Xénophon, Memorab,, I
des aulétrides et de gais compagnons S n semblait le Dieu même des Bacchanales antiques. Mais le lendemain y il passait en revue un corps d'hoplites au Lycée, il faisait décréter l'armement de cinquante trirèmes ou la levée de deux mille hoplites, voter un psephisma, abroger une loi, il s'embarquait pour une campagne, il conférait dans une hétairie, avec ses af« filiés pour préparer quelque importante élection.
Privilège du génie, Shakespeare a deviné Âlcibiade sans le connaître^. Il le peint en trois lignes, mieux que ne le pourraient faire dix volumeà d'histoire, lorsque, dans son Timon d'AthèneSy il le représente en costume de guerre, à la tête de ses troupes et entouré de deux belles courtisanes. Yoici Alcibiade : ecce komo. Sous l'exagération scénique, on reconnaît l'homme qui le matin discourant à l'Assemblée forçait le soir le gy-
1. Platon, Sympos., p. 213. Cf. Plutarque, Aletbiad,, IV, V, VI ; Athénée, XII, 9.
2. Certes Shakespeare savait étudier l'histoire quand ce travail importait à son œuvre. Le Jules César en fait preuve. Mais il ne semble pas que le grand Anglais ait même lu la Vie d' Alcibiade de Plutarque. Rien ne s'y rapporte dans le Timon. Sans doute, Shakespeare puisa quelques vagues renseignements sur Alcibiade dans une annotation de la Vie de Marc-Antoine (Antonius, LXX), au passage où Plutarque parle de Timon. On sait d'ailleurs que le Timon n'a pas la prétention d'être une pièce antique, et que ce serait un anachronisme que de le jouer en costumes grecs.
VIOLENCES BT DliBAUCHES d'aLGIBIADE. 363
nécée, qui la veille conduisant une orgie s'embarquait le lendemain pour conquérir la Sicile.
En guerre même, où Athénée assure qu'Alcibiade se faisait souvent accompagner par deux hétaïres, Timandra sa maltresse et ThéodèteS Alcibiade affectait tous les raffinements d'un sybarite. Souvent, afin de coucher plus mollement, il faisait percer le plancher de la trirème et on y pendait son lit avec des sangles tissées d'or ^ A Tarmée, sa tente, présent desÉphésiens, était grande, magnifiquement ornée et peinte de plusieurs couleurs ^ Ses armes étaient plus riches et plus brillantes que celles des autres Athéniens^ chefs ou soldats ; et il portait un bouclier lamé d'or et d'ivoire où Ton ne voyait aucune des figures symboliques adoptées généralement par les Athéniens, une chouette, un hibou, une tête de gorgone, une branche d'olivier, une Thémis armée, une hydre, mais un Amour lançant la foudre *.
1. Athénée (XII, 9), semble môme affirmer qu'Alcibiade menait toujours avec lui ces deux courtisanes quand il était à la tête de Tarmée. Cest là une légende. Cependant Alcibiade agit peut-être ainsi quelquefois, dans certaines expéditions.
2. Plutarque, Alcibiad., XVI. — C'était comme une sorte de hamac massif, bien plus confortable assurément que les hamacs de nos jardins ou des entreponts de nos nayires.
3. Pseudo-Ândocide, C. Âlcihiad., 30; Plutarque, llcibidd., XII.
4. Athénée, XII, 9; Plutarque, Aleihiad., XVI. — A en juger par
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Il semble qu'à cette époque et depuis longtemps déjà, Alcibiade était par un contraste étrange, pour la masse du peuple, une idole, et pour la classe restreinte des jeunes chevaliers, un modèle. Avant Pétrone, Alcibiade était i'ar&t^ ekgantianim. Les jeunes gens répétaient ses bons mots, imitaient sa conduite et sa manière d'être, copiaient ses modes', tandis que les plébéiens vantaient sa magnificence et sa générosité, et 8*entrete-
le bouclier d'AchUle dans Homère et par le bouclier d'Héraklès dans Hésiode, la coutume de décorer les boucliers de figures symboliques, semble aussi ancienne que ces armes eUes-mômes. Ménélas avait un dragon sur son bouclier (Pausanias, X, 16);Alcméon, au siège de Thèbes, un dragon tacheté; Polynice, Thémis avec cette devise: c Je rétablirai; > Tydée, une peau de lion; Gapanée, un Prométhée porte-torche avec cette devise: « Je réduirai la cité en cendres; » Adraste, une hydre; Étéocle, un guerrier montant à l'assaut ; Hippomédon, logeant Tiphée vomissant des flammes; Hypesbius, un Zeus foudroyant; Parthénopè, un sphynx. On connaît aussi le bouclier de Lamakhos, décoré d'une tête de Gorgone. Cf. Eschyle, Sept, contr, Theb. V. 393, sq.; Euripide, Phenie. v. 451, sq.; Pindare, Pyth., od, VIII; Pausanias, Z, 26; Aristophane et le scoliaste, Ban.j v. 960; Acham, v. 573; PoUuz, I, 10.
Les boucliers étaient, aux temps historiques, soit de bois léger, tel que le figuier, le sureau, le peuplier, le hêtre , le saule, soit de peaux cousues les unes sur les autres ; mais rarement tout en métaL Sur ce bois ou sur ces peaux, on appliquait, pour solidifier l'arme, des lames de métal, fer ou airain. (Homère, /Itod. v, 460 ; Hesychius, s. v. Ixia; Pline, IV, 40; Polluz, 1, 10.) Mais sa richesse permettait à Alcibiade de substituer sur son bouclier des feuilles d'or à des feuilles d'airain ou de fer.
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naient de sa valeur, de son éloquence, de son habOeté comme guerrier et comme homme politique.
Les moindres actions de sa vie privée étaient divulguées, répétées, commentées par tout Athènes. Ainsi, il possédait un chien, remarquable par sa haute taille et sa beauté, qui lui avait coûté la somme énorme de soixante-dix mines K On ne sait par quel caprice, il lui fit couper la queue ; < c'était, remarque Plutarque, ce < que l'animal avait de plus beau : oSerav icéyxaîko^. » Les amis d'AIcibiade lui reprochèrent cette mutilation et lui rapportèrent qu'elle était généralement bl&mée et faisait médire de lui^ < — Eh 1 ce que je vou- • lais est arrivé, répondit Alcibiade. Je le voulais, car c tant que les Athéniens bavarderont sur cela, ils ne « diront rien de pire de moi* 1 »
Cette action d'AIcibiade est devenue célèbre. Plus d'un ne connaît d'AIcibiade que son chien 1 Et a-t-on assez défiguré ou transfiguré cette historiette 1 On Ta érigée en maxime ; on en a souvent changé le sens. Combien qui répètent que ce fut pour faire parler de soi qu'Alcibiade coupa la queue de son chien * ! Or, si