‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 86 sur 196 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

tion des armée* la rend indispensable; la s "ronde est, qu'après la victoire , on ne doit pas laisser ans vaincus le temps de se remettre; mais qu'il faut les poursuivre sans relâche.

Le maréchal avait su profiter de sa supériorité et de la mauvaise position de l'armée ennemie pour l'attaquer, la surprendre et la battre. Son plan étant de chasser les Prussiens de la Saxe et de prendre Dresde , ce n'était certainement pas en rentrant au camp de Kittlitz qu'il eût forcé le roi d'évacnerce pays. S'il osa se décider à attaquer 30,000 hommes avec 60,000 , pourquoi craignait-il d'en attaquer les débris après les avoir battus ? Ses troupes avaient acquis une force morale précieuse à la guerre ; celle des ennemis était au contraire détruite, et leur nombre se trouvait réduit à 22,000.

Qui l'empêchait donc de renouveler l'attaque le lendemain , de marcher sur Dresde , ou partout où l'ennemi eût porté ses pas ?

N'était-il pas ridicule de se retrancher devant une armée vaincue , inférieure de moitié à la sienne? En comparant cette conduite à celle du roi, la situation du maréchal à celle du héros prussien , on aura la mesure des avantages que la guerre de vigueur a sur celle de position (1).

Le système de la plupart des généraux autrichiens, offre les mêmes défauts, la même pesanteur. Le prince de Lorraine , dans la campagne de 1757, se conduisit avec autant d'irrésolution. Dans la campagne de 1793, on a vu le prince de Cobourg, s'arrêter aux frontières de France devant une poignée d'hommes désorganisés qu'il venait de chasser de la Belgique. Ce prince , renforcé par trois corps , anglais , hollandais et hanovrien , n'en fut pas plus entreprenant , le reste de la campagne. Clairfayt , en 1795, s'arrêta devant l'armée du Rhin , qu'il avait battue deux fois. L'archiduc Charles, ce prince qui a donné des preuves

(1)8* la faiblesse de Daun, après U bataille de Hohenfcircb est inconcevable, on peut encore moins

de génie , resta pendant trois mois , devant l'armée de Masséna , qu'il avait repoussée d'une partie de la Suisse, et qui était trop faible pour garder la ligne du Gothard au confluent de l'Aar et du Rhin. Quand on réfléchit à l'importance de la conquête de la Suisse, et qu'on compare cette conduite avec la vigueur et les talents que l'archiduc a déployés en d'autres occasions , n'est-on pas autorisé à croire que le cabinet de Vienne y eut une grande part? L'attachement à ce système , justifie cette opinion , car il ne peut être commandé que par l'autorité qui décide des opérations politique* et militaires.

Fin de la campagne contre les Russes.

Les entreprises des Russes , après la bataille de Zorndorf, ne présentent que lenteur et faiblesse. Sans doute , cette lenteur était un peu excusable par le grand éloignement où l'armée se trouvait de sa base et de ses moyens de guerre ; mats elle aurait pu opérer un peu plus vigoureusement après le départ du roi. La seule entreprise, digne de remarque, qu'elle forma, fut le siège de Colberg : cette place était alors très-mauvaise ; mais la garnison composée de 2 bataillons d'invalides, formant 700 hommes, était commandée par un brave. Le major Heyden organisa la bourgeoisie en compagnies pour la garde de l'intérieur , tandis que sa petite garnison se réserva la défense du chemin couvert et des ouvrages extérieurs. 11 n'y avait, dans la ville, que U canonniers, mais on instruisit bientôt asset 1 30 hommes, pour leur confie^ le service de l'artillerie. Le général Palmbach bombarda vivement , depuis le 3 octobre jusqu'au 9 , qu'il reçut l'ordre de lever le siège ; mais

se rendre compte de l'emploi qu'il fit de ses forces en Saxe , tandis que Frédéric courait a Neiss.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

renforcé presqu'aussitô t , il reprit le bombardement le 1 1 ; quatre jours après , les Russes, maîtres du chemin couvert, sommèrent le commandant, qui loin de se rendre, redoubla d'activité. Sur ces entrefaites, Donna s'étant avancé le 22 octobre, jusqu'à Stargard, poussa l'armée russe jusqu'à Drambourg, et résolut de dégager Colberg, ou du moins d'y jeter du secours : il détacha , à cet effet , le général "Wopersnow , avec 5 bataillons et 9 escadrons. A l'approche de ces troupes , qui surprirent un poste de 300 grenadiers à cheval, Palmbach crut .ivoir l'armée entière sur les bras : il chercha , mais inutilement , à surprendre la place, et ses tentatives ayant échoué, il leva le siège dans la nuit du l rr novembre.

Telle fut l'issue de la campagne des Russes , dont l'armée se retira en Pologne , par Tempelbourg, le 3 novembre. Donna avait reçu, le 27 octobre, l'ordre de retourner en Saxe, en laissant seulement 8 bataillons sous les ordres du général Manteufel , pour contenir les Suédois , ce qu'il exécuta heureusement, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, grâce au départ de ses adversaires.

Opérations des Suédois.

Je ne parlerai de ces opérations que comme objet de rapprochement , car elles sont d'ailleurs dénuées de tout intérêt. Le marquis de Montalembert en a donné, dans sa correspondance, tout ce qu'il faut pour les dépeindre.

L'armée du général Ha mi lion, n'ayant pas

(1) Je crois devoir citer la délibération d'un conseil de guerre qui peut faire connaître la situation rie cette armée. Ce conseil avait été assemblé pour délibérer sur les quartiers d'hiver à prendre, lorsque le pays serait épuisé. Tous les membres déclarèrent qu'on n'avait point en d'instruction , et qu'on t'en référait à celles données précédemment au maréchal Unger. Or ces instructions portaient rie rester Jans le pays. Le général Hamîtton observa que l'ia-

(l 'ennemi devant elle, pénétra dans le Brandebourg, afin de se rapprocher de l'Oder, et d'agir de concert avec l'armée russe; quoique aucun obstacle ne s'opposât à sa marche, elle n'arriva , à Prenilow , que le 6 septembre : c'est alors que le roi détacha Wedel avec un petit corps de 8 bataillon* et S escadrons pour la contenir , ou du moins suspendre ses opérations. Le seul événement qui peut être cité, est l'attaque d'un carré d'infanterie suédoise, par les hussards de Moring et les dragons de Plettenberg , qui furent repoussés avec perte , malgré plusieurs charges renouvelées avec acharnement. La défense, vraiment héroïque de cette infanterie , est d'autant plus louable , qu'elle avait une plaine à traverser , et que les Prussiens venaient de détruire, sous ses yeux, la cavalerie qui devait la protéger. Hamilton campa à Rupin jusqu'au 11 octobre, Wedel prit position à Dechtow, en face de l'ennemi.

L'armée suédoise, qui manquait de tout et se trouvait dans un état vraiment pitoyable, se retira le 18, sur Prenzlow : elle fnt poursuivie par les Prussiens qui surprirent un de ses détachements à Boitzenbourg. La corps de Wedel ayant été appelé en Saxe, fut remplacé par une partie de l'armée de Dohna, aux ordres du général Manteufel.

Les opérations n'offrent plus d'intérêt pendant cette période ; elles se ressentent de la position de l'année suédoise (1) ; mais lorsque Dohna, après avoir atteint son but en Saxe, revint avec son corps, le général Lattingshausen, qui avait succédé à Hamilton.

se retira jusqu'à Stralsund, en laissant 1,300

tention du roi ne pouvait être de tenir l'armée dan» une contrée où elle mourût rie faim. Le* membre* répliquèrent que le roi n'avait pas ordonné d'empêcher l'armée de mourir de faim , mai» bien de la tenir dane le pay» ennemi, et qu'il fallait obéir à la lettre. Cette décision fait croire qu'ils n'étaient pasajeûn, et qu'ils eussent mieux raisonné en se décidant à attaquer l'ennemi, lorsqu'ils en eurent rie si belles occasions.

cnAI'lTUE XUI.

homme» dans Demruin et 1 ,400 dans Ancklam, qui tombèrent peu de jours après au pouvoir des Prussiens. Donna répartit alors ses quartiers d'hiver dans la Poméranie et le duché de Mecklenbourg.

L'expulsion des Suédois mit fin à la campagne de 1758, qui eut d'ailleurs moins de changements de fortune que la précédente, mais fut bien plus savante, car les marches y furent mieux combinées et plus rapides ; les positions mieux choisies. Le roi forcé d'évacuer la Moravie, se jette en Bohême et donne à sa retraite tous les avantages et la vivacité d'une invasion ; il l'effectue, sans être entamé, devant des forces supérieures et dans un pays extrêmement difficile. Arrivé sur la ligne de ses frontières, il vole à l'armée russe, la repousse et la met hors d'étal de rien entreprendre. Pendant cette marche, Daun, plus sage que l'année précédente, sent tous les avantages de la conquête de la Saxe et l'envahit ; Frédéric y revient comme l'éclair, et déjoue les projets des Autrichiens. Mais ici la scène change de nouveau ; il est surpris et battu à Hohenkirch; son camp tombe au pouvoir de l'ennemi ; il est coupé de la Silésie. Le héros embrasse, d'un coup «l'œil rapide , l'ensemble de ses différentes lignes d'opérations; il trompe Daun , gagne plusieurs marches sur son flanc droit, vole en Silésie, rejette en Moravie l'armée qui menaçait cette province , dirige les corps opposés aux Russes et aux Suédois sur la Saxe, au moment même où il y retournait; et force aussi son adversaire à se retirer en Bohème.

Mettant ainsi en action l'élite de ses troupes sur tous les points de ses frontières , il les sauva successivement. Les mêmes braves qui combattirent sous les murs d'Olmutt en

(1) Je rappelle si mes lecteurs que ce chapitre fut rédigé tu 1804, ainsi que le suivant, et que la der-

Moravie , se retrouvèrent en Bohème et au fond de la Marche ; réunis en Saxe , ils retournèrent en Silésie, pour revenir dans cette première province d'où ils vont en Silésie pour la troisième fois ! Quel contraste entre la fin de cette campagne et les débuts de celle de 1756. En payant le tribut d'éloges que mérite l'activité du roi , il faut convenir néanmoins qu'il fut puissamment secondé par la singulière inaction et le manque d'énergie de ses adversaires ; les généraux les plus médiocres du 19 e siècle auraient mis, par une invasion hardie et rapide, le roi hors d'état de soutenir la guerre plus longtemps, pourvu que leurs cabinets eussent agi de bonne foi et de concert.

La conduite du duc Ferdinand mérita aussi les plus grands éloges. Placé à la tête d'une armée qui venait de poser les armes et qui était composée de dix nations différentes, il parvint, par la supériorité et la vigueur de ses manœuvres, à chasser une armée nombreuse de provinces immenses, et à s'emparer de toutes les places fortes qui s'y trouvaient. Obligé de céder à son tour, à la trop grande disproportion de forces, il repassa le Rhin, défendit savamment les rives de la Lippe, et arracha, par ses combinaisons, tous les avantages que les ennemis avaient remportés sur des divisions de son armée. 11 donna, en un mot, le véritable modèle d'une guerre défensive.

Nous allons passer maintenant à l'examen du choix des lignes d'opérations du roi, et comparer celles de 1756 et 1757, à celles de 1758; et nous terminerons par une revue générale de toutes les lignes d'opérations suivies dans les guerres de la révolution jusqu'à la campagne de 1800 (1).

niere campagne, dont on put Taire alors mention, était celle de 1800.

THA1TÉ DKS GRANDES OPÉRATION MILITAIRLS.

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