PlatOD, Prtm. Alcibiad,, p. 105, sq
2. Par sa nature extraordinaire où se contrariaient les vertus les plus rares et les mauvaises passions, Alcibiade dut exciter l'intérAt sinon la sympathie de Platon. Le philosophe, qui le vit sans doute quelquefois et qui parla de lui souvent avec Socrate. l'étudia comme un des plus étonnants représentants de la race humaine. C'est pourquoi nul ne peignit mieux Alcibiade que Platon dans ces pages. En écrivant le livre Y des Lois, Platon ne songeai t>il pas encore à Alcibiade lorsqu'il traçait ce portrait magistral : « L'homme né pour la philosophie a dû apporter sur la terre, esprit, mémoire, courage et grandeur d'âme. Que les avantages extérieurs répondent aux qualités morales, et dès Tenfance il est au premier rang. A peine entre-t-il dans la jeunesse, que tous ses proches, tous ces concitoyens réclament pour eux-mêmes ses talents ; et que déjà les prières, les honneurs, les flatteries l'assiègent : on compte sur l'avenir qne lui marque son génie. Que va-t-il faire cet homme, surtout s'il joint à ces dons de l'intelli-
Taide de sa victorieuse dialectique que lui Alcibiade, lui le plus ambitieux des ambitieux, ne sait rien et n'est capable de rien^ Hais ce n'est pas ainsi que le philosophe aborde le jeune homme, car Tirascibie Alcibiade se rebuterait tout d'abord et continuerait son chemin sans s'arrêter plus longtemps à écouter ces insolences. Au contraire, Socrate qui connaît le faible de son interlocuteur le flatte dans ses projets ambitieux, qu'il semble approuver, dans ses espérances, qu'il feint de partager, dans ses vertus, ses richesses, ses puissaotes alliances, qu'il parait affirmer. Puis soudain, excitant à la fois la curiosité et Tambition d'Alcibiade, il lui apprend que lui seul, Socrate, fils de Sophroniskos, peut le faire réussir dans ses projets. Dès lors Alcibiade est vaincu. Il se rend.
gence^ une patrie illustre, de grandes richesses, une haute naissance et réclat d'une majestueuse beauté? Son âme ce s'ouyrira-t-elle pasà une ambition insatiable? Il se croit d'avance le chef des Grecs et des Barbares ; et sa gloire ne l'étonné pas. Il se grandit lui-môme dans son cœur. Voilà le règne de l'orgueil, voilà le silence de la raison. Comment lui serait-elle permise? C'est ainsi que la jeunesse douée des plus belles qualités a dans ces qualités mêmes des écueils qui la font échouer .quand de mauvais principes l'égarent. Tout lui devient funeste, l'esprit, ropulence et la gloire. Ces âmes supérieures bien dirigées sont l'honneur de l'humanité; une fois perverties, elles causent les plus grands maux dans les États. Mais les esprits médiocres n'ont point de destinée. »