Suétone, Aug,, LXXI
4. Le poète comique Hermippos accusa Aspasie de professer des
opinions impies et d'attirer chez elle des femmes de condition libre
pour les prostituer à Périclès. L'affaire fut portée devant le tribunal
Héiiastique; mais Aspasie fut absoute, gr&ce, dit Escbine, aux larmes
et aux supplications de Périclès, qui semble dans ce procès avoir
plaidé lui-même pour sa maîtresse. Plutarque, PericU^ XXXII. Cfé Athénée, XIII, 5.
Dans un passage des Achamiens (v. 524, sq.; Cf. le scoliaste) «
Aristophane, dit aussi expressément qu'Aspasie avait chez elle des cour^
tisan.
PREMlàRES ANNÉES D'aLCIBIADE. 95
Aldbiade, en sa qualité d'orphelin , jouit très-jeune d'une liberté qui, jointe à sa fortune et à son nom, ne lui laissait voir aucun obstacle dans la satisfaction de ses désirs. Si Kltnias eût vécu, cet homme dont la vie ne se dépensait pas aux mille labeurs de la vie politique eût pris le temps d'élever son fils lui-même; il se fût évertué à corriger ces penchants altiers et impérieux. Périclès ayant sans cesse à prévenir ou à calmer les volontés ou les caprices de cet autre enfant terrible qui s'appelait le Peuple Athénien, n'avait guère le loisir de s'occuper des incartades de son pupille. Il avait encore moins le temps de réformer cette nature qui allait se pervertissant.
Lorsque Alcibiade quitta sa nourrices une Lacédé* monienne appelée Amykla ^, Périclès lui donna comme gouverneur le thrace Zopyros, un de ses esclaves, qui,
1. Les femmes grecques dans ia haute autiquité oe pouvaient se di^nser de nourrir elles-mêmes leurs enfants (Homère^ Ilias, K, V. 83; Odys.j A, v. 446; Euripide, lon.j v. 1460). Mais cette coutume n'était plus en vigueur dans TÂthènes historique, et les quelques femmes qui allaitaient encore s^adj oignaient cependant une nourrice. Aristophane, EquU.,v. 7l3;'Suidas, s.v. Tpoçôç; Plutarque, de Puerii edueand,
3. Plutarque, Akib., I. — Le commentateur de Plutarque prétend que c'était Tusage chez les Athéniens de prendre comme nourrices des Laconiennes. Les auteurs ne disent pas un mot qui puisse justifier cette allégation. La nourrice d' Alcibiade était lacédémonienne; elle aurait pu être athénienne^ thébaine, thrace ou mégarienne.
96 < HISTOIRE D'ALGIBIADE.
selon Platon, était à cause de sa vieillesse incapable de remplir tout autre emploi*. Platon, par la bouche de Socrate, semble blâmer Périclès du singolier choix de ce gouverneur. En effet, peut-être Périclès eûtil pu mieux choisir? Cependant Zopyros n'était qu'un pédagogue, dans le sens que les Grecs attachaient à ce terme : il n'était pas chargé d'instruire Alcibiade, mais de veiller à ce qu'il s'instruisit. Ses fonctions consistaient surtout à accompagner Alcibiade dans les écoles, les palestres et les gymnases ' où l'appelait la double éducation athénienne qui développait à la fois les facultés de l'esprit et les forces du corps. L'esclave Zopyros n'était donc pas trop indigne de cette charge assez peu élevée. Sa vieillesse même, que raille Socrate y était un titre de plus au respect de son élève. Quoi qu'il en fût, Zopyros devait s'ingénier à ne pas contrarier les volontés d' Alcibiade, et à se montrer indulgent pour ses caprices et ses violences.
Un jour que l'enfant, déjà robuste, s'exerçait à la lutte, vivement pressé par son antagoniste et se voyant sur le point d*étre renversé, il le mordit à la main pour lui faire lâcher prise. Indigné de se voir arracher la victoire d'une façon aussi déloyale, celuin^i lui