CHAPITRE Ml
M'avantages ; lorsque quelques-uns de ses régiments étaient enfoncés, il s'en trouvait d'autres sur les flancs et les derrières des Prussiens ; la cavalerie du roi fut donc de nouveau repoussée, et ne put empêcher celle des Autrichiens de charger sur les régiments Prince de Prusse et Itzenplitz ; Hohenkirch fut évacué, le prince François tué, et le prince Maurice blessé mortellement de deux coups de feu, qu'il reçut en galopant dans l'obscurité devant la ligne ennemie.
Dans cet instant, le roi se mettait lui-même à la tète des régiments YVedel, Retzow, Bornstedt, et du second bataillon des gardes. Ces braves corps firent des efforts incroyables pour arracher la victoire aux Autrichiens; ils pénétrèrent ensuite à droite de Hohenkirch , contre les hauteurs où le flanc droit avait été campé, et repoussèrent l'ennemi. Peut-être l'attaque serait-elle devenue décisive, si à l'instant où ils chargeaient , ils n'eussent été de nouveau pris en flanc et à revers par une nombreuse cavalerie.
Enfin le brouillard se dissipa, et l'on put reconnaître la position des Autrichiens en deçà de Hohenkirch. Leurs généraux reformaient sur plusieurs lignes, entre le village et Steindorfel , l'infanterie qui rôdait en groupes. Le roi était partout, rassemblait les bataillons repoussés, et les rangeait en bataille (bb). Le troisième bataillon des gardes , conduit par le major Mocllendorf reçut ordre d'occuper les hauteurs de Dresa, qui dominent tous les environs entre Belgern et Klein-Bautzen ; il y arriva une demi-heure avant que les Autrichiens eussent repris Hohenkirch, et il était temps; car une colonne d'infanlerie, venant de Steindorfel par Waditz, gagnait au même instant le pied de ces hauteurs, pour couper à l'armée , par le défilé de Dresa , la seule retraite qui lui restât, depuis que le défilé de Steindorfel était au pouvoir de Daun. Le major Mocllendorf fit de si sages dispositions, et sut tirer un si bon parti de son
artillerie, que les Autrichiens renoncèrent à cette entreprise, et le poste fut conservé.
Pendant que ceci se passait , le général Saldern se postait avec sa brigade sur les hauteurs, entre Rodewitz etPommeritz. Les grenadiers de Pivver se placèrent sur celle de Kupritz, et ceux de Mantcufel sur les hauteurs de Kiethen ; ils empêchèrent la colonne du général Colloredo, de déboucher du ravin situé entre Kupritz et Plolzen. Les troupes battues eurent ainsi le temps do se rallier, et le roi forma, avec son infanterie, une nouvelle ligne, qui s'étendit depuis Dresa, en arrière de Porameritz, jusque sur les hauteurs de Kupritz : une partie de la cavalerie était en seconde ligne ; le reste sous les ordres du général Scidlitz. se posta dans la plaine de Belgern pour repousser celle des Autrichiens , qui faisait mine de vouloir hasarder une nouvelle attaque. Le roi fit faire un feu violent d'artillerie dans cette position, où il attendit l'arrivée du corps de Retzow.
Les avantages que le maréchal Daun avait remportés jusqu'alors, devaient être attribués à la surprise, et au brouillard épais qui la favorisa ; mais actuellement il voyait devant lui une armée en bon ordre, qui l'attendait de sang-froid , et paraissait résolue à lui arracher la victoire : il jugea prudent de ne pas pousser ses succès plus loin, et arrêta son armée, la droite à Hohenkirch , et la gauche en arrière de Steindorfel; la cavalerie se forma à gauche, dans la plaine, entre ce dernier village et Jenkwitz, pour inquiéter la retraite du roi. Ce fut dans cette position que le maréchal attendit le résultat des attaques du duc d'Aremberg sur l'aile gauche des Prussiens, et du prince deDourlach sur le corps de Retzow dont il convient de reprendre les mouvements.
L'evtrème gauche de Frédéric se composait de 5 bataillons de grenadiers et de la moitié du bataillon Unrouhe; le reste de ce dernier et celui de Kleist étaient au delà du
défilé, et si éloignés , qu'ils pouvaient être
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
facilement enlevés. Lorsque S .1 Idem eut tiré de cette aile le régiment de Vieux-Brunswick pour le porter sur les hauteurs de Pommeritz, les grenadiers de Rathenow traversèrent Rodewitz, et se placèrent sur les hauteurs près de ce village ; le bataillon de Heyden couvrit le défilé ; Wangenheim occupa la batterie de 22 pièces en avant de son front ; le reste des troupes resta dans la ligne déjà indiquée.
Telle était la position de l'aile gauche, lorsque le duc d'Aremberg l'attaqua ; le maréchal Daun, en lui communiquant ses dispositions, lui avait ordonné de ne rien entreprendre avant que l'aile droite des Prussiens ne fût battue; alors il devait porter le dernier coup à l'armée du roi ; et, pour assurer le succès de cette entreprise, sa division, composée de 23 bataillons, fut encore renforcée par 7 bataillons de la division du prince de Dourlach. Lorsque le duc d'Aremberg eut jugé, d'après la durée du feu et sa violence, que l'attaque de Daun avait réussi, il forma son corps en deux colonnes, la première conduite par lui-même, devait s'emparer du défilé de Koditz, la seconde sous le duc d'Ursel, attaquer Lanschke. Deux bataillons prussiens «'étant retirés un peu à la hâte sur Rodewitz, et les hussards ayant été forcés d'abandonner la partic, le bataillon de Kleist se vit accablé vers Koditz et forcé à mettre bas les armes. La seule compagnie de chasseurs parvint à se faire jour.
Alors les Autrichiens tombèrent avec toutes leurs forces , sur les grenadiers de Wangenheim et de Heyden qui se retirèrent sous un feu continuel , et se placèrent sur les hauteurs, en arrière de Rodewitz, à côté des autres bataillons qui s'y étaient de nouveau formés ; la grande batterie de 22 pièces fut ainsi abandonnée aux Autrichiens, sans qu'il y eût moyen de la sauver. Ce fut le dernier succès du duc d'Aremberg, comme la prise de Hohenkirch fut le nec plus ultrà du maréchal Daun. Le premier se forma sur
le terrain où la gauche des Prussiens avait été établie, et, au lieu de chercher à pousser ses avantages , il resta paisible spectateur de la savante retraite du roi.
Le prince de Dourlach devait attaquer le corps du général Retzow. Celui-ci, d'an autre côté, reçut l'ordre de venir joindre le roi. Au moment où il allait l'exécuter, le prince de Lowenstein parut avec 4 bataillons et 3 régiments de cavalerie sur son flanc gauche , qui appuyait à Krischau ; le prince de Wurtemberg traversa ce village a la tête d es dragons deBareith et des hussards de Werner, chargea la cavalerie autrichienne, et la culbuta en partie dans un marais. Quoique cet événement déjouât les projets de l'ennemi, celui ci réussit néanmoins à empêcher le général Retzow de se porter promptement au secours du roi. Ce général accéléra sa marche autant qu'il le put, et se retira d'abord derrière la rivière de Lœbau.
Le prince de Wurtemberg prit les devants avec 4 bataillons et 15 escadrons : il fut attaqué au passage, près de Nehcrn, par le général Buccow et 2 régiments de cuirassiers, qu'il repoussa ; il fut également inquiété par les 7 bataillons détachés dn corps de Dourlach ; mais il ne s'arrêta point. Trop faible cependant pour percer la ligne ennemie et arriver à l'aile gauche du roi, il fit un détour et se dirigea sur la plaine de liurschwitz. Lorsque le prince y parvint, il aperçut la cavalerie de l'armée de Daun qui se mettait en devoir de gagner le flanc droit du roi, et de se porter sur Belgern, où se trouvaient tous les bagages de l'armée ; en conséquence, il prit, sur le flanc gauche de cette cavalerie, une position qui la força de se retirer sur Steindorfel. Le prince posta alors ses 4 bataillons sur les hauteurs de Dresa, et se réunit ainsi avec l'aile droite de l'armée, qui était en mesure de faire tète à l'ennemi.
Sur ces entrefaites, le général ReUow avait continué sa marche et passé la Lœbau à Graditz; les troupes légères du prince de
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Dourlach et le corps du prince de Lowenstein le poursuivirent sans succès. Ce général plaça un bataillon et 2 pièces de 12 nu défilé de Regemuhl; 4 bataillons occupèrent les hauteurs entre Kannewitz et Wurschen. Le prince de Dourlach voulut alors renouveler ses attaques ; mais il fut forcé de se retirer sur Weiche.
Dès que Retzow eut passé la rivière de Lœbau, et que les parties de l'année se trouvèrent de nouveau liées, le roi ordonna la retraite. Elle fut effectuée avec un ordre si imposant, que Daun ne se hasarda pas à I inquiéter; il est vrai que ses régiments étaient tous pêle-mêle et dans la plus grande confusion , et que d'un autre côté, calculant sur la vigueur des attaques isolées des régiments prussiens , les suites que pourrait avoir une nouvelle tentative de l'armée réunie, il désirait ardemment de la voir eu retraite. Pour couvrir ce mouvement rétrograde, Frédéric plaça la cavalerie avec de grands intervalles dans la plaine , entre Kxechewitz et Belgern les bagages défilèrent derrière sa ligne, par le débouché de Dresa ; l'infanterie suivit , traversa Burschwitz et Petit-Bautzen, et prit une nouvelle position sur les mamelons nommés Spitzbergen (1). Huit bataillons de l'aile gauche furent détachés pour renforcer l'infanterie du général Retzow, dans le cas où il eut été serré de près par l'ennemi.
Dès que le roi eut pris cette position, le général Retzow se retira par kannewitz, et en prit une en arrière de Belgern, où il posta les bataillons francs. Il marcha de là par Klein-Bautzen et Burschwitz, laissant 3 bataillons en arrière-garde, dans le retranchement des Suédois. La cavalerie, qui avait couvert tous ces mouvements, restait encore et devait traverser ces villages que
(1) Par une circonstance remarquable, ce fut sur le même terrain et par une manœuvre semblable que l'armée alliée exécuta sa belle retraite de Bautten . e» 1813. Il est vrai qu'elle fut bien facilitée ( .ar un
le roi fit prudemment occuper par 2 bataillons. Lorsqu'elle les eut passés dans le plus grand ordre, l'arrière-garde du général Retzow évacua aussi le retranchement des Suédois, et forma celle de toute l'année.
Cette manœuvre, exécutée avec sang-froid et fermeté , imposa tellement à l'ennemi, que l'armée arriva dans son nouveau camp, sans être inquiétée.
Le roi s'établit sur les mamelons de Spitzbergen. le front couvert par un ruisseau qui traverse les villages de Burschwitz, Klein-Bautzen et Preititz ; l'aile gauche et sou flanc garantis par une chaîne d'étangs qui sont entre Preititz et Malchewitz. L'aile droite, couverte par la Sprée, était postée en avant de Doberchutz, où se trouvait le quartier général, le centre sur les hauteurs, entre Krekwitz et Burschwitz, de manière que la ligne formait un angle saillant. La cavalerie campait en seconde ligne ; les hussards de Ziethen en avant de l'aile droite, ceux de Putkamer et Werner en avant du flanc gauche. Les villages devant le front furent garnis d'infanterie.
L'année avait perdu la majeure partie de son artillerie et de ses bagages, épuisé ses munitions : malgré cela, Daun ne se hasardn pas même à rester sur le champ de bataille; il n'y laissa que le corps des carabiniers, et se retira dans son camp de kittlitz ; le prince de Dourlach campa entre Graditz et Weisemberg.
Cette bataille coûta beaucoup de monde aux deux partis. Tempelhof estime que l'armée du roi, forte de 29,000 hommes, en perdit 8,000 environ ; les Autrichiens avouèrent S, 8 1-4 tués et blessés, sans parler des prisonniers ni des déserteurs, et il en infère que leur perte dut être au inoins égale à celle des Prussiens.
faux mouvement de la gauche des Français; néanmoins, il faut rendre justice aux généraux Darclai et Kleist, dont la bonne contenance contre des forces doubles, sauva les nllies d'une grande défaite.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
Obserralions.
On ne sait ce qui doit étonner le plus, de la vigueur que le roi déploya pour marcher aux Russes et revenir en Saxe, ou de la lenteur et de l'irrésolution de Daun pendant l'absence de Frédéric. Il eût suffi de trois ou quatre marches rapides pour faire engager et battre avec une masse formidable, la faible armée du margrave Charles ; en la poursuivant ensuite vigoureusement le long du Bober, on l'eût anéantie, et Frédéric aurait peut-être été isolé pour jamais de l'armée qui gardait Dresde, tandis que la totalité des forces ennemies se serait établie au centre de ses États, qui en était la partie la plus faible.
La bataille de Hohenkirch fait époque dans les fastes militaires de l'Autriche. Si le lecteur a partagé mon opinion sur la pusillanimité du système de Daun, blâmé la lenteur de ses opérations, et reconnu les inconvénients du système défensif; plus juste que Tempelhof, il accordera au maréchal la portion de gloire qui lui revient pour les combinaisons de cette victoire , qui justifient plusieurs maximes importantes.
On a sans doute remarqué que toutes mes observations précédentes reposaient sur le principe d'une attaque générale sur une seule extrémité de la ligne ennemie ; il s'applique surtout à une armée inférieure en nombre, et j'en ai indiqué les raisons dans le l rr volume. Si KO, 000 hommes, pour en attaquer 60,000, se divisent en deux corps à peu près d'égale force, et que, pour embrasser les deux extrémités de la ligne ennemie, ils étendent et isolent leurs attaques, il est certain que ces 00,000 hommes pourront se mouvoir plus rapidement dans l'intérieur de leur ligne, que ne le feraient deux corps isolés ayant cette masse entre eux. La figure suivante démontre cette proposition.
Il est possible que les deux corps B et C gagnent quelque terrain momentanément', mais l'armée A laissant une division d'observation devant C , sur le terrain le plu»
avantageux à la défensive , elle portera sa masse sur le front, les flancs et les derrières de B, qui sera infailliblement perdu. Si B et C faisaient un troisième détachement sur le centre, le résultat serait encore plus Funeste ; car partout où ces divisions se présenteraient, elles donneraient sans vigueur ni ensemble contre une masse îraposaate qui ne manquerait pas de les accabler; c'est ce qui arriva à l'armée prussienne à kollin, pour n'avoir pas suivi les ordres du roi, et à l'armée du Danube à Stockach, en 1799, pour avoir voulu trop entreprendre avec des forces insuffisantes. Celte vérité est si frappante, que Ton pourrait même en faire l'application à une armée supérieure en nombre. Je suppose, par exemple, que 80,000 hommes en attaquent 40,000 sur les deux extrémités : si l'armée attaquée est sur ses gardes, qu'elle ait une position militaire, elle trouvera, dans l'étendue de cette position , un terrain favorable pour la défensive, où quelques régiments, suffiront pour suspendre la marche de la première division ennemie ; alors l'armée pourra porter au point principal une masse supérieure à celle de la seconde division. Cette masse opérant offensivement, et ayant l'initiative des mouvements, peut gagner les flancs, prendre à revers la seconde division et la battre complètement : si les deux colonne? ennemies avaient entre elles un obstacle de terrain insurmontable, il serait même pus-