CHAPITRE XII
Opérations en Saxe, Frédéric y revient; bataille de Hochkirch.
Nous avons vu dans le chapitre X, que l'année de l'Empire, réunie à un corps autrichien au camp de Saatz en Bohème, avait résolu d'y attendre le résultat des opérations de Moravie avant de former aucune entreprise. Lorsqu'elles eurent pris une tournure favorable pour la maison d'Autriche, l'armée du duc de Deux-Ponts se mit en marche pour se rapprocher de l'Elbe ; le but de ce mouvement était sans doute de seconder les opérations du maréchal Daun,
qui devait prendre la même direction avec la grande armée afin de porter le théâtre de la guerre en Saxe.
Le duc de Deux-Ponts vint donc camper le 21 à Brix et le 28 à Tœplitz, poussant des corps détachés à Reichcrabach et à Plauen.
Le prince Henri s'apercevant que les Autrichiens voulaient pénétrer en Saxe par la grande route de Gottleuben, et prévoyant que Daun seconderait leurs entreprises, résolut de se rapprocher de l'Elbe pour couvrir Dresde et Pirna. Afin de cacher son mouvement et de faire craindre à l'ennemi une invasion de la Bohème, il fil attaquer les retranchements de Pasberg ; les Autrichiens se maintinrent dans ce poste parce qu'une des colonnes d'attaque n'arriva pas. L'armée prussienne occupa, le 12 août, les positions suivantes : un régiment en garnison à Pirna et au fort de Sonenstein ; 2 bataillons aux retranchements de Kohlberg : la division Knobloch sur les hauteurs de Maxen.
Le prince Henri avec 12 bataillons, 10 escadrons au camp de Dippodiswalde : Hulsen avec une division à Hilbersdorf : celle du général Assebourg à Waldenbourg : enfin 2 bataillons à Freiberg. Ces positions disséminées qui semblaient couvrir la Saxe, n'eussent rien couvert si l'ennemi se fût présenté; mais il serait difficile de dire ce qui était plus singulier, des dispositions partielles et défensives du prince, ou des mouvements incertains et pusillanimes de ses adversaires ; ils se bornèrent à s'étendre par leur droite et à porter leurs grenadiers par Aussig à Schandau , tandis qu'ils couraient en même temps par leur gauche jusqu'au delà de Chemniti, et que leur corps de bataille venait camper entre Pcterswalde et Schonewalde. Le prince Henri changea sa position ; il s'établit le 20 à Grossedlitx avec 8 bataillons et 12 escadrons : le général Hulsen remplaça, à Maxen, le corps de Knobloch qui campa entre Maxen et Gamich.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
Après quelques petites chicanes de postes, les généraux autrichiens rassemblèrent leurs détachements et se préparèrent aux opérations plus sérieuses qui devaient avoir lieu à l'arrivée de Daun, dont l'armée était entrée en Lusace et se trouvait le 20 à Gorlitz. Le corps de Dombasle marcha à Frauenstein et Freiberg, celui de Kleefeld à Liebstadt, pour se réunir au général Haddick ; la division de Trautmansdorf , les grenadiers et la réserve , sous le général Maquire , se portèrent sur Pirna. L'armée vint camper, le 27, à Stroupen, et jeta un pont sur l'Elbe à Ober-Raden pour communiquer avec Daun qui était arrivé à Bautzcn.
Nous allons reprendre les opérations du maréchal, depuis le départ du roi de la Bohème pour marcher contre les Russes.
Cette retraite et les progrès du général Fermor, avaient donné à la guerre une tournure différente. Frédéric se trouvant réduit, au moins pour quelques temps, à des opérations défensives ; le général autrichien aurait eu un beau champ pour se distinguer, s'il se fût forme la moindre idée des avantages d'un système offensif. La supériorité ! de ses forces devait lui assurer un brillant succès; il ne s'agissait que de choisir les moyens d'exécution les plus prompts. La Silésie était bien l'objet des désirs de l'impératrice ; mais les défenses que l'art et la ' nature ont prodiguées à celte province, soutenues par l'armée du margrave Charles, auraient contenu les Autrichiens assez longtemps pour donner au roi le temps de revenir à son secours : la prise d'une pince ou deux ne pouvait d'ailleurs remplir les vues qu'on se proposait, parce que les préparatifs nécessaires pour un siège eussent conduit jusqu'à In fin de la campagne. La Saxe au contraire était le point faible des frontières prussiennes et une des principales sources où le roi [misait ses moyens
de guerre : sa conquête paraissait moins difficile, puisqu'elle dépendait de la prise de Dresde, qui n'est pas une place du premier ordre. Daun résolut d'y marcher; ce plan n'eût pas été mauvais, si au lieu d'moir pour objet des mouvements méthodiques et le siège de Dresde, il avait été combiné de manière à porter vivement la masse des deux armées de Daun et du duc de Deui- Ponts sur le faible corps du prince Henri, afin de l'accabler et de se porter ensuite contre le roi dans le cœur de ses Étal*.
Nous allons voir quel fut le résultat des calculs compassés et de la lenteur du maréchal.
Dès que Frédéric eut quitté la Bohême, Laudon marcha , le 7 août, avec une forte division , par Amau, sur la haute Lusace.
La grande armée quitta Horzinowes, le 10, campa le 17, à Zitlau, pendant que Laudon poussait jusque sur Seidenberg. Le général Ilarsch resta sur les frontières de Silésie avec un corps de 10 à 12,000 hommes; et le général Deville avec une forte division de cavalerie et de troupes légères, bloquait Neiss depuis le 4 août. Cette place pouvait être en effet plus facilement assiégée qu'aucune autre , parce que les Autrichiens tiraient d'Olmutztout ce qui était nécessaire à une telle entreprise.
Le margrave Charles instruit, le 10, des mouvements de l'armée de Daun, détacha le général Putkamer, pour observer l'ennemi.
Craignant ensuite que les Autrichiens ne portassent un corps considérable sur la Marche, il fit aussi partir le général 7Àethen, pour Lowenberg, où il s'établit derrière le Bobcr, près de Plachwitz : ce dernier porta alors le détachement de Putkamer à Greifenberg. 11 parait que le margrave considéra d'abord les mouvements de l'ennemi comme une ruse ; il pensa que Daun voulait lui faire abandonner sa position afin de pénétrer alors en Silésie par Landshut et de le couper de Schweidnitz, où il se fortifiait avec soin ; mais dès qu'il apprit l'arrivée du