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non content d'avoir abandonnée, accablait de mauvais procédés, en attendant qu'il lui aît intenté un procès qui a eu un si triste retentissement. Le Tzar se rendit avec le roi de Prusse à Oxford, où le Prince-Régent, en sa qualité de chancelier de l'université, les créa docteurs, et leurs portraits sont encore dans la salle d'audience, dite le théâtre. L'orar teur public prononça un discours latin et les élèves gradués récitèrent des vers sur l'incendie de Moscou et la chute de Napoléon*).
La Cité de Londres ayant présenté une adresse à l'Empereur, Alexandre y répondit en ces termes:
„Je vous remercie de cette adresse obligeante et flatteuse. J'ai longtemps désiré de visiter ce pays, et c'est avec une satisfaction particulière que je me vois au milieu de vous, après une guerre remplie de gloire qui a rétabli la paix de l'Europe. Je suis persuadé que cette paix fera longtemps le bonheur de l'humanité. Assurez vos concitoyens de l'estime que je leur ai toiyours portée. Leur conduite pendant la guerre longue et périlleuse que nous avons soutenue, commande mon admiration comme celle du monde entier. J'ai été allié fidèle de la Grande-Bretagne pendant la guerre, et je désire rester son ami dévoué pendant la paix".
'*') Quand, en 1815, il s'agit de faire docteurs Blncher et Gneisenan, le premier dit : ,,C*est Gneisenau qui a fourni les pilules'*. C'était en effet lui qui commandait l'artillerie.
Le 20 juin, il y eut une grande revue au Hyde- Park, et le 23 une manœuvre navale à Portsmouth, à laquelle assistèrent 89 amiraux et capitaines, et 10,000 marins. Le lendeipain, quinze vaisseaux de li^e saluèrent le passage des monarques par 42 coups de canons chacun.
Le 27, Alexandre s'embarqua à Douvres et passa en Hollande, où il visita Sardam et la cabane que Pierre-le-Grand y a occupée comme charpentier. Audessus de la cheminée, il fit clouer une plaque en marbre avec cette inscription: ^yPetro Ma^fiio Aie-
Il revint à St. Pétersbourg en juin 1814, et se rendit de suite à l'église de Notre-Dame de Kasan pour remercier Dieu de ses victoires. A Pavlovsk il y eut une fête „pour les Vainqueurs", à laquelle on chanta les couplets de Labanoff: „Le Tzar blanc (grand) russe".
Le Synode, le Conseil de l'Empire et le Sénat venant offrir à Alexandre le titre de Bém^ l'Empereur y répondit en ces termes mémorables:
„La demande que m'ont faite le Saint-Synode, le Conseil de l'Empire et le Sénat dirigeant, par rapport à l'érection d'un monument, et l'acceptation du titre de Béni^ me donne une grande satisfaction, parce que j'y reconnais d'une part la bénédiction de Dieu qui veille sur nous, et d'une autre les sentiments des corporations de l'empire russe qui me
donnent le nom le plus flatteur. Tous mes efforts sont dirigés à implorer par de ferventes prières la bénédiction de Dieu sur moi et sur mon peuple fidèle, et à être béni de mes sigets loyaux et bien-aimés, comme de la race humaine, en général. Mais avec tous mes efforts pour l'obtenir, je ne puis, comme homme, me permettre d'être assez présomptueux pour accepter ce nom, et m'imaginer que j'aie déjà obtenu ce bonheur. Je le considère d'autant plus incompatible avec mes principes, que de tout temps, et à toute occasion, j'ai exhorté mes fidèles sujets à la modestie et à l'humilité; je ne veux donc point donner un exemple en désaccord avec ces sentiments. Néanmoins, j'exprime ici toute ma gratitude. Je prie ces corps d'abandonner de tels desseins. Puisse un monument m'être érigé dans vos cœurs, comme il en existe un dans le mien pour vous. Puisse mon peuple me bénir dans son cœur, comme je le bénis dans le mien. Puisse la Russie être heureuse et puisse la bénédiction divine veiller sur elle et sur moi!"
CHAPITEE SEIZIÈME.
Vienne et Paris.
Le traité à Paris s'était conclu avec un parfait accord, parce qu'on était convenu de se réunir dans deux mois à Vienne pour y décider les questions les plus difficiles. Mais le congrès ne s'ouvrit pas avant novembre 1814 et fat fermé le 9 juin 1815, après la signature de l'acte général consistant en cent-vingt^ et-un articles et dix-sept traités séparés.
Ce fut une faute que d'avoir exilé Napoléon si près de l'Italie et de la France, et c'en fut une autre que de fixer le congrès à Vienne au lieu de Paris, ce qui aurait rendu le retour de Napoléon impossible. Mais le congrès lui-même ne devait commettre que des fautes. Les alliés avaient rencontré des difficultés dans la conduite de la guerre, ils en eurent bien d'autres, quand il s'agit de partager le butin. Cependant, la présence des têtes couronnées aurait dû faciliter l'œuvre, car on n'avait pas à demander aux cours respectives des instructions ou des ratifications.
1 68 fflSTOIRE
Ce fiit Alexandre qui prévint toute discussion au sujet de l'étiquette qui avait absorbé tant de temps au Congrès d'Utrecht, en faisant adopter pour régie que les puissances signeraient les protocoles par ordre alphabétique. Quelquefois même, les princes et les ministres signèrent sans aucune espèce d'ordre.
„Le congrès dansait et ne marchait pas". Alexandre donnait souvent des dîners de plus de trois cents couverts, mais en général il n'y avait d'admis à la table des princes que le duc de Wellington, le prince de Schwarzenberg et le comte de Wréde. L'empereur François dépensait 25,000 francs par jour pour sa table*). Des bals masqués et des pique^niques à Schœnbrunn absorbaient le temps des pacificateurs de l'Europe, qui avaient cependant bien des affaires sur les bras; il s'agissait de régler les destinées de la Saxe, de la Pologne, de l'Italie et de la Belgique, ce qui n'était pas chose aisée. Mais on songea à satisfaire les vainqueurs plus qu'à assurer le bien-être des trente-deux millions d'habitants dont les destinées dépendaient des parties contractantes. L'Autriche devait rentrer dans la possession de la Lombardie, la Hollande recouvrer la Belgique, FAngleten-e conserver les acquisitions maritimes qu'elle avait faites pendant la guerre; mais le sort de la Saxe et du duché de Varsovie embarrassait tout le monde.
*) Voy. le comte de Lagarde, Fêles et souvenirs du congrès de Fienne,
La Saxe ne s'était pas plus mal conduite que la Bavière ou le Wurtemberg qui n'avaient joint les alliés qu'au dernier moment. Il était d'ailleurs injuste de punir un peuple des fautes en politique commises par son souverain, mais la Prusse avait le plus souffert de Napoléon, et avait en dernier lieu fait les plus grands efforts pour le renverser. Il fallait la dédommager, et les Saxons eux-mêmes aimaient mieux passer à la Prusse en entier que d'assister au partage de leur patrie. La Russie ne voulait pas^ abandonner le ducbé de Varsovie qu'elle occupait, et sur ces deux points il y avait parfait accord entre la Prusse et la Russie. La France, l'Angleterre et l'Autriche formèrent alors une alliance secrète pour balancer les deux autres cabinets. L'empereur Alexandre en étant informé, se refroidit d'autant plus envere les Bourbons, que Louis XVIII avait refusé de marier le duc de Berry avec la sœur du Tzar, disant que la famille des Romanoff n'était pas assez ancienne, n'était pas catholique romaine, et était folle. Alexandre proposa dans une des séances de donner la couronne de France à la branche cadette des d'Orléans, mais Lord Clancarty représenta que ce serait remplacer l'usurpation militaire par une usurpation de famille, et l'affaire n'eut pas de suite*). Talleyrand, qui avait été le ministre de Napoléon, sut se
*) Voy. Les Mémoires (t Outrer Tombe par Chateaubriand.
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maintenir dans la même qaalàté aaprès des Bomboiig, et pour la somme de trois millions de fiancs il se eliargea de la défense de la Saxe, et Ton accepta le principe du partage. Quant au duché de Varsovie, Tempereur Alexandre déclara qu'il le tenait par la force des armes et ne le céderait qu'à la force. Le grand-duc Constantin fit même un appel aux Polonais pour soutenir les intentions libérales de l'Empereur à leur égard. Les ProYinces rhénanes, la Wes^haËe devenaient prussiennes, pour rétablir l'état de la Prusse tel qu'il avait été en 1805; la diète Germanique se formait avec des promesses de gouvernement reinrésentatif. Gênes se trouvait annexée au Piémont pour indemniser la maison de Savme des misères dont l'avait accablée Napoléon, Murât conservait le royaume des Deux-Siciles, ayant fait un traité avec l'Autriche en temps opportun, et l'embarras était de trouver l'augmentation de territoire dont il avait fait une condition pour abandonner son beau-frére. Les Bourbons étaient rétablis en Espagne, et la Belgique catholique et gauloise se voyait jointe à la Hollande protestante, mariage qui n'était pas plus solide que celui de la Pologne avec la Russie.
Laharpe fut présent au Congrès, conservant assez d'influence sur l'empereur Alexandre pour assurer l'indépendance de la Suisse. Les cantons du Valais, de Genève et de Neufchâtel forent donc joints aux vingt-deux cantons déjà existants pour former ce que
l'empereur Alexandre appela ]si ferme fnodèle de la démocratie en Europe.
1^ duc de Seichstadt fut l'objet d'une admiration générale à Vienne. Avec ses boucles blondes, sa veste de hussard noire et son crachat de la légion d'hon* neur, sous la direction de Madame de Montmorency, il recevait les visites avec une parfaite grâce et parlait de Fontainebleau et de Malmaison.
L'empereur Alexandre visita en compagnie de l'archiduc Charles le champ de bataille de Wagram et après avoir entendu le récit du premier jour de combat, il s'écria: — Quel homme extraordinaire, il laisse son armée dans le plus grand danger et va tranquillement se coucher!
Si les agents de Napoléon l'avaient mieux informé de la marche des affaires, il aurait retardé son départ du lieu de son exil, jusqu'à ce que les armées eussent été débandées, ou bien jusqu'à ce que le désaccord de ses ennemis eût pris un caractère sérieux. Ce fut l'empereur Alexandre qui reçut le premier, à un bal, la nouvelle du départ de Napoléon de l'île d'Elbe, et il dit à Talleyrand: „Je vous ai toujours dit que cela ne pouvait pas durer". Mais pendant huit jours, les alliés furent incertains quant au pays où l'ex-empereur des Français s'était rendu. Dès qu'ils furent informés de son débarquement à Cannes, ils le mirent hors la loi, et il fat même dèslors question de Ste Hélène.
Le Tzar envoya le lendemain un courrier pour arrêter le retour de ses armées, et il se vit bientôt à la tête de 300,000 hommes et de ],500 canons. Le retour de Napoléon applanit toutes les difficultés et le duché de Varsovie fut annexé à la Russie.
Napoléon montra autant de dignité à sa rentrée, qu'il en avait fait voir peu à son départ. La désaffection de Farmée pour les Bourbons, son enthousiasme pour son ancien chef furent si grands, qu'il fut unanimement acclamé. Il avait pourtant dit à la garde à Fontainebleau: „Soyez fidèles aux rois que la France s'est donnés". Les Bourbons s'eufiiirent de Paris sans défendre les Tuileries, comme l'avait conseillé le maréchal Marmont et d'autres, et Alexandre s'écria qu'il ne tirerait jamais l'épée pour la défense des Bourbons. Le sort de Napoléon fut décidé avant que les Russes n'eussent atteint le champ d'action. Napoléon laissa à ses généraux plus de liberté d'action à Waterloo qu'il ne l'avait jamais fait auparavant; or habitués à une obéissance passive, ils perdirent la bataille contre le flegme anglais et l'enthousiasme prussien.
Napoléon eut peur de s'embarquer pour les États- Unis, parce que le navire devait toucher aux côtes d'Espagne dont il avait si profondément offensé le peuple. Au lieu de se fier aux flots, il se fia à la générosité du peuple qu'il avait lui-même appelé „un peuple de marchands". On lui donna un roc du
haut duquel il fatigua le monde de ses querelles avec son geôlier. Illu8tre réfugié interné sur l'océan, il connut les souffrances que son neveu devait imposer â des milliers de ses adversaires politiques.
Murât n'eut pas plus de tête. Accablé des remords de sa conscience, des reproches de sa femme, il trahit ses nouveaux amis avec plus de facilité qu'il n'en avait mis à abandonner son bienfaiteur. Fait prisonnier, il mourut au moins comme il avait vécu, — en héros. Fusillé par les soldats qu'il avait luimême commandés, il fit place aux Bourbons sur le trône des Deux-Siciles, et tira ainsi les alliés d'un assez grand embarras.
Alexandre revint à Paris le 1 1 juillet 1815. Cette fois-ci il n'y eut pas d'ovations. Les uniformes anglais et prussiens représentaient aux Français la conquête et non la délivrance. Blucher ne parlait que de brûler Paris; mais quand il voulut détruire le pont d'Jéna, il y trouva posté un bataillon russe. Wellington souflFrit l'exécution du maréchal Ney malgré la convention qu'il avait signée avec Davoust. Le général anglais Sir R. Wilson, à la tête des Anglais résidant à Paris, protesta à l'ambassade britannique contre ce meurtre judiciaire, mais sans eflfet.
Le 10 septembre eut lieu la grande revue dans les plaines des Vertus.
Le second traité de Paris du 20 novembre 1815 enleva à la France Landau, Sarrelouis, Versoix, Phi-
lippeville, Marienbourg et rasa Huningue. H imposa de plus une capitulation de 700,000,000 de francs, n a été dit qu'Alexandre a renoncé à sa part, mais elle fut versée au tréisor russe et employée non à couvrir les frais de la guerre, mais à faire face aux dépenses courantes. Les Russes devaient occuper la Lorraine, et le comte Alopeus fut nommé gouverneurgénéral de Nancy. Les Russes méritèrent par leur conduite la bienveillance des habitants qui disaient qu'ils aimaient mieux trois Russes qu'un seul Bavarois, mais le soldat russe prit trop de goût au pain et au vin de la France, les désertions croissaient en nombre, et WorontzoflF craignit de perdre toute sa division, si l'occupation devait durer les cinq ans stipulés par le traité.
Alexandre avait alors une tournure d'esprit mystique, qui produisit la Sainte-Alliance. Elle est généralement considérée comme l'œuvre de madame de Krudner; mais il est faux de la croire une catholique romaine, elle avait été sœur de charité protestante. L'Angleterre ne signa pas cette alliance, parce que ses orateurs la représentèrent au pariement comme étant dirigée contre les libertés des peuples. Tel n'était point son objet, et on ne peut que louer les principes religieux qui présidèrent à la rédaction de cet acte, tout en désirant qu'il soient gravés dans le cœur des souverains plus qu'écrits sur du papier.
L'auteur des Mémoires d Outre-Tombe dit: „Madame de Erudner habitait un hôtel du Faubourg St. Honoré. Les jardins de cet hôtel s'étendaient jusqu'aux Champs-Elysées. Alexandre entrait incognito par une porte de ce jardin, et des conversations politiques et religieuses se terminaient par de ferventes prières. Madame de Krudner m'invita un jour à une de ses soirées spirituelles; moi, homme de toutes les chimères, j'abhorre la rêverie, je déteste le nébuleux et je méprise la jonglerie; un homme ne saurait être parfait. La scène m'ennuya; plus je voulais prier, plus je sentais la sécheresse de mon âme. Je ne trouvais rien à dire à Dieu, et le diable me tentait de rire. J'aimais mieux madame de Krudner quand, entourée de fleurs et habitant encore cette pauvre terre, elle composait Valérie; seulement je trouvais que mon ancien ami, M. Michaud, général aide-de-camp d'Alexandre, mêlé à cette idylle, n'avait pas assez du berger, malgré son nom. Madame de Krudner, devenue un séraphin, cherchait à s'entourer d'anges".
Dans son Cûngrès de Vérone, M. de Chateaubriand dit: „D'abord il fut sans foi (Ale^ndre), et conmiença par être athée, plus tard il devint déiste; du déisme il passa à la religion grecque, avec une disposition en faveur du catholicisme que lui ont inspirée les Jésuites et surtout le père G^rrel. Il resta flottant; comme il cherchait de bonne foi et
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comme son imagination était exaltée en matière spirituelle , il se tourna vers Filluminisme des sectes germaniques^^
A son retour en Russie, le Synode et le Conseil d'État lui présentèrent le grand cordon de St. George. Alexandre le refiisa disant qu'il ne l'avdt pas mérité, mais que par respect pour cette institution, il acceptait la quatrième classe.