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90 HISTOIBE D'aLCIBUDE.
« la loi?— Assurément, dît Périclès,— Parles Dieux 1
< enseîgne-le-moi ; car j'entends louer certaines perc sonnes parce qu'elles observent religieusement les « lois, et j'estime qu'on ne mérite cet éloge que si on c sait ce que c'est que la loi. — Il n'est pas difficile , c Alcibiade, de te contenter^ répondit Périclès : la loi « est tout ce que le Peuple Assemblé a sanctionné, tout « ce qu'il a ordonné de faire ou de ne point faire. —
< Mais qu'ordonne-t-il de faire? le bien, ou le mal? —
< Par Zeus! le bien, enfant; Teux-tu qu'il ordonne le « mal ? — Et si ce n'est pas le Peuple ; si, comme dans «r l'oligarchie , ce sont quelques citoyens qui s'assem- « blent et qui prescrivent ce qu'on doit faire, com-
< ment cela se nomme-t-il? — Dès que c'est la frac* « tion des citoyens au pouvoir qui ordonne quelque c chose, cet ordre est une loi. — Si, au contraire, un « tyran usurpe la puissance, et qu'il ordonne au peu- <• pie ce qu'il doit faire, est-ce là encore une loi ? — As- « sûrement, répondit Périclès , puisqu'elle est donnée « par celui qui commande. — Mais , reprit Alcibiade* « quand le renversement des lois a-t-il lieu? n'est-ce
< pas lorsque le fort, sans se servir de la persuasion, « contraint le faible à faire ce qu'il lui plaît ? — Je le « pense ainsi. — Ainsi, le tyran qui force les citoyens
< à obéir à ses caprices est donc ennemi des lois? ^
PiRICL&S ET ALCIBIADE. 91
« Assurément. J'ai eu tort d'appeler lois les ordres c d'un tyran qui n'emploie pas la persuasion pour les « faire exécuter, ditPériclès.— Et lorsqu'un petit nom* « bre d'oligarques, ayant la puissance souveraine, dicte « ses volontés à la multitude sans demander son « aveu, faut-il appeler cela une violence ou une loi ? « —De quelque part que vienne l'ordre, qu'il soit c écrit ou verbal, dès qu'il n'est fondé que sur la > force, il me semble plutôt une violence qu'une loi. « — Hais, ce que la multitude, qui a le pouvoir, orc donne aux riches sans obtenir leur consentement
< sera donc aussi violence et non pas loi ? — Gela est
< très-vrai, Alcibiade. Quand nous étions à ton Age, « nous étions forts sur ces difficultés, nous nous plaic sions à subtiliser , à sophistiquer comme tu le fais
< maintenant *• »
Périclès ne fut pas un modèle pour Alcibiade seulement conmie homme politique ; il lui servit aussi d'exemple comme homme privé. Oserait-on avancer que la vie intime de celui qu'on appelait l'Olympien % et qui divorçait publiquement avec sa femme pour épouser sa maîtresse Aspasie, l'hétaïre de MiletS ne