

Les avant-postes prussiens annoncèrent le malin que l'ennemi avait quitte son camp, et un instant après on reçut la malheureuse nouvelle de la destruction du convoi.

Levée du eiége d'Olmuti ; marche du roi en Bohême.

La position de Frédéric était délicate ; resserré sur ses flancs par un corps nombreux, d'autant plus dangereux qu'il occupait un pays très-montagneux, où l'avantage du nombre devenait plus embarrassant qu'utile, il voyait encore devant lui une armée supérieure. Le choix de ses points de retraite se bornait à deux routes, celle de Silésie ou de Bohême.

Daun , en s'appuyant sur la droite pour soutenir les corps qui enlevèrent le convoi, avait dégarni cette dernière province : imprudence qu'il eût pu réparer en s'y portant vivement après la réussite de ce coup important, qui lui garantissait la levée du siège. Il ne le fit point, et le roi, dont la conception rapide prenait un essor proportionné aux dangers qui le menaçaient, se décida à y marcher avec son armée.

Ce projet, bien conçu , réunissait une foule d'avantages, 1° celui de vivre encore toute la campagne aux dépens de l'ennemi ; 2° de se raprocher des corps qu'il avait laissés en Saxe , contre l'armée de l'Empire ; 3° d'éloigner de la Silésie le fardeau de la guerre ; -4° de couvrir néanmoins cette province contre toutes les entreprises des Autrichiens.

(1) Une marche de huit lieues et demie en quinte heures n'est plus chose étonnante, aujourd'hui qu'on fait doute lieues dans le même espace de

Frédéric rassembla tous ses généraux au quartier général de Schmirsitx, le premier juillet, leur annonça la perte du grand convoi que l'armée attendait, et la nécessité do renoncer au siège, ajoutant : « que si les

• circonstances exigeaient d'attaquer Pen- » nemi partout où on le trouverait, il comp- » tait sur le dévouement et la bravoure si » souvent éprouvée de ses troupes; qu'il es- » pérait le culbuter, supposé même qu'il

• fallût le chercher au sommet des monta-

• gnes les plus escarpées , ou aborder son » front hérissé de batteries. »

Il donna en même temps des ordres pour lever le siège avec toutes les précautions d'usage.

Le prince Maurice se dirigea, le S juillet, avec l'avant-garde de l'armée, vers le défilé de Netztrowan et Gevicz. Le roi conduisit le reste du corps d'observation, au camp en arrière de Brzeskow.

Le maréchal Keith fut chargé de lever le siège d'Olmutz. Cette opération devait s'effectuer en présence d'une garnison brave et nombreuse, et de la grande armée de Daun poâtee à Gros-Teiniti, ce qui la rendait scabreuse ; mais le maréchal prit ses mesures avec tant de célérité et de sagesse, qu'elle réussit complètement. Les bataillons de service à la tranchée furent relevés comme à l'ordinaire, et l'artillerie fit un feu nourri de toutes les batteries jusqu'à la nuit; alors les pièces furent retirées ; et après avoir évacué les munitions, les blessés et les malades ; les grenadiers , bataillons francs et hussards se rassemblèrent au quartier général, où ils passsèrent la nuit sous les armes.

Le 2 juillet, à deux heures du matin, tous les parcs se trouvèrent réunis au nombre de 5,000 chariots, à Krenau, place de rassemblement indiquée. Le corps de siège se

temps; mats il s'agissait de faire marcher 60,IHH1 hommes ensemble , avec tout l'attirail du caropemenl.

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