CHAPITRE XV
• L'armée ainsi formée prendra sa première position ; la gauche en arrière du village de Hahlen, appuiera au marais; la droite prolongera en arrière des maisons rouges dans ln plaine de Minden jusqu'au bois ; les lignes marcheront à 400 pas de distance; le corps du duc de Broglie appuiera sa droite aux rives escarpées du Weser, faisant front à Tonhauscn ; liant sa gauche avec la droite de l'armée ; l'infanterie en première ligne , et la cavalerie en seconde. Cette division recevra les ordres du duc de Broglie , ainsi que les grenadiers Royaux et de France.
• Tandis que ces troupes attaqueront Tonhausen et le camp de Petershagen , l'armée déploiera et marchera en bataille à l'ennemi. Si cette marche ne pouvait s'effectuer de suite , les brigades d'infanterie et de cavalerie continueront leur mouvement en colonne sur front de bataillon et d'escadron , en conservant les distances nécessaires pour se former.
• Le premier bataillon de chaque briff.ide, qui doit rester en colonne, se maintiendra dans cet ordre pendant la marche et durant la bataille ; les brigades d'infanterie seront précédées de cent travailleurs, avec les chariots d'outils néces- «aires.
» Comme la droite de l'ennemi se trouve à Bille, et la gauche derrière Holzausen , la marche sera dirigée sur son flanc gauche. Si l'attaque du duc de Broglie réussit, il cherchera à gagner ce flanc, afin de l'envelopper. Les autres manœuvres de l'armée dépendent de celles que fera l'ennemi. Le maréchal de Contactes lui donnera , dans tous les cas , des ordres adaptés aux circonstances.
> La brigade de Navarre, les volontaires de Hainaut , Dauphiné et Muret , sous les ordres du lieutenant général duc d'Havré, feront une fausse attaque sur la digue qui conduit a Bille à travers le marais.
• Le parc d'artillerie leur fournira à col
» effet un supplément de quatre pièces de
• huit. Le duc d'Havré dirigera un feu très-
> vif sur la redoute ennemie qui bat la di-
• gue ; mais il ne franchira le marais que
■ dans le cas où l'armée aurait pénétré aux » environs de Bille, et où il pourrait se réu- » nir avec elle. Jusque-là, il se bornera à » l'empêcher d'appuyer sa droite au ma-
• rais. Ce corps devra, au besoin, couvrir » la retraite de l'armée en tenant la digue ,
• et défendant le passage. Il devra aussi » avoir soin de couronner les hauteurs en » arrière avec de l'infanterie et des troupes » légères , pour tenir tète aux partis que » l'ennemi pourrait détacher de Lubeke;
• cette précaution est importante.
» Le duc d'Havré est prévenu que le duc » de Brissac occupe Goofeld , afin d'obser- » ver le prince héréditaire. Il communi-
• quera avec lui par le vallon de Bergkir-
■ chen , et emploiera à ce service la cavalerie
• des volontaires de Dauphiné qui connaît
• le terrain et les routes. Les postes de »' Kolhof et Harlenhausen seront maintenus,
• parce qu'ils éclairent les environs du » marais.
■ La brigade Lowendahl , sous le maré- » chai de camp de Bisson, entrera à Minden » aussitôt que la retraite sera battue ; elle » occupera les remparts et les trois têtes de » pont. La majeure partie de la grosse artil-
• lerie sera placée sur les cavaliers, afin » de couvrir au besoin la retraite de l'ar-
• mée. On placera aussi quelques pièces
• dans l'ouvrage qui couvre le pont de » pierre, afin de défendre les approches des
> têtes de pont contre les tentatives des » troupes légères qui infestent la rive gau- » che du Weser.
» La retraite qui tiendra lieu de générale,
• comme nous l'avons dit, sera battue à
• l'heure ordinaire.
■ L'année prendra aussitôt les armes en
■ avant du camp, et marchera sur 8 colon -
• nés. Sa première, aux ordres du comte de
• Guerchy , sera composée des brigades
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
• d'infanterie de Champagne et du Rot; elle
• laissera le bois situé près d'Amelbeck à
• ganche , passera la Marthe sur le dernier
• pont, près du marais, et marchera jus-
• qu'aux dernières haies en avant de Hal-
• len, où elle restera en colonne jusqu'au
> point du jour. Alors l'armée se formera ;
• la gauche appuyée aux haies sus-men-
• tionnées, et la droite dans la direction
• des maisons rouges qui se trouvent dans
• la plaine. Huit pièces de gros calibre ar- . riveront le soir à ces deux brigades ,
• et resteront devant leur front pendant la
• bataille. M. de Sainte-Ville, aide-major
• général des logis , dirigera celte divi-
> si on.
• La deuxième colonne qui consiste dans » les brigades d'Aquitaine et de Condé,
• sous les ordres de M de Maugiron , sera
> conduite par l'aide-major des logis Bau-
• douin, qui lui enseignera le pont où elle ■ doit passer la Barthe, le lieu où elle rcs- » tera en colonne derrière la hauteur, jus- » qu'au jour, et celui où elle devra ensuite
• se former. Cette colonne aura six pièces
• de grosse artillerie.
» La troisième composée des deux briga •
• des saxonnes, sous les ordres du comte » de Lusace, sera conduite par l'aide-major » des logis Montant, qui leur désignera l'en- » droit où elles devront rester en colonne
• derrière la hauteur, en attendant le jour, » pour se former alors en deuxième ligne,
• à quatre cents pas de la première.
» La quatrième colonne comprendra les
• brigades de cavalerie Mestre de camp,
• Cravates et Royal-étranger , sous les or-
• dres du duc de Fitz-James. Elles seront » dirigées par l'aide-major des logis An-
• gers, qui leur assignera le lieu où elles
• attendront le jour. Lorsqu'elles se forme-
• ront, la brigade Mestre de camp appuiera
• sa gauche à la brigade Condé, infanterie;
• celle de Cravates donnera, à sa droite, la
• direction des maisons rouges; et celle de
• Royal-étranger se placera en deuxième
» ligne de Mestre de camp, à quatre cenii » pas de distance.
• La cinquième colonne consistant dam
> les brigades de cavalerie Colonel-géné- » ral, le Roi et Bourgogne, sous les ordres
• du lieutenant général Dumesnil seracon-
• duite par l'aide-major des logis Dumay,
• qui lui indiquera le lieu où elle restera
• pour attendre le jour. Dès qu'il comroen- » cera à paraître, la brigade Colonel-géné- » ral se formera en première ligne, ap- » puyant à celle de Cravates, et prenant «a
• direction aux maisons rouges ; les briga-
• des du Roi et de Bourgogne se formeront » en deuxième ligne derrière celle de Cri-
• vates et de Colonel-général.
> La sixième colonne , sous le lieutenant
• général Beaupréau , sera composée de»
• brigades de Touraine et de Rouergue, in- » fanteric , qui passeront la Barthe sur le » pont qui leur sera indiqué par l'aide-nia- » jor des logis Germain , marcheront jus-
• qu'à la redoute qui est en avant de Picari die, et y attendront le point du jour, pour » se former à droite de la brigade de Colo- » nel-général. Cette division prendra huil » pièces de position qui resteront en avant
• de son front pendant la bataille.
» La septième colonne, sous les ordres . du lieutenant général de Saint-Germain.
» comprendra les brigades d'Auvergne et
• d'Anhalt. La première passera le pont qui n lui sera indiqué par M. d'Ouné , officier n d'état-inajor, et ira, jusqu'au camp de h » seconde , dans les jardins en avant de la
• ville. La brigade d'Anhalt se placera en
• deuxième de celle de Picardie et de Bel-
• sunce.
• La huitième colonne, sous le chevalier
• Nicolaï, consistant dans les brigades de Pi-
• cardie et de Belsunce, dirigera sa marche
• sur les maisons rouges, et y restera ju?- » qu'au jour ; alors elle se formera , éten-
> dant sa droite jusqu'au bois, et prenant
• sa direction sur la gauche de la réserve
• aux ordres du duc de Broglie. L'aide-ma-
• jor des logis Grandpré, conduira cette j
• colonne ; le parc enverra , vers le soir, 8 « pièces de canon qui resteront à ces briga-
■ des pendant l'action.
■ Le corps du duc de Broglie formera la
• neuvième colonne. Les gendarmes et les
• grenadiers monteront à cheval et reste-
• ront en avant du front de leur camp, jus- » qu'à ce qu'ils reçoivent l'ordre de se pla-
• cer, en troisième ligne, derrière le centre. » On a jeté dix-neuf ponts sur le ruisseau
» qui coule depuis le marais au YVeser, de-
• vant le front du camp, afin de faciliter la
• retraite de l'armée, dans le cas où elle de-
• vrait l'effectuer. Le centre et la gauche se » retireraient, à travers ces ponts, dans leur
• camp actuel. La droite et la réserve se re-
• tireraient sur la ville , occuperaient les
■ haies et les jardins qui l'environnent, et > placeraient l'artillerie , eu avant de leur
• front, pour contenir l'ennemi, de concert » avec le canon de la place. »
En conformité de ces dispositions, l'armée se mit en mouvement immédiatement après le coucher du soleil, et arriva à sa destination un peu après minuit. Ferdinand préparé à cet événement par la tournure des affaires, ordonna à son armée, le 31, à cinq heures du soir , de se tenir prête à marcher à une heure du matin : néanmoins le départ fut retardé jusqu'à cinq heures.
Alors elle se mit en mouvement sur huit colonnes , et à six heures elle fut formée, la droite au marais, en arrière de Hahlen, la gauche liée avec le corps de Wangenheim, qui prit poste derrière les batteries en avant de Tonhausen. La cavalerie devait être distribuée sur les deux ailes , mais celle des Anglais , formant la droite, fut retenue par l'entêtement de lord Sack ville , et n'arriva point à temps à son poste.
L'armée française avait devant elle une colline qui eût couvert sa marche. Les généraux, occupés, depuis le point du jour, à déployer leurs colonnes n'eurent pas l'œil sur les manœuvres des alliés. Leurs colonnes ne
purent se débrouiller assem promptement; les unes étaient trop rapprochées, les autres trop éloignées: la confusion régnait dans toutes.
L'armée ne fut, à peu près , rangée en bataille, qu'à huit heures , à l'exception de la division Broglie, qui commença son attaque vers cinq heures du matin, sur le corps de Wangenheim, par une vive canonnade.
Au lieu de fondre sur l'ennemi, avec impétuosité , le duc de Broglie perdit trois heures à faire un feu d'artillerie auquel les alliés ripostèrent; il imagina peut-être, que ce grand bruit suffirait pour déposter le corps de Wangenheim; mais celui-ci se maintint avec fermeté : le duc trouvant le village gardé par des forces plus considérables qu'il n'avait supposé, se rendit auprès du maréchal de Coutades, pour solliciter des renforts.
Au même instant l'année alliée s'ébranlait, et Ferdinand qui s'attendait à être prévenu, arriva sur la ligne ennemie lorsqu'il n'y avait encore que la cavalerie en bataille au centre. Le placement de cette arme, contraire à toutes les règles de la tactique, coupa la ligne d'infanterie, ei en détruisit toute la force en permettant de la séparer par l'effet d'une simple canonnade.
Dès que le duc s'aperçut de cette faute, il ordonna à l'infanterie hanovrienne et anglaise, et au régiment de Ilardenberg, d'attaquer, sur-le-champ , afin de se jeter sur les flancs des lignes de l'infanterie française , au moment où le reste de la sienne attaquerait sa droite, et où le prince d'Anhalt inquiéterait la gauche, avec tous les piquets de l'armée qu'il commandait en qualité de général de jour. Cette infanterie des alliés avança vivement, quoique exposée , durant quinte cents pas, au feu de toutes les batteries qui couvraient le front des escadrons français.
Cette cavalerie , la force et l'orgueil de l'armée , marcha à la rencontre de l'infanterie allemande, et la chargea avec courage; mais le feu de celle-ci fut si bien
nourri et si bien dirigé, qu'après d'inutiles efforts, la première ligne se retira en désordre, suivie de près par l'infanterie alliée qui culbutait successivement ce qui voulait résister.
Contactes étant arrivé au centre, sur ces entrefaites , ordonna au marquis de Beaupréau d'occuper , avec la brigade de Touraine et 8 pièces de canon, quelques maisons et jardins entourés de baies, en avant du front de la cavalerie; ce mouvement tendait à prendre de revers l'infanterie des alliés qui avançait avec tant d'audace. Tandis qu'il s'effectuait , quelques brigades de cavalerie chargèrent de nouveau avec la plus grande impétuosité, mais furent également repoussées.
Enfin arrivèrent les carabiniers et la gendarmerie ; ces braves corps enfoncèrent d'abord la première ligne de l'infanterie alliée ; mais reçus de la seconde avec un feu vif et nourri , ils prirent le parti de la retraite. Le lieutenant général Poyanne , qui les commandait, reçut deux coups de feu au travers du corps, et plusieurs coups de sabre sur la tête.
La brigade de droite, sous le général Vogué, fit une quatrième attaque, qui eut aussi peu de succès; car au moment où il voulut converser, le générai Urf arriva de l'aile gauche avec quelques escadrons, la prit en flauc et la mit eu déroute.
La cavalerie française du centre était donc totalement battue, et il ne manquait au duc que quelques escadrons pour rendre sa victoire décisive. Il envoya le lieutenant-colonel Ligonnier à lord Sak ville, avec ordre de faire avancer la cavalerie de l'aile droite, par la gauche et par le bois, et de charger impétueusement l'ennemi. Cet ordre, réitère par le capitaine Winzingerode, et par le colonel Fitz-Roi, fut inutile : Tin-
(1) Lord S&L ville , jugé par un conseil de guerre, fut déclaré incapable de servir dans les armées de S. M. Néanmoins, employé quelque temps après , il
fanterie anglaise en souffrit beaucoup. Le duc ne pouvant rien gagner sur Sakville, chargea lord Gramby, commandant la deuxième ligne, de faire ce mouvement :
mais à l'instant où il allait commencer, Sakville accourut et l'en empêcha (1).
Cependant, l'infanterie alliée avançait toujours. Le comte de Lusace arriva avec les Saxons et la fit plier un imitant ; mais elle se reforma et reprit vivement sa marche offensive.
Dans ce moment le prince d'Anhalt attaquait Hahlen, et repoussait les Français jusqu'à Dutzen en longeant le marais.
Les brigades d'Aquitaine et de Condé qui voulurent soutenir les Saxons , furent repoussées, et le lieutenant général Maugiron qui les conduisait fut blessé de deux coups de feu.
Pendant que l'aile droite des alliés obtenait ces succès, la gauche ne faisait pas moins de progrès. Les Prussiens, les Hanovriens et les Hessois fournissaient une belle charge sur les grenadiers de France et Royaux. Quelques escadrons gagnèrent le flanc droit des brigades de Touraine et de Rouergue, les culbutèrent et prirent une grande partie de la dernière. Le lieutenanl général Beau préau y fut blessé.
Les alliés s'emparèrent des maisons et do terrain que l'ennemi voulait occuper, et repoussèrent les brigades d'Auvergne et d'Anhalt, que le maréchal de Contades jeta dans la mêlée, pour protéger la retraite.
Malgré cette confusion, le duc de Broglie canonuait toujours le corps de Wangenheim ; son infanterie avança , il est vrai , mais hors de portée de roousqueterie ; la cavalerie qui se porta au soutien du flanc droit de l'armée, déjà maltraité par le régiment de Hammerstein, fut culbutée par les dragons de Holstein. Alors le régiment
ne contribua pas peu aux mauvais résultats df '* guerre contre les Etats-Unis.