Athénée, V
ASPASIX. 93
naissances en philosophie et en politique^ que par sa beauté, à laquelle Tenfant n'était sans doute sensible qu'inconsciemment, dut séduire Alcibiade. Platon dit qu'Aspasie forma nombre d'Athéniens à l'éloquence politique . Ces paroles ne peuvent-elles pas s'appliquer à Alcibiade plus qu'à tout autre? Avant d*étre l'élève de Socrate, il aurait été l'élève d'Aspasie. Mais si sérieuses que pussent être les conversations d'Aspasie % Alcibiade n'y puisait certes pas les leçons de vertus austères qu'il eût prises au foyer conjugal de son père Klînias et de sa mère Dinomakhè. De plus, Aspasie ne vivait pas dans la solitude. Chaque jour des femmes de toute condition venaient converser chez elle avec les sophistes, les hommes politiques, les artistes les plus célèbres de l'époque*. Parmi elles, il y avait de jeunes Athéniennes absolument vertueuses, telles que la femme de Xénophon, qui ne craignaient pas de se compromettre en se montrant dans le gynécée
1. Platon, Memx.y p. 236. Plularque, Pericl.j XXIV.— A en croire Platon, on doit compter parmi ceux qu' Aspasie forma à la politique et à la rhétorique Socrate et Périclès lui-même. Cf. le scoliaste, ibid.; Alhénée, V, 8; Lucien, dg Saltat., XXV; Harpocration, s v. 'Adwaaia; Fragm, comic, grœc, (édit. Didot), p. 282.
2. Cf. Platon, Menexen,, et les commentateurs ; Plutarque , Pericl, XXIV; Xénophon, Memorab., II, 6 ; jEconomic, II.
3. Anaxagore, Socrate, Phidias, Kallikrates, Ictinus, et tant d'autres. Cf. Platon, Jfenfx., p. 236 ; et le scoliaste, Plutarque, PericL, XXII, XXIV, XXVf.
d4 HISTOIRE D'aLCIBIADE.
de la mattresse de Périclès / ; mais il y avait aussi des étrangères d'une vertu suspecte'. Sans accorder aux rumeurs publiques qui couraient alors plus de créance qu'elles n'en méritent , sans croire qu'Aspasie
faisait pour Périclès ce que Livie fit plus tard pour Auguste*, qu'elle attirait chez elle des femmes athéniennes et étrangères pour les livrer à son mari*, on peut cependant penser que si la demeure d'Aspa^ie n'était pas un Parc-aux-Gerfs, ce n'était pas non plus un prêche. Ainsi, par Périclès et par Aspasie, Alcibiade, dès son enfance, se trouvait initié, sans qu'il y prit peut-être garde , à ce qui devait être le but de sa vie entière : l'ambition et le plaisir. Hais personne ne songeait à lui enseigner le devoir.
1. Plutarque, Perid.f XXIV; Cicéron, de Invent. j I, 99 ; Quintilien, deirutitut, Orator.yY, 19.
2. Aristophane, et le scoliaste, Ac?iam., v. 524, sq. ; Plutarque, Pericl , XXIV, XXIX, XXXII ; Athénée, XIII, 9.