LES MŒURS ANTIQUES
Ni Aristophane dans ses NtUes^ ni Mélétos dans son ac<cosation contre Socrate, dont Diogène de Laërte a transmis le texte *, n'y font aucune allusion. Assurément ils n'auraient point manqué dans leur haine, d'ailleurs justifiable, contre ce sophiste, de l'accuser d'un crime que les lois athéniennes punissaient avec
une juste sévérité ^ De même pour Alcibiade qui avait
1. Diogène de Laêrte, II, 40. — Voici le texte de eette accusation : « Melétos, fils de Melctos^ du dème de Pythos, accuse par serment c Socrate, fils de Sophroniskos, du dème d'Âlopèce : Socrate est cou- « pable en ce qu'il ne reconnaît pas les Dieux de i'Ëtat et qu'il met à c leur place des extravagances démoniaques. Il est coupable en ce qu'il « corrompt les jeunes gens. Peine : la mort.» La seconde accusation contenue dans le manifeste de Melétps, peut, avec un peu de mauvaise foi et beaucoup d'ignorance, prêter à réquivoque, mais cette équivoque est détruite par ces lignes bien explicites de Platon : « Dis- « nous, Melétos, demande Socrate, commentée corromps les jeunes « gens : N'est-ce pas^ selon ta dénonciation, en leur enseignant à • ne pas reconnaître les Dieux que reconnaît TEtat, et en leur ap- « prenant à honorer sous le nom de démons d'autres divinités ? « N'est-ce pas là ce que tu dis ? — Melétos : c'est cela même. » Platon, Apolog. Socrat, p. 158.
lénophon dans son Apologie, Eschine dans son Discours contre Tiviarquey et tous les auteurs anciens^ témoignent aussi que si Socrate fut accusé de corrompre la jeunesse, ce ne fut nullement à cause de ses mœurs, mais parce que ses leçons antireligieuses et antidémocratiques avaient formé des hommes tels que l'athée Kritias, le plus cruel des Trente Tyrans; l'oligarque Théramène, le collègue de Kritias; Fambitieux Alcibiade, deux fois banni d'Athènes; et le traître Xénophon , qui renia humanitairement sa patrie sous le prétexte qu'il lui était plus avantageux de s'allier à l'ennemi.
2. Xénophon, Sympos,, VIII; Eschine^ C, Timar. § 12 à 34; Dé-
tant d'ennemis. Ses nombreux adversaires politiques n'auraient pas attendu pour le perdre l'affaire aussi imprévue que mystérieuse de la mutilation des hermès, s'ils avaient pu, des son entrée aux affaires, lui intenter une accusation du même genre que celle qu'intenta plus tard àTimarque, l'orateur Eschine.Timarque, convainca des mœurs infâmes dont l'accusait Escbine, fut condamné à la mort civile. Banni de l'Assemblée, de l'agora, de la vie politique, méprisé et repoussé par tous, il se pendit, dit-on, de honte et de désespoir*.
Le témoignage des écrivains postérieurs, de Gi« céron', de Cornélius Nepos*, de Plutarque% de Lu-
mosthëne, C. Ândrot^ 13-15; Samuel Petit, de Legib,, AUie.Yl, 5; Meursius, Themis Attica, î, 6; Gesner, Socrates sanettu Pasderoita, p. 27, 28 (CommefUarii Societatis Gottingensis, t. II).
1. Voir tout le plaidoyer d'Eschine contre Timarque, les scoliastes et les commentateurs : Reiske, Dobrée, Wolff, Dobson, Taylor, Auger, etc. Ce plaidoyer est d'autant plus curieux à consulter sur cette question des rapports de Socrate et d'Alcibiade, qu'Eschlne en un passage (140- 153) lait parfaitement la différence qui existait aux yeux des Grecs en* tre Tamitlô pure et le chaste amour des héros et des grands hommes, tels que Achille et Patrocle, Oreste et Pylade^ Thésée et PirithoOs» Harmodios et Aritogiton^ et les liaisons honteuses des Hmarque et des Hisgolas. Xénophon marque aussi très-explicitement cette diflërenoe, Sympsos., VIII : « Ce Ganymède, dit-il, fut aimé des Dieux non à « cause de sa beauté corporelle, mais parce qu'il avait Pftme vérita— « blement belle. » C'est la théorie socratique.