CHAPITRE XII
général autrichien à Zittau, il résolut de prendre un nouveau camp intermédiaire , snrles frontières de Saxe et de Silésie, pour couvrir ces deux provinces. Afin de faciliter m marche il envoya d'avance à Lowenberg, sous escorte, les gros bagages, l'artillerie et le train. Le général Fouquet quitta le camp de Halbstadt, et vint occuper celui de Grosso w.
Le 20, l'armée prussienne partit de Landshut, sur deux colonnes, et campa à Fischbach; les chemins étaient si difficiles que la deuxième colonne n'arriva que le lendemain. Le margrave marcha, le 22, à Oberlangenau, et le 23, à Lowenberg; où il occupa le» hauteurs en arrière du Bober.
Le général Fouquet, après le départ de l'armée, prit la bonne position de Landshut, où il resta fort tranquille jusqu'au -4 novembre; son corps était composé de 11 bataillons et 10 escadrons.
Snr ces entrefaites, Daun avait marché de iittau à Gorlitz, où il s'établit le 20 août, afin de couvrir la diversion que Laudon devait faire en faveur des Russes, en pénétrant dans la Marche. Ce dernier partit en effet de Seidenberg, et se trouvait à Peitz, le 25. Dès que le général Ziethen ent avis de ce mouvement, il se porta, le 23, de Lowenberg à Buntzlau, où il fut forcé de st-journcr ponr attendre ses vivres, ce qui permit à Laudon de pousser des partis jusque sur Francfort ; mais le général Ziethen se remit en route, le 28, par Sagan et Naumbourg, et arriva, le 81, à Liberose, position qui couvrait entièrement la Marche.
Pendant ce temps, Daun songeait à exécuter son plan principal ; il voulait passer IT.lbe à Mcissen, afin de couper les communications de Dresde, Leipsig et autres places occupées par les Prussiens , et d'attaquer ensuite le prince Henri à revers, tandis que l'armée des cercles l'attaquerait de front. A
cet effet, il laissa le prince de Donrlach à Schonbcrg avec 27 bataillons et 9 régiments de cavalerie pour couvrir la Lusace, la Bohême et les magasins de Zittau; la grande armée partit, le 26, de Gorlitz, et arriva, le 1" septembre, à Jiieder-Rodern, où elle fit séjour. Daun reçut ici plusieurs nouvelles qui dérangèrent son plan ; Laudon lui annonçait que son coup sur la Marche était déjoué par la position de Ziethen, et que les Russes devaient avoir été battus ; le prince de Dourlach le prévenait que l'armée du margrave Charles se dirigeait le long du Bober sur Sagan ; et le duc de Deux-Ponts, qui commandait l'armée des cercles , lui apprenait que le prince Henri s'était posté à Garaich , de manière qu'en passant l'Elbe à Meissen, on ne pourrait plus l'attaquer de concert avec cette armée.
En effet, le prince, dont la situation était extrêmement délicate , jugea qu'il courrait des dangers en restant à portée de canon du camp de Stroupen, et si Daun, se portant sur ses derrières, l'obligeait à une retraite précipitée pour gagner Dresde; il savait combien ces sortes d'opérations sont désastreuses, lorsqu'on a une année nombreuse sur les talons, et une plus nombreuse encore devant soi. En conséquence, le prince avait quitté le camp de Grossedlitz dans la nuit du 31 août, et pris position sur les hauteurs de Gamieh, derrière la Muglitz. Pour mieux cacher son mouvement , il s'était entretenu jusqu'après la retraite avec le général Mitrousky, qu'il renvoyait sur parole, et l'avait laissé passer librement à travers tous les postes, pour lui persuader que les Prussiens ne songeaient point à quitter leur position ; mais dès qu'il eut atteint les vedettes ennemies , l'année se mit en marche sur deux colonnes dans le plus grand silence; les grand'gardcs et vedettes restèrent à leurs postes jusqu'à ce que les colonnes eussent fait une partie de la route ; alors elles commencèrent à se retirer ; il était deux heures du matin ; lea hussards conservèrent une
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
petite chaîne de postes qui furent sur le quivive jusqu'à quatre heures.
Aussitôt que le prince Henri eut fait ce mouvement, le duc de Deux-Ponts fit investir le fort de Sonnenstein : le colonel Grappe le rendit sans résistance, avec 1,442 hommes qui furent prisonniers; après cette opération, l'armée des cercles occupa le fameux camp des Saxons à Pirna.
Le maréchal Daun, convaincu que son premier projet n'était plus exécutable, envoya le général Lascy, le 3 septembre, auprès de l'armée des cercles, afin de reconnaître la position des Prussiens , et de combiner de nouvelles opérations avec le duc de Deux-Ponts ; le général Laudon fut porté à Hoyerswerda pour couvrir la communication avec le corps de Dourlach qui .s'établit à Lœbau ; le général Wehlau fut détaché à Gorlitz pour couvrir la Lusace.
Le 9, Daun se transporta à Lobmen, en vue de donner au duc de Deux-Ponts les instructions nécessaires pour l'attaque qu'il méditait sur le camp du prince Henri ; l'armée des cercles devait former cette attaque de front le 10, tandis que celle des Autrichiens passerait l'Elbe entre Pirna et Dresde, prendrait à revers la position des Prussiens, et les couperait de Dresde. Le duc de Deux- Ponts, pénétré de la grandeur de ce projet, et voulant y concourir de tout son pouvoir, demanda le temps de s'y préparer, et de différer l'attaque jusqu'à la nuit du 10 au 11.
Tout était prêt, lorsque le bruit de l'arrivée de Frédéric déjoua ces combinaisons : le roi vient y faisait sur Daun l'effet de la tète de Méduse ; il se hâta de mander au duc , dans la même nuit , que l'attaque n'aurait pas lieu. Tempelhof pense, au reste, que ce projet, qui a été attribué à Daun par les écrivains de son parti, n'a jamais existé que dans leur imagination. Quoi qu'il en soit, le génie, l'activité et la vigueur du roi y avaient pourvu, et il ne resta à ce général, pour dédommagement, que de voir les entreprises de ses lieutenants sur la Silésie, favorisées
par la réunion des troupes prussiennes m
Saxe.
Frédéric partit de Custrin le S septembre, et après avoir fait quarante-quatre lieues en six jours, il était arrivé à Gros-Dobriti. Le général Ziethen le suivit sur son flanc droit, et se réunit, le 0, à l'armée, ainsi que te margrave Charles, qui, ayant quitté, le 18 août, le camp de Lowenberg, par ordre du roi, avait poussé devant lui le corps de Laudon : celui-ci se posta sur les hauteurs de Radeberg , derrière la Rœder, où il hit observé, le 10, par la brigade du général Putkamer. L'armée se trouva réunie, le 11, au camp de Reichenberg ; le roi *e rendit à Dresde, pour conférer avec le prince Henri , qui conservait sa position de Gamich.
Tant de forces en présence, annonçait de* événements importants et des actions sanglantes ; cependant il semble que l'intéréi de Daun lui commandât de ne rien entreprendre, et de se borner à conserver sa position de Stolpen, pour forcer le roi à rester en Saxe, et favoriser les entreprises que le général Harsch faisait sur la Silésie. Cctir position le rendait effectivement maître de toutes les routes qui conduisent de Dresde en Silésie ; et, quel que fût le chemin que le roi eût pris pour s'y rendre, Daun pouvait toujours arriver avant lui à Baulzen, à Lœbau, à Reichenberg, à Gorlitz et à Lauban, el partout, prendre un poste où il eût éle presque impossible de l'attaquer avec espoir de succès. D'un autre côté, il importait à Frédéric d'avoir ses communications libres avec la Silésie, afin de s'y porter, si les opérations y prenaient une tournure sérieuse, et d'occuper une position qui empêchât le maréchal de remporter un succès majeur sur le prince Henri en Saxe. \je résultat de cette campagne déjà avancée, dépendait donc de la première faute qui serait commise, et le roi avait besoin de toutes les ressources de son génie pour s'en tirer glorieusement, et faire abandonner à Daun un