‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 81 sur 196 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sible de les anéantir successivement : Napoléon en a donné un grand exemple dans les batailles de Lonato, Castiglione, Abensberg, F.ckmuhl etRatisbonne.

Je crois que l'application de ces princif*s n'est pas strictement nécessaire, lorsque l'armée qui attaque est deux fois plus nombreuse, comme celle deDnun à Hohenkirch, parce que , dans ce cas . elle peut mettre parfont une plus forte masse en action. Je pense même qu'il serait contraire à ses in léréta de ne prendre qu'un seul point d'attaque, car toutes ses troupes ne pouvant y être employées au même instant , l'ennemi se trouverait à même de lui opposer sur ce' [•oint une résistance opale, et de se maintenir. On peut conclure de là qu'il sera plus avantageux dans une circonstance pareille, de manœuvrer en même temps sur les deux extrémités et sur le centre de son adversaire, parce qu'il sera accablé sur tous ces pointa par une masse deux fois plus forte «|ue la sienne. Mais pour atténuer les inconvénients de la division des forces, il importe «l'avoir l'initiative du mouvement, et de le dérober, de manière que l'attaque commence à peu près au même instant sur les deux extrémités, et que l'ennemi soit engagé sans pouvoir porter des troupes d'un point our l'autre ; à cet effet, il faut éviter de mettre un obstacle insurmontable entre les attaques , ou de les éloigner trop, ce qui donnerait à l'ennemi les moyens de manœuvrer sur l'une d'elles, avant que l'autre put donner simultanément.

Ainsi , deux maximes , contradictoires en apparence , dérivent néanmoins du même principe, dont l'application est adaptée aux circonstances.

1° Une armée qui en attaque une supérieure -n nombre, au d'égale force, ne le peut avre certitude de succès, que par un effort concentré sur w* seul point d'une ligne affaiblie, ou sur une extrémité de ligne qui se trouverait hors d'état d'être promptement soutenue, puisque ses bataillons seraient engages l'un après l'autre :

2° One armée qui en attaque une autre très-inférieure , doit, au contraire, former deux ou trois divisions, afin de mettre toutes ses masses en action contre des masses moins fortes; tandis que si elle se bornait à un seul point principal, la totalité de ses forces ne pourrait y être employée, et que /' ennemi, en y portant toutes les siennes, rétablirait la balance et se maintiendrait ; mais il est indisj)ensable que les mouvements et l'emploi de ces divisions soient combinés sur le même terrain , et au même instant, pour produire l'unité d'action sans laquelle on risquerait de se faire battre partiellement et successivement;

3° // est entendu que ces maximes sont surtout applicables aux batailles et non aux opérations stratégiques ; car dans celles-ci , il n'est pas nécessaire que des corps agissant à la distance de plusieurs marches s'engagent à la même heure, et il serait impossible qu'ils le fissent sur le même terrain; mais si le principe doit être appliqué différemment, il n'en existe pas moins dans toute sa force.

4° Comme dans chaque front ^opérations ou dans chaque ligne de bataille, il existe néanmoins un point décisif; il importe que les forces soient reparties de manière qu'indépendamment de la supéiiorité générale qu'on aurait sur l'ennemi , le corps destiné à agir sur ce point soit appuyé par une bonne réserve.

Si l'on pensait que, dans la base des raisonnements, tout est accordé à la supériorité locale des forces physiques ; en approfondissant la combinaison de leur emploi, on se convaincra, au contraire, que j'attribue tout à cette combinaison. Les discussions précédentes et le récit des événements ont assez prouvé , qu'il ne suffit pas d'avoir 30,000 hommes pour en battre 15,000, que les premiers peuvent être battus , si , dans leur emploi et dans le choix du terrain , il y a un vice de disposition qui leur arrache l'avantage du nombre, et le change en désavantage réel, comme les Autrichiens l'éprouvèrent dans les défilés de Hohenliitdin.

TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

Après la bataille de Leuthen , il n'en est poîri qui démontre d'une manière plus frappante que celle de Hohenkirch , les terribles effets d'une armée qui se trouve établie sur l'extrémité d'une ligne, sans que l'ennemi s'en soit aperçu. Cette dernière action présente en même temps les funestes résultats des efforts opérés successivement par de braves régiments , qui viennent se taire écraser les uns après les autres.

En suivant la relation de Tempelhof , on voit en effet comment les Prussiens furent surpris sur leur extrême droite, par une année établie presque perpendiculairement sur ce flanc , avec une forte division sur leurs derrières , dans la disposition suivante :

Prussiens.

Autrichien*.

On voit par cette relation que les Prussiens ont dû soutenir les premiers corps du flanc culbuté , et que les régiments les plus près s'y étant portés successivement, furent battus les uns après les autres. C'est pour parer à cet inconvénient, que j'ai démontré dans le chapitre V , la nécessité de ne pas engager toutes ses troupes à la fois , mais de faire soutenir l'attaque, par une brigade »*n échelon, et de manœuvrer avec le reste de l'armée de manière à l'établir à son tour .sur l'extrémité de la ligne ennemie. La conduite du roi fut contraire à cette règle, car il n'aurait pas dù diriger toutes ses troupes vers Hohenkirch, où les niasses autrichiennes pouvaient les attaquer en tout sens , et les accabler. Il eût manœuvré avec beaucoup plus d'avantage, en se rapprochant de l'attaque du duc d'Aremberg, et en y faisant marcher le corps de Retzow; par ce moyen il eut

arrêté les succès momentanés de Daun , et

se serait mis à même o 'opérer sur la droite | l es n'axaient point fait éclairer les hauteur*

des Autrichiens pour communiquer avec In Silésie , comme il en avait eu d'abord le projet. A la rigueur on ne peut lui reprocher sa conduite comme une faute , vu quo le brouillard et l'obscurité ne lui permirent pas de juger de la force , des projets et de la position de l'ennemi. Il n'est pas blâmable non plus d'avoir pris une mauvaise position, car il en connaissait les inconvénients. On cite à ce sujet une anecdote qui fait honneur à son discernement. Le maréchal Keith lui dit, deux jours avant la bataille : Si Daun nous laisse data ce camp, il mérite d'être ptndu. Le roi ajouta en riaut : // faut espérer qu'il aura plu* peur de mm que de la corde. On doit d'ailleurs se rappeler que l'armée prussienne, en marche par un brouillard épais, supposait l'ennemi campé à Lœbau. Frédéric le trouvant devant lui, ne crut pas de sa dignité de rétrograder ; dans toute cette guerre , il n'avait jamais été attaqué par les Autrichiens, et ce souvenir justifie en quelque sorte une resolution qui prouve combien il comptait sur les ressources de son génie au cas que Daun l'attaquât en rase campagne. Hais si Frédéric n'avait rien à craindre d'une attaque de vive force , il semble qu'il devait d'autant plus se tenir en garde contre une surprise , que sa position n'en était pas à l'abri. On concevra difficilement que ce grand capitaine n'ait pas fait observer les hauteurs boisées en avant de Hohenkirch; s'il y avait placé un bataillon et cent chevaux , il n'aurait pas perdu celte bataille.

' Loin de là , il souffrit que les Croates occupassent non-seulement les revers de In montagne, mais encore tous les villages qui aboutissaient à son camp, et que son flanc droit fût ainsi enveloppé avant de combattre ; ce fut par une faute semblable que les Autrichiens perdirent la fameuse bataille de Leuthen ; en jetant un instant les yeux sur la relation et le plan que nous en avons don.

nés , on verra que Daun et le prince Char-

Page 1