‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 111 sur 241 · Aristophane, PaXf v · texte numérisé non relu

Aristophane, PaXf v

3. En 428 quarante galères péloponnésiennes avaient failli surprendre le Pirée sans défense. Depuis ce jour, on tendit des chaînes k l'entrée des ports. — Thucydide, II, 93, 94 j Diodore de Sicile, XII, 49.

4. Aristophane, Pax, v. 1189,1184. — Nous l'avons dit dansTIntroduction, les dix statues étaient celles des héros qui donnaieot leur nom aux tribus d'Athènes. On inscrivait sur les piédestaux de ces statues Ij liste des citoyens désignés pour partir en campagne. On y inscrivait aussi la plupart des décrets.

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tion de se manir de vivres pour trois jours % enfin , la présence insolite sur le marché de mercenaires thraces et de citoyens, la pique au poing et le casque en téte^, ne leur montraient qu'ils vivent dans toutes les angoisses de la guerre. Us croiraient posséder une tranquillité politique calme et féconde si les séances tumultueuses du Pnyx, les véhémences de la tribune aux harangues, l'agitation de Tagora, l'activité des hétairies, ne leur rappelaient que l'ère des dissensions civiles vient de se rouvrir.

Périclès avait su imposer une trêve aux partis qui depuis la révolution Kllsthénienne divisaient les Athéniens. Les deux chefs du parti aristocratique, Cimon le Grand et Thucydide l'Ancien, bannis par l'ostracisme à son instigation, les oligarques se sentaient désarmés. Et, reconnaissant son génie, ils le laissaient sans opposition mattre de leurs destinées. Le parti démocratique, qui triomphait avec Périclès, n'avait plus à lutter puisque la lutte s'était terminée par sa victoire. Estimé par les patriciens, aimé par la plèbe, Périclès était aux yeux de tous l'homme de la République Athénienne ^

I. Aristophane et le scoliaste, Àcham., v. 197. . Aristophane, Àchar.j v. 90 et sq., Lysûtraia, v. 557-564. 3. Cf. Plutarque, Periel.. VIII, IX, X, XVIII; Cimon, IX, XVII, XIX, XX; Niciat, II; Thucydide, I, 127; II, 65; Diodore de Sicile, XI, 77.

Périclès mort, la trêve fut rompue. Les chevaliers pensant que le parti populaire ne retrouverait pas un chef de la valeur et de Thabileté de Périclès, tentèrent de faire revenir Athènes à l'ancienne politique de Gimon et de Thucydide, et de lui imposer les institutions du temps d'Aristide. La plèbe se sentant menacée se tint sur une défensive redoutable^. Ce n'était pas cependant que le projet des oligarques fût de supprimer la démocratie : ils voi>laient seulement la restreindre. 11^ ne songeaient pas à un coup d'État, comme le fut plus tard la révolution des Quatre-Cents» au profit d'une aristocratie étroite et tyrannique; mais à des réformes progressives qui modifieraient la constitution existante et qui la ramèneraient insensiblement à la constitution antérieure à Périclès. Ils comptaient, laissant au peuple le droit de voter, le droit de juger et le droit d'élire, lui enlever l'éligibilité à toutes les magistratures, supprimer la paye des tribunaux et de l'Assemblée^ ainsi que la rémunération des fonctions publiques, et rendre son ancienne puissance au sénat conservateur de l'Aréopage*.

1. Cf. Aristophane et le scoliaste, Acham.j v. 5, 375, sq, 503, 656; Equit., y. 1 à 155, 255 à 481 , 703, 795, etc. ; Eapolis, Platon le Comique, Phrynichus, Pragm. Comte. Grxc.y édit. Didot, p. 191, Îl9, 259; PluUrque, Nicias, II; Thucydide, III, 36, IV, 27.

2. T6^ avait été du moins l'ensemble des desseins de Cimon (Plu-

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Il n'y avait pas que la question de principe — aristocratie ou démocratie — qui remit les deux partis en présence; il y avait aussi une question d'intérêts immédiats. Depuis plus de trois ans que la guerre était engagée avec Sparte, la classe riche était ruinée par les armements qui étaient exclusive ment à sa charge et par les ravages des Lacédémoniens sur les terres de TAttique qui lui appartenaient toutes. Elle aspirait à la paix. La plèbe, que les hautes payes, les constructions navales, les fabrications d'armes enrichissaient, voulait la continuation de la guerre ^

 la tête du parti oligarchique était Nicias, fils de

Urque, Cimon, IX, XIX, XX; Pericl VIII, IX), et il ne semble pas que le parti ari8tocratic|tie, qui continuait la politique de Cimon et qui avait mis à sa tête le pusillanime Nicias, voulût davantage. — C'est donc à cause de la fréquentation constante des auteurs anciens, qui n'avaient pas songé comme nous à employer mille nuances dans la désignation des partis, qu'on représente Athènes, après la mort de Pèridès, pû'tagée entre les oligarques et les démocrates. Il n'y avait ni parti aristocratique ni parti démocratique ; il y avait le parti réactionnaire et le parti avancé.

1. Cf. Aristophane, Àchar., y. 180, sq., 1021-1035; Pax^ v. 455 à &10, 1195 à 1165; Plutarque, Nicias, IX. — Aristophane a consacré trois comédies entières : les AchamienSj les Chevaliers et la Paix^ sans parler de Lysistralaj d'environ douze années postérieure à la rivalité deKléon et de Nicias, à la lutte des partisans de la guerre et des partisans de la paix. C'est là qu'on retrouve, en tenant compte des exagérations scéniques et de la mauvaise foi du poète, la véritable et ti?inte histoire d'Athènes pendant la guerre du Péloponnèse. M. Emile

202 HISTOIRE D'aLCIBUDE.

Nicératos^ Orateur éloquent, habile capitaine, possesseur d'une immense fortune qu'il employait avec magnificence, plutôt pour se la fi^ire pardonner que dans un but d'ambition, Nicias s'était déjà fait un nom comme stratège par plusieurs campagnes heureuses '. C'est même à sa réputation militaire qu'il devait d'être chef du parti des chevaliers , car il lui manquait la première qualité de Thomme politique : la résolution. Timide et défiant à Texcès, ennemi de toute détermination énergique, superstitieux jusqu'à l'imbécillité, le moindre bruit le troublait, le dernier des sycophantes le terrifiait, le plus insignifiant présage ou le plus infime obstacle l'arrêtait dans ses desseins ' .

Autour de Nicias se groupaient les principaux

oligarques : les stratèges Démostbène, Pakhès et Lakhès, le riche chevalier Phaeax, Thucydide, fils d'O-

Deschanel dans ses Études sur Aristophane^ assimile très-justement, au point de vue historique, les comédies d'Aristophane, à la SaUre Ménippée, aux Tmgiques et au Baron de Fœneste,.

1. Aristophane, Bquit,, v. 1, sq; Thucydide. IV, 27; Plutarque Nicias, II, III : Alcib., XIII, XIV.

2. Plutarque, Nicias, If, III : Cf. Eupolis, Phrynichus, Telodide, Fragm. Comic, Graec, édit. Didot, p. 126, 179, 219.

3. Plutarque, Nichas, II, lU, IV; Cf. Thucydide, VII, 42, 49; Arbtophane, EquU, ▼• 1 à 31; Zupolis, Phrynichus, TelecUde. F)ragm, comic. Grxc., p. 126, 127, 213, 219.

LBS SUCCESSEURS DE PÉRICLKS : CLÉON. 203

loros, Théramènes, fils d'HagnoB, le rhéteur Anti-phoD*.

Le chef du parti démocratique était Rléon, ce corroyeur qui ét&it devenu célèbre du jour au lendemain par son accusation contre Périclès*. Rléon n'avait pas appris la rhétorique et la politique dans les écoles des sophistes, mais au Pnyx, à l'agora, surtout dans les ateliers et sur les marchés d'Athènes et du Pirée. Méprisant toutes les règles de dignité oratoire que l'usage arait consacrées et imposées, le premier il enfla la Toix dans l'Assemblée, rejeta son pallium par-dessus ses épaules, frappa sa cuisse du poing, agita les bras, et marcha à grands pas en haranguant les Athéniens. Kléon avait l'éloquence du tribun, véhémente, rude, hardie. Il passionnait et il entraînait la multitude'- Hais il prenait surtout sa grande force dans le judicieux instinct du peuple qui voyait en lui le défenseur de

1. Aristophane. Equit., v. I^sq; Thucydide, IV, 105, 106; VIII, 68; PloUrque, Niciat, II, Àlcib.f XUI; Vit, 1. Orat. Antiph., I, III.

2. Cf. Aristophane, Aeharn.^ v. 5, 375, sq. 503, 6h6;Squit,, ▼. 1 à 155, 255 à 481, etc.; Thucydide, 111,36, 37; IV, 21-23; V, 7, 16; Plalarque, NieiaSy II, VII, vni; Pericl. , XXXV.

3. Platarque, Nieiatj II, VII, VIII; Aristophane, Àcham., v. 5, 175, 503; Squit., v. 1 à 155, 255 à 481, 703 à 795; Thucydide, IV, 21-27; y. 7, 16; Eupolis, Phrynichus, Teleclide, Fragm. Comte. Grxc.f édit. Didot, p. 126, 177, 213, 219; Plutarque, de Reip. ger,; de malignitat. Herodot,

ses droits menacéSy et qui le considérait, quoiqu'il en

fût indigne, comme le véritable successeur de Périclès. Kléon représentait la continuation à outrance de

la politique intérieure et extérieure de Périclès : la souveraineté populaire sauvegardée, la démocratie marcliant en avant, la guerre contre les Doriens, l'abaissement de Sparte, la prépondérance d'Athènes sur toute la Hellade. Nicias, au contraire, représentait le retour aux traditions de Cimon et de Thucydide l'Ancien : le rétablissement de l'aristocratie, la paix à tout prix avec le Péloponnèse, l'équilibre entre les Ëtats grecs ^ Pour l'oligarchie athénienne, combattre les cités doriennes qui toutes se régissaient par l'oligarchie, c'était presque se combattre soi-même ; à la démocratie, elles étaient deux fois ennemies. Aussi, l'épithëte de (piXoXaxcov, euphémisme pour traître, dont le Peuple

avait autrefois flétri les partisans de Cimon, commençait-elle à circuler de nouveau dans la foule ^ Enfin, et c'est tout dire, à Athènes où la démocratie était établie depuis de longues années, le parti de Nicias, si éminents'que fussent les mérites, les vertus, les talents des hommes qui le composaient, était la faction,

1. Cf. PluUrque, PeHcl.f VIII, IX, X, XVIII; Cimon, IX, XVIII XIX, XX.

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