CHAPITRE XII
iv sterne réellement favorable à ses opération* actuelles.
Le camp des Autrichiens à Stolpen, à l'abri de toute insuite était un des plus forts de la Saxe ; le front et le flanc droit étaient couverts par les rives marécageuses de la YVesnitz, dont l'encaissement est très-escarpé; le fort de Stolpen couvrait la gauche, «levant laquelle coulait également un ruisseau fort encaissé. Tous les chemins qui conduisaient à ce camp , traversaient des dehiés profonds, flanques par les hauteurs opposées, ou par les forêts touffues qui parsemaient le front; l'armée elle-même occupait des hauteurs presque inaccessibles. Le corps de Laudon , campé à Radeberg, augmentait la difficulté d'en approcher de front. Le corps du prince de Dourbch, qui s'était porté de Willen à Lœbau, couvrait Ziltau, et une chaîne de troupes légères communiquait avec l'armée des cercles, par un pont jeté sur l'Elbe près de Pirna. Le roi se décida donc à manœuvrer sur le flanc de Daun, et à inquiéter ses communications avec les grands magasins de Ziltau ; mais comme il ne pouvait menacer l'extrême droite par Grossenhayn, sans s'exposer à être coupé lui-même de Dresde, d'où il tirait ses munitions, il résolut d'opérer sur la gauche de l'ennemi, par la route directe de Bautzen ; par ce moyen, il conservait toujours la facilité de soutenir le prince Henri, au besoin. A cet effet, il importait de déloger Laudon de Radeherg, parce qu'il aurait pu se porter sur le flanc, et même sur les derrières de l'armée. Le général Retzow fut chargé de ce soin, avec M bataillons et 15 escadrons, renforcés par la brigade du général Putkamer. Ces troupes passèrent la nuit du 12, sous les armes, près de Langenbruck. Le 13, l'année partit de Reicbenberg, et fut camper à Schwnfcld *ur quatre lignes. Deux ponts furent jetés sur l'Elbe , à Pilsnilz, pour communiquer directement avec l'armée du prince Henri.
Le général Retxow , qui avait bivouaqué
avec sa division , fit dresser son camp dans la matinée, et reconnut l'ennemi. Mais Daun ayant ordonné aux généraux Laudon et prince de Dourlacb , de se rapprocher do Tannée ; le premier campa à Arensdorf , et le second à Putzka, pour couvrir la droite ; les grenadiers et carabiniers se rapprochèrent de Lohmen sur la gauche ; la réservo se plaça, pour les soutenir, près de Slarza , et 5 régiments de hussards campèrent sur les hauteurs de Dure-Rohrsdorf , sous les ordres du général Esterhazy, à dessein de couvrir te flanc gauche et les communications avec l'armée des cercles. Le général Wehla était à Bautzen, d'où il poussait des patrouilles sur Camenz et Elster. Le pont de Pirna fut transféré à Ober-Radcn.
Le U, le général Retzow se porta à Radeberg, où il fut encore renforcé par 10 escadrons. La nouvelle position de Laudon, quoique plus reculée, fermait néanmoins la route de Bautzen ; le roi résolut de l'ouvrir l'épée à la main , et de livrer , à cet effet, un bataille générale, si Daun voulait le soutenir. En conséquence, le général Retzow se rapprocha , le 13, de l'ennemi ; le 16 , tout se mit en mouvement pour l'attaque ; Laudon avait été renforcé de îî régiments; mais malgré cela, ce général, aussi prudent que brave, se retira promptement sur l'armée, avec perte de 369 Croates, faits prisonniers. Le maréchal ne parut point disposé à risquer la bataille, et resta spectateur de cet événement. Le général Retzow , auquel s'étaient joints quelques renforts, prit poste à Arensdorf, avec 23 bataillons et 40 escadrons.
Pendant ce temps, l'armée des cercles restait également tranquille dans son camp de Pirna. Le roi détacha le général Wedel avec 8 bataillons contre les Suédois.
Frédéric , jugeant impossible d'engager Daun à une bataille, crut devoir faire reposer ses troupes qui, depuis le mois de juillet, avaient marché de Moravie en Bohème, de Bohême en Silésie , de là au fond de ia
Marche contre les Russes , enfin en Saxe , et qui vraisemblablement allaient encore retourner en Silésie.
Deux mois s'étaient écoulés , sans que les Autrichiens eussent rien entrepris contre «•rite province; et, malgré leur grande supériorité, ils avaient laissé le général Fouquel dans sa position de Landshut; Neiss « lait toujours bloqué, mais les préparatifs du siège peu avancés. Le roi, calculant combien de marches il lui fallait pour arri- \er à son secours, ne se pressait point, et laissait Daun dans la persuasion que rien ne s'opposerait à la réussite de son plan ; en attendant, il manœuvrait contre Zittau, dans le but de faire évacuer la Saxe par les Autrichiens, et de gagner la route de Bautzen.
Le 26 septembre , le roi vint camper à llamenau , près de Bischoftswerda. La u don avait été posté , le jour précédent, non loin de cette dernière ville, et le prince de Dourlach , à Witten , pour garder la route de Lœbau. Frédéric reconnut le camp de Laudon, le 27 , et donna ses ordres pour l'attaquer le lendemain ; mais cet habile général pénétrant les desseins du roi s'était retiré dès quatre heures du matin. Le même jour 28, le prince de Dourlach se porta à Lœbau, le général Retzow marcha avec 14 bataillons et 30 escadrons sur Bautzen , où il arriva le lendemain : le roi aurait pu le suivre , avec toute l'armée , couper Daun de Zittau, et le forcer à combattre ou à se retirer en Bohème; mais le défaut de vivres l'obligea d'attendre plusieurs jours pour en rerevoir de Dresde. Le maréchal crut alors qu'il était temps de quitter Stolpen.
Le 1" octobre, le général Wehla se retira «le Weissenberg à Hohenkirch ; le général lteltow marcha aussitôt à Weissenberg, avec 0 bataillons et 15 escadrons; le reste de son corps campa à BauUen, sous le prince de Wurtemberg.
Daun attira encore à lui 5 bataillons et les cuirassiers de Portugal, qui faisaient
ERATIONS MILITAIRES.
partie du corps autrichien réuni à l'armé* des cercles. Le -4, il assembla un conseil de guerre, auquel le duc de Deux-Ponts assista, et où il fut résolu de quitter le camp de Stolpen, pour en prendre un autre près de Lœbau. A celte fin , le duc d'Ursel partit, le o, avec l'aile gauche de la seconde ligne, pour occuper les hauteurs de Tautewalde ; le reste de l'armée se mit en mouvement après midi, et campa à krusta ; le ducd'Aremberg forma l'arrière-garde avec le corps de Laudon, la réserve, et les hussards aux ordres du général Esterhar.y. Le roi, instruit par les déserteurs du départ de Daun , fit poursuivre l'arrière-garde, qui repoussa les Prussiens avec perte de -400 hommes.
Dans la nuit du 6 au 7 , le général autrichien Wehla occupa le Stromberg, hauteur très-élevée, qui domine tous les environs; le général Retzow , au lieu de la garder en forces, n'y avait placé qu'un poste de cavalerie qui se retirait pendant la nuit. L'armée ennemie se mit en marche le 7, et campa à Kittlitz, la droite en arrière de Stromberg, la gauche derrière les hauteurs boisées de Hohenkirch. Les grenadiers et carabiniers campèrent à la gauche ; le général Laudon, qui couvrait le mouvement, se posta entre klein-Postewitz et Schirgiswalde, pour observer le roi ; le prince de Dourlach passa la rivière de Lœbau , et prit poste à Uoseuhayn.
Le roi se porta à Bautzen, d'où le prince de Wurtemberg partit pour rejoindre le gênerai Retzow; celui-ci s'établit alors entre Weissenberg et krischau. Lorsque le convoi de vivres fut arrivé de Dresde à Bautzen, le 10, le roi en partit avec l'année et marcha sur quatre colonnes à Hohenkirch. Ce mouvement avait été décidé sur la nouvelle
que les ennemis se retiraient en arrière de Lœbau ; mais lorsque l'avant-garde arriva à Hohenkirch, et que le brouillard fut un peu dissipé, on les trouva en bataille devant le front «le leur camp de kittlitz ; cela n'einpëoha pas le roi de s'établir en leur présente.
quoique leur artillerie bannies campements.
Us troupes y furent disposée» dans l'ordre de bataille indiqué au plan.
Les bataillons francs étaient détachés dans kt taillis au pied de la montagne , à une certaine distance de l'aile droite. (Plan 18, «" 1, 2, 3. ) Les hussards dcZiethen et dragon* de Normann se trouvaient disposés |*ur les soutenir; 3 bataillons de grenadiers forninientle flanc droit en potence, en avant de Hohenkirch ; ce village était gardé par les régiments Margrave Charles et Geist. La ligne coupée par A régiments de cuirassiers, placés au centre, suivait de là par Rodewitz ou elle formait un angle rentrant jusqu'auprès de Lauske ; la seconde ligne était vers Porocritz ; le corps de Retzow , à Weissenl'erg, toujours fort de 1-4 bataillons et 30 i >cadrons , outre le camp qu'il occupait, gardait cette petite ville par un bataillon de grenadiers, et le village de Krisehau par 3 bataillons. Le prince de Hesse-Cassel était resté avec une division à Bautzen pour courir la boulangerie.
Le camp des Autrichiens en avant de kildilz, naturellement très-fort, avait encore ' avantage de dominer entièrement celui du roi; la droite était derrière Nostitz, la gau- • lie en arrière de Lehna et des montagnes boisées vis-à-vis de Hohenkirch ; le revers de ces hauteurs, du côté du camp prussien, « lait gardé par les Croates et les hussards du corps de Laudon, ainsi que les villages de Wuischka , Rachlau et Meschwitz ; le Siromberg se trouvait occupé par S bataillon» de grenadiers avec une nombreuse artillerie ; le général Estcrhazy posté à Nostitz •'»ec ses hussards, faisait front vers le corps <Je Retzow ; tous les villages et les bois de- ^nt le front étaient garnis de troupes légères, et \fi comte de Brown se jeta dans le
(1) J'ai dcj.i fait observer, dans le chapitre X, que ctttc idée me parait peu fondée; si Frédéric avait un plut >;r«nd nombre de bataillons , il aurait b.ra su en employer quelques-uns pour former de»
E Xll. 181
village de Glaussen avec 4 bataillons de grenadiers.
Frédéric fut très-mécontent que le général Retzow eût négligé d'occuper le Stromberg : et en effet ce petit incident devint cause des événements importants dont nous allons rendre compte, car Daun n'aurait pas campé dans la position où il se trouvait, si le Stromberg, qui dominait toute sa ligne , depuis le flanc droit jusqu'à l'extrême gauche , eût été fortement gardé par les Prussiens. Le roi ordonna d'attaquer cette hauteur dans la nuit du 10 au 1 1 ; mais comme elle pouvait alors être soutenue par toute l'armée autrichienne, cet ordre fut révoque, et le général Retzow rais aux arrêts.
Bataille de Hohenkirch.
Jamais deux armées ne campèrent plus près qu'à Hohenkirch , avec autant d'avantage d'un côté et de circonstances défavorables de l'autre. Daun qui avait vu déjouer tous ses projets, et qui se voyait sur le point d'être rejeté en Bohême, malgré la supériorité de ses forces , sentant enfin qu'il fallait agir avec plus de vigueur, résolut d'attaquer le roi, puisque d'ailleurs les succès récemment obtenus par Laudon et Lascy, lui faisaient penser qu'il était facile de surprendre les Prussiens.
Tcmpelhof, toujours persuadé que l'infanterie légère est une troupe d'une nature toute différente que les autres, pense que le grand nombre qu'en avaient les Autrichiens leur donnait beaucoup d'avantage pour une telle entreprise (1). Us en eurent encore un plus grand dans cette occasion, parce que l'aile droite de l'armée prussienne fut inquiétée pendant plusieurs jours par le tiraillement des Croates, qui sortaient régulièrechaînes de postes en opposition aux postes ennemi» ; un fa nia > m ii est toujours propre ù ce service ; le nom de corps franc ne constitue pas l'infanterie légère.
ma
TRAITÉ DKS GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
ment du taillis vers les quatre à cinq heures «lu matin : le soldat , habitué à ces événements , finit par n'y faire aucune attention (1). 11 était donc très-possible de changer un jour une de ces pandouraies en bataille décisive.
Inaccessibles à la crainte, les grands hommes sont ordinairement calmes au milieu du danger : Alexandre et Condé, la veille des batailles d'Arbelles et de Rocroi, dormaient si profondément, qu'il fallut les éveiller pour combattre. Un sentiment intérieur} de leur force, de leur supériorité, et la confiance qu'ils ont dans la fortune et leur génie, sont souvent cause qu'ils se mettent peu en garde contre de petits incidents qui dérouteraient une tête plus faiblement organisée ; ils cherchent moins à éviter les écueils, qu'à les braver et à les hurmonter ; ils veulent commander aux événements et non les éviter; ils commettent des fautes, les réparent, en font de nouvelles et les effacent alors par de grandes aetions. I.e roi connaissait le côte faible de sa position, mais le danger ne lui parut pas assez grand pour se retirer devant l'ennemi; il avait l'intention néanmoins d'en prendre une autre, aussitôt qu'il aurait reçu des livres, et détacha, le 13, la brigade Lattorf a Bautzen avec tous les caissons. Ce général iivait ordre de revenir par Burschwitz à YVeissenberg ; le général Kannaker marcha a Dresde avec 3 bataillons et 200 hussards, pour y charger de la farine. Le roi se proposait de quitter sa position par un mouvement de nuit, de passer la Lwbau à Graditz, <ie repousser le prince de Dourlnch, et de c.imper à Sehœps sur le flanc droit des Autrichiens. Dans ce dessein, il se transporta à Wcissenberg, sous escorte de 2 bataillons, pour reconnaître le terrain et la position du prince; enfin il fixa la nuit du 14 au 15
(1 ) Cette assertion paraîtra juste, sans doute, si on observe c|ite, depuis le commencement de In guerre, le roi n'avait jamais pie attaqué par Ips Autrichien» ;
pour exécuter cette entreprise. Ainsi le résultat de toute la campagne et le sort de 10,000 braves, dépendit de la différendd'un jour.
Daun, en effet, continuait ses préparatifs de défense, et fit construire encore, le U.
une nouvelle batterie devant son centre.
Tous ces mouvements étaient connus; on les considérait comme préparatifs d'une marche rétrograde. Mais aussitôt, après le coucher du soleil, l'armée autrichienne <e mit en mouvement sur plusieurs colonne, qui, à la faveur de la nuit, arrivèrent aut postes qui leur étaient assignés : ondetachi quelques hommes de chaque bataillon pour entretenir les feux du camp ; 1rs tentes restèrent dressées jusqu'au point du jour, et furent conduites alors avec les bagages, sur les hauteurs de Hcrrenhout. La principe attaque fut dirigée sur le flanc droit de l'armée prussienne. Comme les troupes légères de Laudon se trouvaient établies sur ce flanc et même sur les derrières, on pouvait s'en promettre un heureux résultat. Le maréchal Daun fit les dispositions suivantes : Le corps du général Laudon fut d'abord renforce par 4 bataillons, 15 escadrons et toute la cavalerie de l'aile gauche, excepté les 16 escadrons de grenadiers à cheval détaches de l'avant-garde. Ce renfort marcha derrière les hauteurs par llalben et Dahle, et se réunit à Laudon qui prit position à SoriU derrière le ravin de Steindorfel. L'aile gauchi de l'armée impériale marcha sur trois colonnes pour suivre le corps de Laudon.
La première, avant-garde, sous le général Odonell, était de 4 bataillons et 36 escadrons de grosse cavalerie.
La deuxième, sous le général Sincère, de 12 bataillons de fusiliers, 4 de grenadiers.
La troisième, sous le général Porgatsch, de la même force.
il en derait résulter une eonftance poussée j«nqu» l'aveuglement.
CHAPITRK \U.
Ces colonnes passèrent la montagne par le* routes qu'on avait pratiquées dans le bois, et se formèrent auprès de cette montagne, entre W uischka et Sornzig, vis-à-vis du flanc droit des Prussiens. Ce mouvement, eiécuté dans le glus grand silence, malgré l'obscurité, fait honneur aux généraux et aux officiers qui le dirigeaient : pour le favoriser, on avait employé pendant la nuit un grand nombre d'ouvriers, à construire des abatis dans la forêt, et il leur fut enjoint de faire un grand bruit entre eux. outre celui que produisait naturellement la chute des arbres qu'ils coupaient.
L'aile droite de l'armée autrichienne, *ous les ordres du duc d'Aremberg, marcha sur deux colonnes. La quatrième, aux ordres du duc d'Aremberg était de 14 bataillons dont deux de grenadiers. La cinquième , commandée par le général Buccow, comptait 10 bataillons et 32 escadrons.
La quatrième colonne et la cavalerie de la cinquième, se formèrent derrière Rodilz, la gauche au Stromberg et la droite à Weiehe, l'infanterie de la dernière colonne se plaça entre Serka et Tschorna. Ce corps était destiné à attaquer l'aile gauche du roi, lorsque sa droite serait batlue, et à l'empêcher, dans tous les cas, de porter du secours à celle-ci. Le général Colloredo s'avança derrière Kolwesa avec 8 bataillons et 5 escadrons, pour inquiéter le centre des Prussiens. Le généra] Okelly gardait le Stromberg et Glosen. avec 6 bataillons ; le général Wiese avec 600 fusiliers détachés et 10 escadrons, était au défilé de Ploctzen pour couvrir le flanc droit des attaques de la gauche. Enfin le prince de Dourlach devait attaquer le corps de Retzow à Weissenberg.
Tous ces corps arrivèrent à leurs postes pendant la nuit, sans qu'on s'en aperçût.
Le 15 octobre, à cinq heures du matin, on entendit quelques coups de fusil du côté des bataillons francs dans les buissons en avant du flanc, et l'on n'y fit pas plus atten-
tion qu'à l'ordinaire; mais le feu s'etant prolongé, les 3 bataillons de grenadiers Direngshofen, Benkendorf et Platow s'élancèrent de leurs tentes à moitié habillés, et marchèrent du côté de l'ennemi, malgré un brouillard épais qui couvrait l'horizon et empêchait de rien distinguer. A peine étaient-ils formés qu'ils se trouvèrent enveloppés et forcés de se faire jour l'épée à la main, ce qu'ils exécutèrent avec intrépidité quoique le plus grand nombre y fût tué ou blessé ; le bataillon de Benkendorf fut surtout maltraité par les escadrons du corps de Laudon, qui le chargèrent dans sa retraite.
Alors toutes les troupes se rangèrent en bataille. Le régiment de Forcade, placé en deuxième ligne en arrière de Hohcnkirch, avança le premier au soutien des grenadiers, culbuta tout ce qui se trouvait devant lui , et rejeta quelques bataillons jusque dans les taillis où les bataillons francs étaient postés au commencement ; mais il se vit bientôt entouré comme les grenadiers, et il aperçut, sur ses derrières, les dragons de Lowcnstein prêts à le charger, ce qui le força à revenir promptement en arrière d'Hohenkirch. Les hussards de Âiethen et les dragons deZetleritz, furent surpris, malgré toutes les précautions qu'ils avaient prises, et néanmoins ils parvinrent à se retirer en bon ordre pour attendre le jour.
L'aile gauche de l'ennemi, conduite par le maréchal Daun, avait ainsi gagné les hauteurs de Hohenkirch, et le corps de Laudon celles de Steindorfel sur les derrières du roi. Le maréchal fit arrêter ses troupes pour les remettre un peu en ordre et se réunir à Laudon, afin de poursuivre plus vigoureusement ce premier avantage. Les Autrichiens se portèrent alors sur la batterie de 10 pièces de 12, défendue par le premier bataillon de Margrave Charles ; ce bataillon fut entouré, et forcé, après une résistance opiniâtre, d'abandonner son poste et la batterie.
Le jour commençait à paraître , mais le
brouillard ne permettait pas de reconnaître la force de l'ennemi, ni ses dispositions. Le roi était monté à cheval à la première alerte, et se trouvait avec le régiment de Wedel, lorsqu'on lui annonça la défaite des grenadiers et l'enlèvement de la batterie ; il ordonna de suite au prince François de Brunswick, de marcher par sa droite avec sa brigade, et de chasser l'ennemi des hauteurs.
Sur ces entrefaites, le deuxième bataillon de Margrave Charles s'était jeté dans le cimetière de Hohenkirch, le premier de Geist dans les jardins, et le second, en longeant le village à gauche, attaquait la batterie avec la plus grande impétuosité ; cependant l'ennemi considérablement renforcé, rendit ires efforts inutiles. Le maréchal Keith qui arriva au même instant, se mit à la tète du régiment de Kannakcr et de tout ce qu'on put réunir des bataillons qui avaient déjà donné, et marcha à l'ennemi à gauche du village. Ce mouvement eut d'abord un résultat heureux ; il fut culbuté et poursuivi jusque sur la hauteur où les ± bataillons de grenadiers avaient été postés ; mais le régiment fut bientôt entouré et forcé de se faire jour avec la baïonnette, au travers des grenadiers autrichiens. Le maréchal Keith criblé de balles resta près du village. Les hussards de Ziethen et dragons de Zetteriu, qui se trouvaient à droite de Hohenkirch , soutenus des cuirassiers de Schoeneich, et dragons de Normann , chargèrent alors sur les grenadiers autrichiens, et en firent un grand carnage ; les cuirassiers de Schoeneich se distinguèrent particulièrement, et culbutèrent, malgré un feu meurtrier, une ligne d'infanterie que l'ennemi avait formée : la cavalerie fît 800 prisonniers , et plus de 1,000 hommes désertèrent. Cependant tous ces efforts partiels ne pouvaient produire de résultat, car l'ennemi ayant entièrement gagné les derrières, il arrivait sans cesse de Steindorfel de nouveaux régiments de cavalerie, qui, au moment on les Prussiens
FRATIONS MILITAIRES.
étaient engagés, les chargeaient en fiW«t à revers, et les forçaient d'abandonner leurs avantages.
Le combat devenait de plus en plus meurtrier; les forces des Autrichiens «'étant beaucoup augmentées sur les hauteurs, iU dirigèrent tous leurs efforts sur Hohenkirch, dont la prise devait décider du succès de cette journée : le feu prit au village, et le* troupes postées dans les jardins, furent forcées de se retirer. Malgré cela , le second bataillon de Margrave Charles, qui occupait le cimetière, s'y défendait en désespérë.
Daun, voulant, à tout prix, emporter ce poste, y fit marcher successivement "t régiments pour soutenir ses grenadiers presque détruits. Lorsque le second batuiilon <lc Margrave Charles eut épuisé toutes ses cartouches, le major Lange, qui le commandait , conçut encore le projet hardi de « faire jour pour rejoindre l'armée; la mêlée fut terrible, enfin une partie de la garnison du cimetière parvint à percer, mais le plu* grand nombre fut tué avec ce brave officier. L'ennemi resta ainsi inaitre de Hohenkirch.
Onxe bataillons et 25 escadrons de l'armée du roi se trouvaient seulement engagés, quand la brigade du prince François arriva enfin, ayant à sa tête le margrave Charité, le prince Maurice et le prince François de Brunswick. Le régiment Prince de Prusse avança à droite de Hohenkirch; celui de Ilzcnplitz se porta sur le village, le margrave Charles le soutint avec le régiment de Kannaker, qui s'était reformé; le prince Maurice se mit à la tête de Forcade, et le mena à l'ennemi. Cet effort vigoureux eut d'abord un très-bon résultat ; le village fut emporté, et l'ennemi chassé jusque sur les hauteurs. Les gendarmes, les hussards de Ziethen et les dragons de Normann, chargèrent de nouveau l'infanterie, tandis que les cuirassiers gardes du corps, carabiniers et Bredow, repoussaient la cavalerie autrichienne. Mais Dauu avait déjà obtenu trop