Platon, Prim, Alcib,, p. 105, sq
mi soi) ou pour parvenir avec lui au pouvoir, on tentait de s'attacher à son étoile déjà visible. D'autre part, son esprit railleur, sa grande beauté, ses prodigalités fastueuses, son existence de viveur, pour employer un néologisme nécessaire à la peinture de ce caractère, lui attiraient la société des parasites et des jeunes débauchés d'Athènes.
Âlcibiade cependant, irascible, altier, fantasque, n'était pas toujours d'un commerce agréable. On raconte que voulant une fois mettre à l'épreuve l'amitié de ses familiers, il imagina cette sinistre comédie. 11 plaça au fond d'une pièce obscure de, sa maison une statue qui, recouverte d'une draperie, avait l'apparence d'un cadavre. Alors, ayant mandé ses amis, il leur dit qu'il venait de tuer un homme et qu'il les conjurait de l'aider à le faire disparaître. Tous se retirèrent, de peur d'être considérés comme complices du crime. Seul le beau Rallias, fils d'Hipponikos, offrit son secours. Alcibiade lui découvrit aussitôt son stratagème ; mais il conçut une vive amitié pour Rallias ^
Souvent aussi Alcibiade aimait à rendre de vrais services à ses amis. Un jour, un métœque qui désirait
l. Polyen, I, 40, % 1.— Cette amitié devait se rompre dans la suite, k cause d'afibires d'intérêts, après le mariage d' Alcibiade à la sœur de Kallias, Hipparèthe. Plutarque, Àkih., VII] ; Pseudo-Andooide^ C. Alcib., 13, 14.
LBS AMIS d'ALCIBIABB. 111
depuis longtemps connaître Alcibiade, se décide à le venir voir; il est introduit près de lui; il lui fait les pins ardentes protestations d'amitié ^ Alcibiade pris de sympathie pour cet homme Tinvite à dîner*. Après le repas, il lui ordonne de se trouver le lendemain sur l'agora où l'on devait renouveler certain bail des fermages de rËtat, et de mettre une surenchère. Le
1. Cet homme, dit Plutarque (Alctb., Yfl], après ayoir vendu le pea de biens qu'il possédait, réunit la somme de cent statères, et eut la simplicité de porter son petit trésor au riche Alcibiade, en le pressant de l'accepter. Celui-ci feignit de prendre l'argent, et le rendit au métœque à la fin du dîner.
2. Les repas des Athéniens, que Ton pourrait appeler les repas réglementaires, étaient ràxpdTia(ia' (déjeuner, pris de grand matiu), l*ifi«tov ou 6etXtvôv (sorte de goûter vers le milieu du jour) et enfin le Mticvov (dîner, après la troisième heure de midi). De ces trois repas, le Scticvov seul était sérieux; les deux premiers étaient très-légers, car, comme le dit Plutarque (Quœtt, Sympos., VI, Vni), « les Grecs esti- ■ maient qu'il était mauvais de manger copieusement dans le repas du « matin, et qu'il suffisait de prendre un bon repas après les trayaux du ■jour.» (Athénée, I, 9; V, 4; Bustathe et les scellés, ad Iliad., B; ad Odysi., B, et P; Suétone, Vitel., XIII ; Horace, Satyr, I, t. 6 et 7 ; Sénèque, Epistol, 83; Celse, I, 3).
Il y avait encore le x£&|loç qui répond parfaitement à notre souper, dans le sens viveur du mot. Difl'érent du av^jucôatov, qui n'était souvent qu'un prétexte à réunion et à causeries , quoiqu'on y bût grassement et qu'on y admit, vers la fin du repas, des chanteuses^ des danseuses et des joueuses de flûte, le %&\i.oi était une véritable orgiCé On le commençait après le dîner (Stîicvov), et il se continuait souvent jusqu'au lever du jour. Ces deux sortes de souper, le av(iir6aiov et le uâ|io^ étaient à Athènes les seules véritables formes de réunion intime. Platon, Sympoiion; Plutarque, QtuetU Sympos.; Varron, VII,
112 HISTOIRE D'aLOBIADE.
pauvre métœque se défend d'abord^ alléguant sa pauvreté et le haut prix de ce fermage qui était de plusieurs talents. Toujours prêt à s'irriter, Âlcibiade le menace de le faire fustiger par ses esclaves s'il ne lui obéit pas. Tout effrayé, cet homme se rend donc le lendemain devant les Polètes, à Tagora, et se mêle à la foule de traitants. Lorsqu'on va adjuger le fer. mage au même prix que dans le bail précédent, le métœque met une surenchière d'un talent. Les fermiers furieux se liguent contre lui; ils exigent qu'il indique un citoyen comme caution, persuadés qu'il n'en trouvera pas. En effet, cet homme, interdit, se retire déjà, lorsqu'Alcibiade, qui était venu là pour assister au désappointement des fermiers, dont on ne sait pour quelle cause il voulait se venger, crie de loin aux niagistrats d'inscrire son nom, que l'enchérisseur est de ses amis et qu'il est sa caution. Les anciens fermiers se trouvant alors fort embarrassés, car ils étaient accoutumés à payer les arrérages du premier bail avec les bénéfices du second, offrirent de l'argent au métœque pour l'engager à résilier l'affaire. Alcibiade ne voulut pas qu'il acceptât moins d'un talent. Ceux-ci
89; GicéroQ ad Fam. IX, 24; Becker; CharieUs Excur. , II; Winckelmann, Monum, Antic, inédit, j p. 200, Millio, Vases antiques, t. II, p. 58.
LES AlOS D'âLCIBIADB. 113
finirent par donner cette somme, qui à Athènes était presque une fortune ^
Parmi ces compagnons de plaisir, qnelques-uns, il &ut bien FaYOuer, éprouvaient ponr Alcibiade, < la « plus beau des Grecs, » un sentiment suspect. Mais Alcibiade^ selon le témoignage de ses contemporains, repoussait avec mépris ces honmiages équivoques et rebutait ses nombreux adorateurs par les dédains et les mauvais traitements '.