CHAPITRE DEUXIEME
Les mœurs antiques. — Les amis d'Âlcibiade. — Les sophistes.
— Socrate. — Première entrevue de Socrate et d'Âlcibiade.
— Socrate et les jeones gens. — Les doctrines socratiques.
— Ambition excessive d'Âlcibiade. — Cause de Fascendant de Socrate sur Âlcibiade. — Les leçons de Socrate et la politiqae d'Âlcibiade.
Autant par sa beauté et son esprit que par son iliQstre origine, son tuteur Périclès et ses richesses, Âlcibiade était célèbre avant qu'il eût vingt ans. Déjà sa Tie de plaisirs et son avenir de gloires excitaient les 6DYienz ; déjà on inventait contre lui toutes les calomnies. On l'accusait d'avoir tué d'un coup de bâton un de ses esclaves dans la palestre de Sibyrtius, ^ de s'être enfui encore enfant de la demeure de Périclès pour dler habiter avec un certain Démokrates dont il était
1. Antiphon, Frapm. (Orator. im'c.,édit. Didot, t. Il, p. 281). Plutarqae, Aldbiad. IIL
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aimé S de prendre part aux orgies nocturnes du culte de la Déesse Gotytto' ; on lui reprochait encore d'autres actes de débauche et de violence. Dans la suite, ces dififamations dont ne sont jamais exempts les grands acteurs de l'histoire^ furent recueillies et répétées par les adversaires politiques d'Alcibiade et par les adversaires judiciaires de son fils'. A l'exemple d'Aristophane dont là verve ne respectait ni TËtat, ni la vertu, ni le courage, ni la divinité , les poètes comiques Eu*
1. Antiphon/ Fragm, {Orator. Attic.y édit. Didot, t. Il, p. 281). Plutarque, Àlàhiad. ni. — Antiphon ajoute qu'apprenant la dispaiition d'Alcibiade, son tuteur Ariphron voulait le faire crier à son de trompe; mais que son autre tuteur, Périclès, s'y opposa en disant : « S'il est mort, cette proclamation ne nous en apprendra la nouvelle ■ qu'un jour plus tôt; si au contraire il est vivant, elle le déshonorera < pour sa vie entière. > Plutarque fait d'ailleurs justice de ces allégations odieuses. Il qualifie d'abord l'ouvrage d'Antiphon, auquel il emprunte ce récit, de libelle, d'écrit injurieux, XoiSoipCa; et il conclut ainsi : « Doit-on ajouter foi à des imputations que cet auteur lui- « môme avouait n'avoir publiées que par la haine qu'il portait à Alcic biade?»
2. Argum. ad'Bapt. Eupolis {Fragm. Poet. Comte, Grxe,^ édit. Didot, p. 157). Thémiste, Orat,, VIII.
3. Thessalos, Androklès, Andocide, Antiphon, Lysias. On verra, dans la suite de ce livre, le rôle de plusieurs de ces accusateurs. Parmi eux Lysias surtout mérite d'être flétri comme calomniateur. Son premier plaidoyer contre le fils d'Alcibiade (Contra Alcibiadem Minortm Orat, I), écrit avec une violence inouïe, n'est qu'une longue imposture. Nous avons eu à différentes reprises, l'occasion de nous en convaincre. Au moyen des textes impartiaux de Thucydide, et d'autres historiens, avec lequel il se trouve en contradiction, nous l'avons prit
LES AMIS d'ALCîBIADE. 109
polis et Phérécratès ne craignirent point d'ajouter à
ces calomnies d'autres calomnies ^ Plus tard enfin, quoiqu'infirmant rautorité des orateurs et des poètes qui avaient transmis ces impostures» les historiens commirent la faute de les sanctionner en les consignant dans leur récit. Ils auraient dû reconnaître daDs ces calomnies, non des faits plus ou moins dou-* teux, TùBia ces armes infâmes qu'on forge aux époques de trouble.
Comme tout homme de valeur, si Alcibiade dès sa jeunesse avait des ennemis, il avait aussi des amis. Ceux-ci étaient même en plus grand nombre que ceuxlà. D'une part, la fortune politique d'Alcibiade que quiconque pouvait prévoir, et son ambition eflFrénée, qu'il avouait avec orgueil ', le faisaient rechercher de tous les hommes de parti, oligargues ou démagogues. Pour se fortifier, on prenait à tâche de l'attirer par-
en flagrant délit de mensonge. Voir particulièrement les §§ 37, 33 et 168. — On sait d'ailleurs que certains avocats contemporains sont célèbres par la manière dont dans certains procès civils ils se serrent de la médisance et de la calomnie contre la partie adverse. Si Lysias vivait , il serait leur maître à tous.
1. Aristophane, Acham.,'v, 716; Eupolis, ir yum. ad BapU, Phérécratès, Fragm. {Fragm. Comte. Grœc.j édit. Didot, p. 157 et p. 114.) lescoliasted'Aristophane, Proï. IX, A. Cf. Thémiste, ;Ora<., VIII; et Hesjchius, s. v. xuaOoxopiavT).