Thucydide, IV
deuxième soutenu par le troisième, le troisième poussé par le suivant, et ainsi jusqu'au dixième, jusqu'au vingt- cinquième rang. Chaque nouvelle rangée d'hommes décuplait l'impulsion et la résistance de la rangée qui la précédait. Gomme le remarque judicieusement le tacticien Éiien, le premier rang était le tranchant de la phalange ^ et ne prenait sa force et son action que de la masse condensée et serrée des autres rangs qui l'appuyaient et le poussaient'. Dans cette rencontre de deux forces énormes, lancées avec une égale violence, combien de piques rompues, de boucliers bossues, d'hommes renversés et écrasés ! Quel fracas sinistre et éclatant ébranlait l'air, au choc des cuirasses et des boucliers ! Quel grandiose spectacle d*horreur que ces deux troupes se précipitant Tune contre l'autre s abordant, fléchissant d'abord toutes deux sous la violence du choc qui devait imprimer un mouvement de recul jusques aux derniers rangs, puis se rejoignant aussitôt, se confondant un instant et finissant par
1. Le terme de phalange signifiait originairement, dans le langage militaire des Grecs, [Ford re en bataille des hoplites, c'est-à-dire Tassembiage de ces profondes files d'hommes. La phalange ne devint qae sous Philippe de Macédoine, père d'Alexandre ^ le nom distinctif d'un corps particulier. Cf. iElien, demilitar, ordinib., Y, et ses commentateursj F. Robortello et Bouchaud-de-Bussy.