CHAPITRE NEUVIEME
Campagne de Finlande.
En exécution du traité de Tilsit, Alexandre somma la Suède d'abandonner l'Angleterre et de se joindre au blocus continental. Le roi Gustave, qui avait juré sur l'évangile haine à Napoléon, n'eut aucun égard aux injonctions du cabinet de St. Pétersbourg *). Le Danemark se joignit à l'Angleterre et la flotte anglaise parut de nouveau sous les murs de Copenhague, mais cette fois avec d'autres intentions. Un corps russe, sous les ordres du général Buxhœvden envahit la Finlande, sans aucune déclaration préalable de guerre, et les Suédois n'étant pas préparés à résister, les Russes firent quelques progrès. Le général Buxhœvden qui avait l'habitude de
*) Le comte Alopeus, ministre russe en Suède écrit ainsi, dans son mauvais français le- 30 octobre 1807 (v. st.): „Les Su^ dois nommoient ce serment parjure envers la nation .... Dans toute la Suède on n'entend qu'imprécations contre TAngleterre, tant parmi la noblesse que dans le militaire et le tiers-état.^'
boire % fit Bavoir aux habitants que leur propriété ne serait respectée, après la conquête, que s'ils se souniettaient sans résicftance, et comme l'armée suédoise en Finlande était composée en grande partie de Finnois, beaucoup d'officiers la quittèrent pour retourner chez eux. Cette déclaration peu délicate du général en chef faite en russe fut sévèrement commentée dans les journaux de Stockholm. Le général Toutchkoff et le prince Bagration étaient chacun à la tête d'un détachement, mais le premier n'agit pas avec la célérité désirable. La guerre fut faite au cœur de l'hiver, au milieu des neiges et des glaces. Les Russes occupèrent Helsingfors, les Suédois ayant reçu l'ordre de leur roi de ne pas livrer de bataille, afin de feire ressortir davantage l'injustice de l'in^ vasion.
La nouvelle de l'invasion des Russes à Abbarfors était arrivée à Stockholm le 12/24 février, et le Koi ordoima d'arrêter le comte Ali^eus, „pour la perfidie de sa cour". Un officier et deux sergents furent chargés de garder le persotmel de l'ambassade russe, sans lui permettre d'avoir des rapports avec les habitants de la ville, excepté le médecin. L'empereur Alexandre, informé de ce procédé, déclara ne pas vouloir imiter une telle barbarie, et le baron Stading,
'*'*) A la bataiUe d'Austerlitz il dit au général Langeron : — Vous voyez rennemi partout; et Vémïgré français lui répondit : — Et vous êtes dans un état à ne le voir nulle part.
l'envoyé suédois à St. Pétersbourg, fiit laissé en pleine liberté. Le manifeste russe du 16 mars (y. st.) déclara que la Finlande était désormais annexée à la Russie.
Le comte Buxhœvden assiégeait Sweaborg arec plus de succès par la clé d'or que par les armes. Dans son rapport du 24 mars (y. st.) au comte Araktchéieff, alors ministre de la guerre, il écrit qu'il avait dépensé toute la somme extraordinaire et demandait 25 à 30,000 roubles de plus pour des dépenses secrètes qui avaient déjà paralysé la défense. Le ministre, dans sa réponse N° 387, dit: „L'Empereur espère que si, grâce à vos efforts et à votre habileté, là force de la poudre dor a déjà affaibli le ressort de la guerre chez l'ennemi, son entière destruction ne se fera pas attendre".
Le commandant suédois de Sweaborg, comte Gronstedt, n'était pas satisfait de la politique de son gouvernement qui s'était séparé d'Alexandre pour se joindre à Napoléon et y trouvait une excuse pour prêter l'oreille aux propositions de l'ennemi accompagnées d'excellents arguments en roubles. Douze jours d'un bombardement — qui n'était pas infernal comme celui de Sébastopol — le convainquirent de l'action, destructive des batteries russes, et le 21 mars (V. st.) il conclut une capitulation disant que, si le 22 avril, à midi, dix vaisseaux de ligne, au moins, n'étaient pas arrivés à son secours, il rendrait la place
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forte de la Finlande. Lés Busses s'engageaient à prendre sur eux la dette de la ville se montant à 100,000 thalers du pays ou à 200,000 roubles.
Le 27 mars, les Russes occupèrent les îles autour de la citadelle qui leur furent livrées suivant les termes de la convention, et ils y établirent 203 canons. En attendant, Swartfaolm fut occupé par le général Moukhanoff et Abo par Gbepeleff, sans coup férir. Gangud tomba aussi entre les mains des Russes. Le 1 avril (v. si) le contre-amiral Bodisco s'empara, sans effusion de sang, de l'île de Gothland et de sa ville principale Wisbi, la mer s'étant ouverte peu auparayant
L'avant-garde russe, sous Toutchkoff, ne comptait que 6,000 hommes, tandis que le général suédois Adlerkreitz avait 1 2,922 hommes. Le 2 avril, il défit le général Eoulneff à Sakidki, avec une perte de 350 hommes et à 18 verstes de là, à Revolaks, le détachement Boulatoff de 1500 hommes fut détruit, et son chef blessé fut fait prisonnier. Le colonel Oboukhoff, venant à son aide avec trois compagnies, eut le même sort à Pulkillo. Kuopio fut repris par les Suédois qui reconquirent la moitié de la Finlande. Le colonel Wouitch qui avait occupé les îles Âland le 31 mars avec 716 hommes, fut fait prisonnier le 28 avril par une force de 3,000 Suédois. Le contre^amiral Bodisco ne fut pas plus heureux. L'amiral suédois Pedestrem arriva avec cinq vaisseaux à
Gotfaland et y débarqua 5,000 hommes. Les habitants, •au nombre de 33,000 lui prêtèrent main-forte, et Bodiseo signa une capitulation qui lui permit de s'embarquer ayec ses drapeaux pour Liban. Il fut mis en jugement, privé de l'ordre de Ste Anne, première classe, et exilé à Vologda, mais fut bientôt après réintégré dans ses droits.
Le port de Sweaborg continuant à être gelé, et les courriers de Cronstedt étant retenus par les Russes, sous différents prétextes, aucun secours ne put venir et il se vit obligé de rendre le fort. Les Russes y prirent 58 canons en bronze, 1,975 canons en fer et 110 vaisseaux de guerre dont six portaient 24 canons chacun. Le général Buxhœvden reçut pour cette victoire l'ordre de St. George de seconde classe et le général Suehteln l'ordre de St. Vladimir, première classe. Les autres officiers ne furent pas recompensés, parce que, comme l'écrivit le ministre Araktchéieff, en date du 29 juillet: „les troupes n'ont pas eu part à la prise de la forteresse, le succès ne V pouvant être attribué qu'à la sage prévoyance du chef". Quand on reçut à Stockholm la nouvelle de la chute de Sweaborg, personne ne voulut y croire.
L'armée russe fut portée à 34,000 soldats par l'arrivée de quatre régiments du corps de Barclay de Tolly et du régiment de lanciers du grand-duc Constantin. Toutchkoff fut traduit devant une cour mar-
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tiale et le général Baievsky fut nommé à sa place. Le 14 mai, le général Moore arriva à Grothenbourg arec 1 4,000 Anglais, au secours de la Suéde. Le roi Gustave voulait qu'il attaquât de suite Tennemi par derrière, mais Moore répondit que c'était un sûr moyen de faire prendre ses troupes par les Russes. Le roi lui ordonna de ne pas quitter son appartement à Stockholm, mais ses troupes n'étant pas débarquées, il alla à bord d'un vaisseau anglais et repartit avec son armée en Angleterre, pour aller ensuite se faire tuer à la bataille de Corima.
Comme une guerre avec la Suède doit se faire parterre et par mer, nous devons énumérer la force navale des deux puissances belligérantes. La Kussie, au commencement de 1808, avait dans la Baltique 780 canons distribués sur neuf vaisseaux de ligne, 7 frégates, 1 1 batteries flottantes, 00 bateaux canonmers et 322 petites embarcations. Les Suédois avaient 1 1 vaisseaux de ligne, 5 frégates et 300 ba^ teaux à rames, dont ils venaient de perdre la moitié, car ils en avaient brûlé 40 à Abo, et l'escadre prise par les Busses à Sweaborg avait fortifié les uns d'autant qu'elle avait affaibli les autres. En ce temps, les Russes faisaient bâtir quatre batteries flottantes et douze transports. L'amiral Tchitchagoff fut non^mé commandant des troupes de terre et de mer, mais étant ministre de la marine, il était obligé de rester à St. Pétersbourg et de conduire de là les opérations,
ce qui ne pouvait manquer d'amener des conflits avec le général Araktchéieff, ministre de la guerre.
Lord Saumarez vint avec vingt vaisseaux anglais au secours des Suédois. Les instructions que lui avait données Lord Mulgrave disaient entr'autres: „Nous confions à votre direction la tâche importante de la destruction de la flotte nisse'^ Le cutter russe Essai % lieutenant-capitaine Nevelsky, de quatorze canons et avec un équipage de 45 hommes, étant à la recherche de la corvette russe Charlotte, rencontra la frégate an^aise de 50 canons Le SeleU couchanty capitaine Bathurst. On lui cria en russe de ae rendre, mais Nevelsky accepta un combat d'autant plus in- ^al que son bâtiment s'étant jeté sur le sable, ne pouvait virer de bord et ne présentait qu'un flanc à l'ennemi. H fut criblé de boulets et lorsqu'il ne restait plus d'hommes valides, à la sommation de baisser le pavillon, les Russes répondirent: „ Venez le prendre vous-mêmes, il est cloué^^ Les Anglais rendirent aux Russes les honneurs qu'on doit à des braves mutilés.
Les Suédois firent deux descentes en Finlande, mais sans succès. Quinze cents d'entr' eux entrèrent à Vasa, le 6 juin, mais après un combat de cinq heures, le commandant BergenstrQm fut fait prisonnier. Le 22, le général suédois Fegesack, avec
'*') Il fut nommé ainsi, parce que c'était le premier navire à'cloaB métalliques.
4,000 hommes débarqua à Lémo, à 22 yerstes d'Âbo, et fut mis en faite par lé colonel Vadkoygky, le général-lieutenant j^igebewood venant à son secotffs. Excités par les proclamations ^ue les Suédois laissèrent derrière eux, les Finnois .se soulevèrent et leurs partisans firent beaucoup de mal aux Russes; <;ar si les paysans avait peur du caQon, beaucoup d'entr^eux tiraient bien, et il ne fut pas aisé pour l'armée russe, qui en juillet ne se montait qu'à 26,000 hommes^ de combattre contre un million d'habitants, dispersés sur un espace de 200,000 verstes carrées. On ne pouvait obtenir des provisions desHndigènes ni» par des menaces hi avec de l'argent; il fellait fidre venir toutes choses de St. Pétersbourg, et les fournisseurs russes, fidèles à leurs habitudes d'honnêteté, envoyèrent une fois de la brique en poudre, au lieu de farine.
Le roi Gustave VI passa l'été aux îles d'Aland, et le 9/21 juillet il écrivit une lettre à Fempereur Alexandre disant: „Sa Majesté le Roi de Suède invite l'Empereur de Russie de réfléchir sur ses projets à l'égard du Roi, ci-devant son allié, ^-^ à l'égard d'un roi qui règne sur un peuple libre et indépendant — . à l'égard de ce même peuple que l'Empereur a cherché de détourner de sa fidélité de la manière la plus inouïe et la phis répugnante .'. . ."
L'Empereur ordonna de renvoya cette lettre au Roi.
82 HiSToms
Le eommandant suédois ne. profita pas de la supériorité numérique, de son armée, attendant des renforts et supposant les Russes plus forts qu'ils n'étaient. Il ne put armer les paysans, la Suède manquant, de fusils, et ceux qu'on avait expédiés d'An- ^eterre étaient si mauvais qu'il fallut les renvoyer.
Les affaires changèrent de face à l'arrivée du général comte Kamensky. H rétablit la réputation des armes russes à la bataille de Eourtan que les Suédois appellent Bonna. Le général Cronstedt, quoique s'étant ipaititenu sur le champ de bataille, futf obligé, pendant la nuit, de se retirer à Salnû, où le jour suivant 20 août (v. st.), il fut défait par l'avantgarde russe sous les ordres de Eoulm. Le^ deux armées étaient égales en nombre, se montant à 7,000 hommes chacune. Les Busses y perdirent 17 oiBBciers et 776 hommes tués et blessés.
Les différents combats sur mer, pendant l'année 1808, furent couronnés, d'un complet succès pour les Busses. Le 18 juin (v. st.) l'amiral suédois Gielmstem attaqua quartorze ■ bateaux canonniers russes et trois yoles à Gango, et le 22, à Guirvasago, avec huit galères et cinquante bateaux, quarante bateaux russes, sous les ordres du capitaine Sélivanoff, mais il fut défait Le 9 juillet, le comte russe Heiden fut blessé au canal Tavastensker, après avoir remporté la victoire. Le 22 juillet, un engagement sérieux eut lieu à Sando, sous^le capitaine russe Dodt. Le colonel
suédois Pahlen, pour prendre sa revanche de la défaite que ses compatriotes venaient d'essuyer ce jour sur mer, descendit à terre avec 1^000 soldats à Eimouto où il faillit surprendre le comte Buxhœvden; mais attaqué par derrière par un parti de soldats russes revenant des petites îles, il fut obligé de prendre la fuite. Le 2 septembre un combat plus sérieux encore se passa à Gravais et la perte de part et d'autre se monta à 1,000 hommes tués et blessés. Une descente sortie de Gefle, sous les ordres de Lantenhau^en fut repoussée par les Busses et en revenant fit naufrage sur Aland. Le 14 septembre à Gelsinga, 80 verstes d'Âbo, le général suédois Boïe fut défait par le prince Bagration et perdit 1,000 hommes. Comme ses troupes appartenaient à la garde, le roi Gustave en les punissant, ne fit qu'augmenter le nombre de ses ennemis parmi la noblesse dont les officiers faisaient partie.
L'armée russe s'élevait à 44,000 hommes et les Suédois désespérant de sauver la Finlande, proposèrent un armistice que Buxhœvden accepta le 17 septembre, à Lokhto. Gamble-Karleby était le point extrême qui devait rester aux mains des Busses.
84 JEUBTOIRE