Plutarque, Pericles, XXXVIII
3. Cf. Thucydide,!, U7,1I, 65; Plutarque, Fcnci. VIII, IX, X, XVIII; Ctmofi, IX, XVH; Diodore de Sicile, VI, 27.
190 HISTOIRE D'aLCIBUDI.
à Tanagra, en Eabée, deyant Sanios, devant Potidée et dans le Péloponnèse, s'élèvent contre ces paroles. En parlant ainsi, l'agonisant ne cherehait-il pas à étouffer ses remords d'avoir pris Athènes des mains de Gimon et d'Aristide puissante et prospère^ et de la laisser, malgré Téclat éphémère qu'il avait fait rayonner sur elle, avec des possessions menacées, un territoire envahi, des habitants décimés par la guerre et la peste ? A cet instant suprême, Périclès ne regretta-t-il pas douloureusement d'avoir entraîné les Athéniens à cette guerre, qui allait peut-être tourner à la chute de la cité, à la division des forces de la Hellade et au futur asservissement de toute la race grecque?
GHÂPITfiË QUATRIÈME.
Le Peuple Athénien. — Athènes après la mort de Périclès- (%â9-(i24 av. J. G.) — Continaation de la guerre. — Les partis à Athènes. — Les successeurs de Périclès : Nicias, Kléon, Ûémosthène. — Occupation de Pyios (426).— Prise de Sphactérîe et triomphe de Kléon (425). ~ Conquête de Gythère (424). — Rôle d'Alcibiade pendant cette période de la guerre. — Tie privée d'Alcibiade, ses débauches, ses maîtresses» son mariage, ses affaires de famille. — Les portraits, les statues et les bustes d'Aldbiade. — Le diyoroe à Athènes* — Le fils d'Aldbiade.
C'est d'après les mêmes principes et avec une égale impartialité qu'il conviendrait de traiter l'histoire des grandes monarchies, -— autocrates absolues — et Thistûire des grandes républiques, •— démocraties absolues. Dans l'histoire d'une monarchie, le héros est avant tout un homme : le Roi, successivement renouvelé par la mort et la naissance. Dans l'histoire d'une république, le héros est avant tout une réunion d'hommes : le Peuple* Multiple et immortel, le Peuple ne disparaît
pas comme le Roi pour être remplacé aussitôt, mais il se transforme sans cesse. Ce ne sont point de brusques substitutions d'homme à homme ; ce sont les lentes métamorphoses d'un être collectif. Pour moins rapides et moins perceptibles, ces changements n*en donnent pas moins un résultat identique. Une génération énervée peut suivre une génération énergique, de même qu'un monarque indigne peut succéder à un grand souverain. Dans les deux cas, les républiques comme les monarchies sont près de périr.
Ofy en toute chose d'est au plus fort, c'est-à-dire w chef, au maître, que revient la part léonine. Dans un état monarchique, le Roi commande à quelques millions de sujets; il accomplit par eux, selon la nature de son génie, exploits ou forfaits. C'est à lui qu'en revient la gloire ou l'opprobre. Dans un état républicain le Peuple commande collectivement à chacun individuellement; il choisit dans la foule ses serviteurs : politiques, guerriers, administrateurs ; il accomplit par eux, selon la nature de son génie, exploits ou forfaits. A lui doit donc revenir la gloire ou l'opprobre.
Les historiens ne sauraient trop s'attacher à faire ressortir l'action propre du Peuple Athénien sur ses destinées, sa grandeur et sa décadence. Ce serait peut-être au détriment des Athéniens illustres, mais à
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l'avantage de la vérité et de Téquité. Lorsqu'un historien autorisé écrit : Thémistocle, Périclès ou Alcibiade prit telle décision, il propage une illusion. Il devrait dire : Le Peuple Athénien, sur la motion de Thémistocle, de Périclès ou d' Alcibiade, prit telle décision. Pourquoi attribuer à un seul Tœuvre de tous?
Accorder tout à Thémistocle, à Périclès, à Alcibiade, à Démosthène, en leur sacriGant le Peuple Athénien, c'est comme si on annihilait Louis XIV au profit de Hugues de Lionne, de Colbert, de Louvois, de Gondé, de Turenne, de Catinat, de Yillars. Jl est indéniable que ce sont les grands hommes qui font les grands règnes. Sans Golbert, Louvois, Turenne et les autres, Louis XIV n'eût pas eu un grand règne. Hais c'est cependant Louis qui porte le rayonnement du grand règne. De même ce sont les grands hommes qui font les grandes époques des républiques. Sans Thémistocle, sans Périclès, le Peuple Athénien n'eût pas eu la période sublime du v* siècle. Mais c'est cependant le Peuple Athénien qui doit en être glorifié.
Certes le Peuple Athénien était un souverain aussi absolu que Louis XIV. Quelle initiative laissait-il, quelle puissance concédait-il à ses serviteurs : administrateurs, révocables à toute heure, ambassadeurs porteurs de
pouvoirs restreints, fonctionnaires responsables de .1 13
!d4 HisTomi d'alcibudb.
leurs actes dans la plus stricte et la plus sévère accep* tion du mot ? Tout leur était dicté d'avance par lai * . Les mouvements stratégiques sur un champ de bataille, les marches et les contre-marches dans une expédition, les aHifices oratoires et la direction don* née à la discussion dans une mission diplomatique, certaines mesures de police ou de discipline dans Fintérieur de la cité, là s'arrêtait à peu près leur part d'initiative. Ds pouvaient aussi proposer une alliance, une nouvelle loi, une réforme politique ou administrative, une expédition, une augmentation d'impôts; mais ces idées, ils ne les possédaient qu'à l'état de projet. Pour qu'ils pussent les mettre à exécution, il fallait qu'elles eussent été soumises au Peuple dans ses comices, discutées, débattues, modifiées par les orateurs, et enfin votées par la majorité de l'Assemblée. Par ces modifications et par cette sanction, le Peuple affirmait hautement sa souveraineté.
Thémistocle doit-il être seul glorifié pour la bataille
1. « Les Athéniens, raconte Élien {Hist. Var.j VI, 15), condamnèrent « à mort des ambassadeurs qu'ils avaient envoyés en Arcadie, quoi- « qu'ils eussent rempli leur mission avec succès, pour cela sçul qu'ils « avaient pris une autre route que celle que le Peuple leur avait mar- « quée. - Ceci est sans doute un conte. Mais si on le compare avec le récit que font Xénophon et Diodore du jugement des généraux vainqueurs aux Arginuses, on sent que le conte est souvent prèsdo la vérité.
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deSalamine? Il régla avec ses collègues le plan de l'attaque; il remporta la victoire. Mais cette victoire, le Peuple Athénien l'avait préparée en renonçant patriotiijuement au partage d'une énorme somme d'argent qui fut employée à la création de ]a marine de guerre d'Athènes K Cette victoire, le Peuple l'avait décrétée en abandonnant ses temples sacrés, ses demeures, ses riches moissons à la torche des Barbares, et en venant en masse sur les < maisons de bois* pour y vaincre ou y mourir '. Le nom qui doit être inscrit sur le Parthénon, et les Propylées à côté de ceux de Phidias, d'Ictinus et de Kallikratès, ce n'est pas celui de Périclès qui ne fit que proposer d'élever ces édifices, c'est celui du Peuple Athénien qui sur le Pnyx vota leur construction. La preuve^ c'est que lorsque Périclès, accusé à l'Assemblée d'outre-passer le crédit alloué pour ces travaux, répon* dit: « Cette dépense ne sera pas à votre charge. Je « m'engage à la supporter seul ; mais mon nom seul < aussi sera placé dans les inscriptions des édifices, » le peuple se récria et autorisa Périclès à puiser dans le trésor public sans rien épargner'. Ainsi le Peuple d'A-*