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306 HISTOmB d'alobiabb.
lecture du livre V de Thucydide, il ressort clairement que les Spartiates conclurent la paix avec les Athéniens pour deux motifs : d'une part, pour se faire rendre les prisonniers Spartiates de Sphactérie ; d'autre part, par crainte que les Argiens avec lesquels la trêve expirait ne les attaquassent en même temps que les Athéniens» et que Sparte ne pût résister à ces deux états coalisés ^ Selon le même témoignage» dès que, la paix conclue, les Spartiates eurent recouvré leurs prisonniers, ils n'en méditèrent qu'avec plus de haine la perte d'Athènes. Pour réussir dans leurs desseins, ils avaient deux plans différents, mais chacun d'eux devant donner le même résultat. Le premier était de réduire les Argiens isolés, avec ou sans l'aide des Athéniens, afin que libres de ce côté, ils pussent, de concert avec leurs alliés de Gorinthe et de Béotie, se retourner contre Athènes et abattre définitivement sa puissance. Le second était de contracter une alliance avec les Argiens et leurs alliés, et de joindre leurs troupes aux leurs propres et à celles de Gorinthe et de Béotie pour écraser les Athéniens *.
La situation topographique d'Argos la forçait à s'al*
1. 'Ûot' àSuvoia tlvai içetCvtto 'A^eCot; tmX ^6iiva(oic à|ia icoXtlAelv. Thucydide, V, 14. Cf. V, 2Î.
2» Thucydide, V. n, 23, 29» 36, 37, 38, 39, 40, 41.
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lier, soit avec les États secondaires, soit avec les Lacédémoniens, soit avec les Athéniens. Les Argiens n'ayant réussi qu'en partie à conclure alliance avec les États secondaires, se retournèrent vers les Spartiates et vers les Athéniens. S'ils ne s'alliaient pas avec Athènes, ils s'allieraient avec Sparte ^ Assurément mieux valait pour Athènes accepter cette alliance que de la laisser à Sparte. Dans une telle occurrence, Alcibiade n'est donc point à blâmer mais à louer d'avoir deviné les manœuvres des Lacédémoniens et de les avoir prévenues en fiiisant conclure l'alliance argienne. Il agit ainsi par ambition, par animosité contre Sparte, par opposition à Nicias ; mais, comme l'affirme bien explicitement Thucydide, que l'on ne saurait accuser de partialité en faveur d' Alcibiade, il avait aussi en vue le bien de l'État'.
Si les Athéniens avaient écouté les conseils de Nicias, ils se seraient trouvés d'un jour à l'autre isolés et avec leurs seules forces pour résister aux forces combinées de toute la Grèce. En suivant l'avis d' Alcibiade, ils furent au lendemain du traité avec Argos réunis à la
t. Thucydide, V, 27, 28, 29, 40, 41, 44. Ct Diodore de Sidle, XII,77.
2. *9(ii/ctMadt) iléiMi |iàv xat àfieivov sTvcii«p6( to^c 'ApYciov( i&âX*^ Xov xwpttv,... Thucydide, V, 43é
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ligne puissante des États secondaires, du Péloponnèse, et, selon toute prévision S en état de réduire rapidement les Spartiates si ceux-ci osaient reprendre Tofiensive. Le traité d*Alcibiade qui, par les nombreux et imposants renforts qu'il assurait aux Athéniens, consolidait leur puissance en temps de paix et doublait leurs forces en temps de guerre, avait un autre avantage pour Athènes : il déplaçait en cas de conflit le théfttre des hostilités. G^ ne serait plus sur les confins de la Béotie, en Attique, aux portes mêmes d'Athènes, que se rencontreraient les belligérants ; ce serait au cœur du Péloponnèse, dans les plaines de FArgoUde, dans les yallées de la Laconie, aux portes mêmes de Sparte. Sur ce terrain» les Athéniens victorieux marcheraient sur Sparte ; vaincus, ce serait Argos ou Hantinée que les Spartiates menaceraient, mais non point Athènes. L'axiome stratégique qui prescrit de porter toujours la guerre sur le territoire ennemi eut son application à Hantinée. La victoire qu'y remportèrent en 418 les
1. Le sort incertain des armes détrompa ces prévisions à Hantinée, où Tarmée alliée des Argiens, des Mantinéens, des Éléens et des Athéniens fut vaincue par les Spartiates. Mais qui pouvait raisonnablement penser que les Athéniens, qui depuis le commencement de la guerre avaient presque constamment, avec leurs seules forces, vaincu les Spartiates, seraient à leur tour vaincus par le même ennemi, lorsque l'adjonction des contingents d'Argos, de Mantinée et d'filis aurait doublé leur effectif de guerre?
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Lacédémoniens sur les confédérés Argiens-Athéniens, n'apporta à Lacédémone aucun avantage sérieux. Une défaite eût à jamais anéanti sa puissance^
Donc, l'alliance argienne, loin d*étre inopportune, loin d'être nuisible aui Athéniens, leur fat au coutraire avantageuse^ peut-être nécessaire. Quant à la guerre avec Sparte, ce traité ne la ralluma nullement ; et, sans un événement bien imprévu alors, l'exil d'Aïdbiade, ce traité eût pu l'éteindre pour longtemps. Par un de ces compromis étranges dont l'histoire de la Grèce offre plusieurs exemples, le traité avec Ai^os n'annula pas le traité avec Sparte ^. L'alliance fut rompue; mais la trêve subsista, sinon en fait, du moins en droit, pendant quelques années. A la vérité, en 419, les Athéniens, pour donner satisfaction aux Argiens, inscrivirent, d'après la motion d'Alcibiade, sur la stèle où était gravé le traité, ces mots : « Les Lacéc dèmoniens ont trahi leurs serments'; » en 418, un contingent athénien, joint à l'armée argo-mantinéenne, combattit Tarmée lacédémonienne à Mantinée*; en
1. Cf. Plutarque, Âlcibiad.^ XV; Thucydide, V, 45-74; VI, 16; Diodorede Sicile, XII , 79.
2. KaX al [hase fœdera) tdW AaxeSaiti.ovCttv xal 'A67)vai(av oOx àics^ pf)vto To^ou Ivexa où8' {19 'éTépii>v, Thucydide, V, 48.