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CHAPITRE QUATORZIÈME

Campagne de 1813.

La séparation du général York de l'armée française et son passage aux Russes provoqua, pour ainsi dire, la campagne de 1813. Ce général qui avait servi en Hollande et aux Indes, n'avait suivi Napoléon qu'avec répugnance, et étant d'un commerce difficile, eut plus d'une querelle avec le maréchal Macdonald. Le général-gouverneur de» provinces de la Baltique, le Marquis de Paulocie lui avait représenté que „la Prusse faisait la guerre malgré elle et contre ses propres intérêts, pour un autre Attila, qui, en parvenant à faire la loi eu Russie, aurait immanquablement appesanti le joug sur tous les peuples qui ont combattu pour lui. Le rôle ^orieux de l'immortel la Romana, lui écrivait-il, vous est réservé. En le remplissant avec succès , la postérité vous placera au rang des grands hommes . qui ont été les sauveurs de leur patrie. Avec l'espoir de ne m'être

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pas trompé sur l'idée que je me suis faite sur la noblesse de tos sentiments^' etc.

A cette injonction, York répondait en date de Mitau 8/20 novembre 1812, que „rhomme mûri par Fexpérience ne doit jamais hasarder cet intérêt (l'intérêt de sa patrie et de son roi) par une action émancipée et prématurée. Somana savait positivement ce que sa patrie avait à attendre de l'allié auquel il «'unissait Mais son entreprise sera le modèle par- Jmt de la loyauté, du secret et de la prévoyance des deux côtés". Là-dessus le général York envoyait son aide-de-camp Seidlitz à Berlin, et le 30 décembre il signait à Tauro^en une convention avec le général russe Diebitch. Ce fut surtout Glausewitz qui le persuada en montrant une lettre de Macdonald au due de Bassano que les Russes avaient interceptée et dans laqueUe le maréchal se plaignait de l'esprit de quelques officiers prussiens.

Le roi Guillaume-Frédéric lU le désavoua d'abord pour la forme, ainsi que le général Massenbach; mais bientôt il les réinstalla dans sa confiance, York n'ayant même pas cessé d'exercer son commandement à Kœnigsberg. Schwarzenberg avait refusé de signer une convention, mais il fut tacitement convenu que les hostilités cesseraient de part et d'autre.

La Russie ne pouvait rien faire à elle seule contre Napoléon qui, du jour au lendemain, pouvait réunir en ÂUemagne une armée plus puissante que

n'était l'armée russe sous Koutousoff, Ce dernier était contraire à la prolongation de la guerre, mais l'influence de Stein l'emporta, et le 2 2 février parut une proclamation d'Alexandre offirant aide et appui aux peuples de l'Allemagne contre le commun oppresseur.

La Prusse avait réorganisé son armée depuis la paix de Tilsit, grâce au général Schamhorst et par l'organisation de sa Landwekr^ elle pouvait porter son année de 40,000 à 130,000 hommes*). Le roi tit donc taire son irrésolution qui pouvait n'être qu'une politique bien entendue, et déclara la guerre à Napoléon le 17 mars 1813, après avoir signé le 28 février un traité avec Alexandre à Breslau.

Le prince royal de Suéde eut encore plus d'embarras à condlier sa naissance de Français avec ses devoirs envers son pays adoptif , et le marquis de Londonderry dit qu'il avait jeté un manteau militaire sur des habits pacifiques*"^).

Le 20 février 1$I3 (v. st.) Berlin fut aux mains des alliés, le 7 mars Hambourg, le 10 Lubeek, le 15 Dresde, le 21 Lunebourg; le 23 Gzekstoehono, le 6 avril Spandau se rendirent aux Russes et Napoléon fit passer le commandant de cette forteresse devant

*) On a dit que la bataille d'Téna était perdue avant d'avoir été livrée. Puisse-t->on ne jamais dire la même chose de la jeune armée; mais il est de fait que si les officiers prussiens ont une excellente tenue, les soldats sont trop faibles, et conmie tout le monde sert, peu de gens servent de bon cœur.

**) Campagnes de 1813 et 1814.

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la cour militaire. Le 16 avril, Tfaom rendit ses dés à Koutousoff qui les présenta au Tzar. Ce fut son dernier triomphe. Il mourut à Bunzlau le 22 avril, et son corps fut transporté à St. Pétersbourg, où il fut enterré avec une grande pompe à la cathédrale de Kasan, ombragé par les étendards qu'il avait pris aux Français.

A sa mort, l'armée russe resta sans chef. Le général Barclay de Tolly était trop systématique pour être aimé et n'eut que le commandement d'un corps détaché. Ses admirateurs peuvent juger de ses ca^ pacités par la guerre qui va suivre, et dans laquelle il s'éleva rarement au-dessus de la médiocrité. L'Allemagne voyait dans Alexandre son libérateur, et cette guerre, plus politique que militaire au commencement, était sans doute soii œuvre, car le roi de Saxe avait déclaré vouloir rester fidèle à Napoléon, et l'Autriche était de nouveau en retard. Le prince Wittgenstein reçut le commandement de l'armée russe et se laissa guider par son chef d'état-major Diebitch. L'or anglais écarta bien des scrupules et graissa le char de l'alliance. M. Thiers dit que le roi de Prusse serait resté fidèle à Napoléon si ce dernier lui avait accordé les 90,000,000 qu'il demandait, tandis que la moitié de cette somme seulement lui fut allouée, ce qui représentait la contribution de guerre, et ne dédommageait nullement des frais d'entretien que la Prusse avait supportés pendant le passage de la

d'alexakdus !■». 139

grande armée. Le milUon de livrée sterling fat donc bienvenu à la Prusse, et les deux millions le furent encore 'mieux au prince royal de Suède qui espérait, par la conquête de la Norvège, faire oublier aux Suédois la perte de la Finlande.

Les Saxons avaient de tout temps été traités avec hauteur par les Français et ne demandaient pas mieux que de se séparer d'eux. Mais le roi Frédéric-Auguste était un honmie sans caractère, et tout ce qu'il fit, fut d'aller à Kœnigstein et plus tard à Prague.

La série des batailles avait commencé par le combat de Mœckem le 5 avril, 11 s'agissait de chasser le vice-roi d'Italie de la rive droite de l'Elbe. Le corps dTork chassa l'ennemi du village Danigkow après une longue résistance. Le général prussien Borstell, soutenu par la division russe Berg, emporta d'assaut le village Vehelitz et le général Bulow fit d'heureuses charges de cavalerie à Jehdenick. On fit aux Français 800 soldats et 27 officiers prisonniers. Beauhamais se retira vers les montagnes du Harz. Le 17 avril l'assaut des alliés à Wittenberg fut repoussé, grâce au courage du commandant général Lapoype.

Le 19 mars Davoust avait fait sauter deux arches du pont de Dresde, au grand désappointement des habitants. Le lendemain, il quitta la ville et Wintzingerode y entra le 22, et Blucher le 30.

Le 29 avril, Napoléon arriva à Naumbourg et les

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conserita du oorp de Ney eureBt nn premier engage* ment à Websenfels ayec les cavaliers de Lanskoy. Le jour suivant la réunion du vice-roi et de l'empereur s'effeetua, sans que Wittgenstein eût songé à Tempêcher.

Le l'ornai, avec un effectif de 15090(M) hommes, Napoléon entra dans la plaine de Lutzen et le maréchal Bessiéres fut tué par un boulet. Le jour suivant l'Empereur marcha sur Leipzig, où il croyait trouver Wittgenstein qui, en attendant, attaqua le corps de Ney; au bruit du canon Napoléon revint à Lutzen. Blucher attaqua le village de Eaja avec résolution. Marmont résista avec énergie,,. à la tête de la division Bonnet tonnée de marins. Mais les gardes prussiens emportèrent Eaja et détruisirent presque deux divisions de Ney, quoiqu'elles souffrirent beaucoup elles-mêmes. Wittgenstein, York et Wintzingerode attaquèrent le centre de l'ennemi, où les jeunes gardes leur furent opposés, et l'empereur Alexandre allait faire donner ses gardes, lorsque survint la nuit qui n'empêcha pas Blucher de faire une charge de cavalerie et de renverser le 37^ léger. Les alliés prirent 5 canons et 800 prisonniers, reconnurent une perte de 10,000 hommes et estimèrent celle des Français à 15,000*). Napoléon s'attendait à une

*) Le major Beitzke, dans son Histoire des guerres de l'Indépendance en 1813 eM 8 14 (Berlin 1834) fait de sévères reproches au général Wittgenstein pour la bataiUe de Bautzen et

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bataille le lendemain, mais rartillerie russe n'ayant plus de munitions, Wittgenstein persuada Alexandre de se retirer, et le Tzar eut de la peine à calmer le roi de Prusse qui se voyait déjà à Memel. Cette retraite était d'autant plus funeste pour les alliés, que Napoléon s'en servit pour forcer le roi de Saxe, qui en attendant s'était réfugié sur le sol autrichien, à M donner sa cavalerie. Quant à la forteresse de Torgau, le général Thielmann qui y commandait refusa de la rendre aux Français et passa au service russe et plus tard à celui de la Prusse.

A Oolditz le vice-roi d'Italie attaqua l'arriéregarde prussienne, mais Miloradowitch se porta à son secours et repoussa le 6, le 7 et le S les assauts suc^ cessifs des Français et détruisit les ponts sur l'Elbe. Les Français entrèrent à Dresde le 8 et le lendemain il y eut une f<»te' canonnade avec les Russes. Le 12, le roi Frédéric-Auguste fut obligé de rentrer dans sa capitale; Torgaù Ait occupé par les Français la

la manière dont il a exéenié le plan de Schamfaortt qui reçut dans cette action une blessure dont il mourut après à Prague. Guizot a dit que la guerre était le jeu de la force et du hasard, or Napoléon avait 40,000 hommes de plus que les aUiés et il a été reconnu que les conscrits se battent mieux la première fois que des soldats éprouvés, n'appréciant pas le danger. On n'avait pas l'habitude de battre Napoléon; mais si la guerre consiste à concentrer des forces &upérieures à eeUes de l'ennemi sur chaque point donné, Wittgenstein a certainement eu le tort de ne pas faire donner en masse la cavalerie des alliés qui était presque le double de celle des Fran<;ais.

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senberg slnforma du plan de campagne des alliéfl, le Tzar ordonna de le communiquer en entier, afin de lier par là rAutriche et la faire paraître sous un mauvais jour si elle prenait les armes pour la France. Napoléon en attendant ne se montra accommodant sur aucun point, et lorsque l'Autriche, qui voulait rester dans une neutralité armée, lui ofirit une paix qui lui conservait la Confédération du Rhin, Napoléon la refusa. L'empereur François disait que du jour où il avait donné sa fille à Napoléon, il avait fait de son honneur le sien, mais Napoléon était trop fier pour rien devoir à la protection, et Schwarzenberg dit à Bassano, qui parlait de la parenté de leurs maîtres, que ce que la politique avait fait, la p<ditique pouvait le défaire.

Napoléon passa deux mois à Dresde, mais la foule des rois et des princes qui, il y a un an, se pressaient là sur son passage et se courbaient devant lui dans le respect et l'humiliation, ne s'y trouvait pas, et lorsque Mettemich le visita le 28 juin, et que dans l'excitation de la conversation, le grand capitaine laissa tomber son petit chapeau, l'illustre diplomate ne se baissa pas pom* le ramasser. C'est qu'aussi l'Empereur avait des paroles dures pour le ministre de son beau^ére et lui demandait „combien les Anglais lui avaient donné pour faire ces propositions? Vous profitez de mes embarras. Vous me demandez plus que si vous étiez les vainqueurs^ Cependant raiyrie

n'est pas mon dernier mot". Il est vrai que Metternich ne demandait révacuation de la Péninsule des Pyrénées que depuis que l'Angleterre avait délié la bourse; mais il demandait aussi la dissolution de la Confédération du Rhin et le partage du dnehé de Varsovie.

En conséquence de son refus, Napoléon donna ordre à M. de Narbonne, au congrès de Prague, de Be consentir à aucune acquisition de l'Autriche, sa médiation devant être désintéressée. Ce congrès n'était pas sérieux, car on voulait la guerre des deux parts et lorsqu'il fut levé le 10 août, M. Guillaume de Humboldt accompagna jusqu'à la voiture le courrier autrichien portant la déclaration de guerre à la France; il avait peur qu'on ne changeât d'avis.

Napoléon en apprenant cette issue, songea à se réconcilier avec Alexandre pour se venger de l'Autriche, n lui abandonnait la Pologne, disant qu'elle n'avait jamais été pour lui qu'un moyen et jamais une affaire sérieuse, mais le Tzar avait déjà amnistié les Lithuaniens de la participation qu'ils avaient prise à la guerre de 1812 et avait promis à Bemadotte la couronne de Napoléon*). Ce dernier tenta encore une fois de se remettre avec l'Autriche, et Mettemich lui offrit même les villes libres, mais Na-

'*') Il avait dit au général Wassiltcliikoff, après la bataille de Bautzen: „La guerre finira à notre profit et Napoléon ne régnera plus; mais je regrette le monde et le temps qu'il faut perdre".

poléon ne voulait pas seulement donner Dantzig à la Prusse et avait foi dans son étoile.

Déjà, le 10 juillet, les alliés avaient eu un conseil militaire à Trachenberg en Silésie, auquel assista le prince royal de Suède, et on y adopta le plan du général russe ToU qui donnait aux différents corps des alliés le camp français pour rendez-vous. Le prince de Schwarzenberg étant un bon diplomate et un mauvais militaire fiit nommé chef de l'armée combinée, n eut Radetzky à la tête de son état-major, mais Langenau faisait plus que Radetzky. L'empereur Alexandre qui avait commandé à Bautzen, se réserva la faculté d'intervenir quand bon lui semblerait, n eut pour conseiller Moreau qu'il avait déjà appelé en 1805, et qui venait de quitter les États-Unis pour venir combattre Napoléon, son ennemi personnel, croyant que la France était encore républicaine et prête à se soulever contre son maître. Jomini avait quitté les Français parce qu'on ne voulut pas le faire lieutenant-général, et avait passé du côté des Russes qui respectaient en lui un grand ^ auteur en stratégie, mais ils virent bientôt qu'il n'était pas tacticien, car, sur un champ de bataille, il manquait de coup d'œil et ne put jamais, même approximativement, estimer la force de l'ennemi qu'il avait devant lui.

Bemadotte voulait ménager les Français; de là des tergiversations qui le firent passer pour traître

et des contradictions qui en font un fiobert-Macaire.

Blucher était le mieux fait pour tenir tête à Napoléon. Axissi lui donna-t-on ordre de ne pas livrer de bataille et on ne cacha pas cette partie de son instruction au général russe Langeron dont le corps fat attaché à l'année de 8ilésie. Le prince royal de Prusse mit à prix la tête de Napoléon et pour mériter les 500,000 roubles, un corps de Cosaques s'exerça à prendre l'empereur des Français*).

Le maréchal Oudinot, soutenu par Davoust, se porta sur Berlin, et Bemadotte avec 100,000 hommes ne put se décider à attaquer un ennemi quatre fois plus faible. — Après tout Berlin n'est qu'une ville, disait-il, et Bulow lui répondit: „pour un Prussien c'est plus que cela". Ce dernier attaqua Reynier à Gross-Beeren et le défit, le 23 juillet. A Leibnitz, la Landwehr prussienne fit ses preuves pour la première fois en détruisant le détachement Gérard. M. Thiers attribue la défaite d'Oùdinot au manque d'unité dans le commandement et à ce que les 12,000 Saxons abandonnèrent Reynier. Le fait est que deux régimefits de hussards westphaliens du corps de Victor passèrent à l'ennemi sous les ordres de Hammerstein.

Conformément au plan de la campagne qui prescrivait de prendre une oflfensive rigoureuse et de

*) DenkwUrdigkeiten eines Liefïànders.

mareher sur le camp français, Blucber marcha sifr le corps de Ney à Lœwenberg, mais Langeron reAisa d'attaquer, et Ney passa le Bober. Il suffit de Fapparition de Napoléon pour faire reculer Blucher. On voulut attaquer Dresde qui, suivant l'avis de Gourgaud n'aurait pas pu tenir. Jomini était d'avis de le faire, mais Moreau dit que ce serait sacrifier 30,000 hommes et démoraliser les troupes. ToU se rangea de cette opinion. On ne s'en porta pas moins sur Dresde, mais Napoléon eut le temps d'arriver et, après avoir repoussé l'attaque, il passa à l'offensive, et dirigea ses coups contre les Autiichiens dont onze bataillons déposèrent les armes devant une charge de Murât. Il plut toute la journée, les iusils ne partaient pas, les soldats perdaient leurs souliers dans la boue et les Auùîchiens étaient démoralisés même par le manque de pain. Un boulet enleva les deux jambes à Moreau au moment où il était aux côtés de l'empereur Alexandre.

Ce fut en faisant tout le' contraire de la dispo^' sition, qui devait leur servir de règle, que les alliés remportèrent la victoire de Kulm. Vandamme reçut l'ordre de leur couper la retraite à travers les montagnes. Le duc Eugène de Wurtemberg avec mie poignée de Russes lui tint tête à Pima pendant toute la journée du 27 août Ce fut pour se débarasser d'Ostermann-Tolstoy que Wittgenstein l'envoya auprès du duc, et Barclay de ToUy lui envoya une

division des gardes russes sans avoir consulté l'Empereur. Le roi de Prusse qui était allé à Teplitz pour consoler l'empereur François de la défaite de ses troupes à Dresde, comprit toute l'importance de la situation du duc Eugène et envoya à YermoloflF Tordre de faire donner les gardes, disant que l'empereur Alexandre courait le danger d'être pris. Ce dernier expédia le colonel prussien Schuler à Kleist avec ordre de se retirer sur les derrières de Vandamme. Kleist qui se trouvait lui-même dans une position critique et ne savait par où se retirer, obéit, et déjà la veille, Alexandre, en l'absence de Schwarzenberg, avait décidé Mettemich à donner l'ordre à CoUoredo d'amener sa division à Kulm. Les Français se voyant cernés, quoique au nombre de quarante mille hommes, jetèrent leurs canons et essayèrent de s'ouvrir un passage, maisVandamme fut fait prisonnier par les Russes et Haxo par les Prussiens. Le prince Léopold de Cobourg avait fait une charge brillante, à la tête de quelques régiments de la cavalerie de la garde russe; Ostermann-Tolstoy eut le bras gauche emporté par un boulet, et l'empereur Alexandre dit au duc Eugène : „ Je sais tout ce que nous vous devons; mais la résignation est la plus belle des vertus"*).

*) Barclay de Tolly reçut pour la bataille de Kulm Tordre de St. George première classe, sans doute pour avoir désobéi aux ordres de Schwarzenberg et s'être retiré de Dresde par la route

Napoléon en apprenant la défaite deVandamme proféra les vers de Corneille:

Pendant vingt ans j*ai combattu pour tes autels

Et j'ai toujours vu que le sort d'un État

Dépendait d'un moment

C'est vrai; mais ce qui n'était pas vrai, c'était de dire qu'il n'avait pas donné à Vandamme l'ordre de marcher sur Teplitz.

Cependant ses bulletins perdirent dans cette guerre leur caractère mensonger. Voyant qu'on n'y croyait plus, il écrivit dans ses instructions au majorgénéral: „La vérité, la sincérité, voilà ce qu'il faut aujourd'hui". Cet hommage tardif à la vérité fait qu'on peut, pour cette campagne, se fier aux sources françaises plus qu'on ne le pouvait jadis.

Ce qui avait empêché Napoléon de venir au secours de Vandamme, ce fut la défaite de Macdonald du 26 août sur la Katzbach; car, comme il l'avait dit déjà, le sort de cette guerre voulait que les Français fussent battus partout où il ne commandait pas en personne. Macdonald, à la tête de 70 à 80,000 hommes

de Dippoldiswalde au lieu de celle de Feterswalde ou de Teplitz, où il aurait pu sans doute rencontrer le gros de Tennemi, et pour avoir permis de s'échapper à une partie de l'infanterie française à Kulm, en commençant trop tard l'attaque. Le prince de Schwarzenberg reçut l'ordre de St. André. L'opinion publique en Kussie, par patriotisme, continua à attribuer la victoire de Eulm à Yermoloff et à Ostermann-Tolstoy, et l'empereur Nicolas l'honora en envoyant, lors de l'érection du monument sur le champ de bataille, l'ordre de St. André à ces deux généraux déjà en retraite.

devait poursuivre Blucher. Il marcha sur Jauer le 26, pendant que Sébastiani et Souham se portèrent sur Janowitz. Blucher attaqua ces derniers et les défit. Le 29, la division Puthod fut détruite. Les Français perdirent cent canons dans la boue et près de 20,000 hommes, en y comprenant les maraudeurs. Leurs conscrits se battirent mieux dans la bonne que dan& la mauvaise fortune. Le général russe Sacken prit nne part honorable à cette victoire.

Le 6 septembre Ney perdit la bataille de Dennewitz contre Bulow: vingt canons et phis de 15,000 hommes. Depuis la bataille de Dresde, la perte des Français se montait à 100,000 hommes. Les succès des alliés ne pouvaient nécessairement que relever leur courage et leurs espérances, et les revers des Français devaient donner un sujet de sérieuses réflexions à Napoléon. Aussi, au printemps, Alexandre avait donné Tordre de fortifier la Pologne, et en automne Napoléon donna l'ordre de fortifier le Rhin.

Napoléon quitta la rive droite de l'Elbe en dévastant les champs et en brûlant les forêts qui appartenaient cependant à ses amis les Saxons. Les alliés reçurent en renfort l'armée de Bennigsen de 57,000 hommes, et 121 bataillons et 127 escadrons autrichiens. Blucher s'avançait contre Napoléon, et Bemadotte, tout „en étant d'accord avec lui", ne profitait pas de ses succès. Napoléon connaissait le

plan des alliés, et au lieu de battre leurs années en détail, il leur permettait de se concentrer autour de lui, tandis qu'il avait, de son côté, été renforcé par le corps d'Augereau.

La bataille de Leipzig dura quatre jours, du 16 au 19 octobre. Les Autrichiens eurent l'art de se faire battre dès le premier jour, mais nous ne voulons pas attribuer tout à leur mauvaise volonté, il faut aussi faire la part de l'incapacité. Le prince royal de Suéde fut absent toute la journée du 17, et ne céda qu'aux menaces de l'envoyé anglais, mais Tempereur François fiit présent et les monarques assistèrent sur le monticule de Gossa à la bataille de Wachau, où la cavalerie française après avoir renversé le détachement du duc Eugène fut ramenée par les cosaques de la garde. Le 18, l'anniversaire de Taurontino, les alliés avaient 300,000 honmies sous les armes et Napoléon n'en avait que 190,000. La victoire ne pouvait donc être douteuse. Bennigsen tourna la gauche des Français, et la défection des 3,000 Saxons n'a pu décider du sort d'une bataille à laquelle prirent part 500,000 hommes. Le 19, les alliés emportèrent la ville, et les Français se retirèrent sur Lutzen. On trouva le roi de Saxe dans une cave en habits de gala, et il ne sut que parler de son „haut allié", l'empereur des Français. Le 21, Napoléon arriva à Erfurt avec 20,000 hommes et y apprit la défection des Bavarois. Ds s'unirent aux

d'âlexandre i«». 153

Autrichiens et essayèrent de couper la retraite des Français à Hanau. Mais comme Fa dit Napoléon, il a pu £giire Wrède comte, mais il n'a pu en faire un général. Les Français ne trouvèrent donc pas une autre Bérézina à Eonzing, mais ils s'ouvrirent à travers les 50,000 ennemis un passage sanglant et glorieux.

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