XVI PRÉFACE
entraîner à juger sévèrement ce dernier et à condamner avec lui en masse tous les meneurs démocratiques? Aristophane appartenait au parti des Ciievaliers. Maître du théâtre, couvert par Thespis d'une sorte d'inviolabilité, il n'aurait eu garde de ne pas vomir sans cesse de son masque comique les sarcasmes, les injures, les insultes contre les chefs du parti populaire. Lysias plaide contre le fils d'Alcibiade qui invoque la clémence des juges en rappelant les services que son père a rendus à la patrie. Lysias serait un bien mauvais avocat si avant même d'arriver au corps du délit, il n'accumulait calomnies sur calomnies, mensonges sur mensonges, sophismes sur sophismes pour détruire le prestige du grand Alcibiade. Ainsi pour les autres, pour Xénophon, pour Andocide, pour Antiphon; car, chose au moins singulière, les auteurs de cette époque étaient tous les adversaires plus ou moins décidés de la démocratie, les partisans plus ou moins compromis de Lacédémone. Donc, pour les faits en eux-mêmes nous avons suivi les auteurs contemporains d'Al-
l'auteur ou les auteurs anciens sur lesquels nous nous appuyons. Mais nous ne citons en général les auteurs modernes que quand ils élucident quelque question. Il Ta sans dire que lorsqu'un fait est mentionné par Thucydide et par Plutarque^ par exemple, il serait oiseux de vouloir fortifier ce double témoignage par le témoignage d*un moderne^ fût-ce même celui de Grote.
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eibiade; mais pour TappréciatioD de ces faits ^ nous ayons réservé notre jugement^ et c'est souvent à des auteurs postérieurs^ de là plus impartiaux, tels Démosthène, Nepos, Plutarque, que nous ayons demandé la vérité.
On sera sans doute surpris de trouver dans ce récit des noms grecs orthographiés à la française et des noms grecs orthographiés à la grecque. A plusieurs reprises, nous avons fait nos réserves sur le système des érudits du siècle dernier qui appliquent à tous les noms grecs l'orthographe française ; sur celui de M. Grote qui a adopté une orthographe irrégulière, toute de fantaisie, alliance hybride de radicaux grecs et de terminaisons latines ; sur celui enfin de M. Leconte de Lisle qui, dans ses traductions hors ligne d'Homère et d'Eschyle, applique à tous les noms grecs indistinctement une orthographie rigoureusement hellénique. Un court exemple résumera ces trois systèmes. Barthélémy écrit : Clytemnestre ; M. Grote, Klytwmnestra; M . Leconte de Lisle, Klytaimnestra ; Barthélémy écrit Vulcain; M. Grote, Héphœstos; M. Leconte de Lisle, Héphaistos. Pour nous, rejetant la cacographie de M. Grote, nous prenons dans l'orthographie du siècle dernier et dans l'orthographie de M. Leconte de Lisle, ce qui nous semble bon, mais nous écartons de la première ce qui nous paraît mauvais, de la seconde ce qui
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noufi paraît excessif. Nous écrivons Héphaistos , car donner au dieu hellène le nom du dieu- romain^ c'est comme si on donnait au Jéhovah hébreu le nom du Brahma indien; mais nous écrivons Clyiemnestre, nous écrivons Alcibiade (au lieu d'Alkibiadhs), nous écrivons Thémistocle (au lieu de Thhnistoklhs), parce que nous nous sommes converti à ces paroles d'un grand écrivain : « On ce ne peut rien contre la gloire; quand elle a fait « un nom force est de l'adopter^ Teût-elle mal proie nonce. » Nous nous servons de l'orthographe purement grecque pour les divinités et pour les noms inconnus ou peu connus : Amykla, Astiokhos, Arkhhdémos; pour les. noms plus connus, sans être célèbres^ nous orthographions à la grecque quand la prononciation ne doit pas en être altérée: Mégaklès, Kallias, mais Eurisachs et Cébès ; pour les noms illustres, nous les maintenons tels que la France a appris à les connaître : Périclès^ Aristide^ Socrate. L'usage a prévalu de conserver à certains noms grecs la terminaison us des Latins. Le bon sens commande de rétablir la terminaison os des Grecs : Korlbos^ Hyperbolos, Bippodamos.
Il y a bien des manières d'écrire l'histoire. Toutes ont leur valeur^ car il n'y a pas de bons et de mauvais systèmes historiques^ il y a de bons et de mauvais historiens. Et tel homme qui passe pour le chef d'une école a écrit sans système