‹ Histoire d'Alexandre ier, empereur de RussieChapitre 24 sur 26 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

Servage el finances.

Nous avons encore une belle page dans l'histoire du régne d'Alexandre, c'est celle qui a trait à l'émandpatîon des serfs dans les proyinces de la Baltique. La Livonie et l'Esthonie, conquises par Pierre-le- Grand aux Suédois, avaient pendant quelque temps appartenu à la Pologne, mais les classes supérieures y sont d'origine allemande: les nobles descendent des chevaliers de l'ordre teutonique du Glaive et le tiersétat des bourgeois de Brème et de Lubeck. La Courlande avait formé un duché séparé qui fut joint à la Russie sous le régne d'Anne Ivanovna. Les paysans des deux premiers gouvernements sont de la race finnoise — Leths et Esths; quant aux Kours, ils appartiennent à la race lithuanienne. La forme de la religion dans les trois provinces est luthérienne. Elles ont été jointes à l'empire russe, à condition de conserver leurs privilèges, dont elles jouissaient sous la Suède, avec un mélange de lois polonaises. La

noblesse et la bourgeoisie sont supérieures en civilisation aux mêmes classes en Russie; mais le paysan russe a plus d'intelligence que le paysan de cette race inférieure à la race slave.

Le 23 mai 1816 (v. st.) parut, ainsi que nous l'avons mentionné, le premier règlement concernant les paysans de l'Estbonie. D y fut dit qu'en conséquence de la demande de la noblesse de cette province, en 1811, les serfs allaient devenir libres. Le 25 août 1817, fiit publié le règlement pour la Courlande, à la suite d'une commission qui avait été constituée à cet effet en 1814. Le 24 septembre 1819, on célébra une solennité à Mitau et un Te Deum Ait chanté en présence de l'Empereur.

En Livonie, le^ choses ne se passèrent pas aussi fikcilement; les serfs qui ne furent pas à même d'ac» quitter leurs redevances, furent chassés de leurs terres et de leurs cabanes, et eurent sujet de regretter leur état antérieur, qui du moins leur assurait un toit et de la nourriture. Il fiit donc prescrit qu'une moitié des serfs y^ serait libre, à la St. George 1823, l'autre moitié en 1825, les ouvriers et les domestiques en 1825 et en 1826, et les enfants à leur naissance.

. On ne fit rien, en attendant pour les serfs russes, et beaucoup d'entr'eux s'enfuirent en Pologne. L'Empereur consulté s'il fallait les faire rendre, répondit que la Pologne jjevait jouir de ses droits et privilèges. Cette perte en hommes fut cependant

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compensée par les colons allemands qui s'établirent dans les provinces méridionales de la Russie en si grand nombre, qu'il fallut prendre des mesures pour empêcher l'accroissement indéfini de cette émigration.

Le 22 septembre 1823, à l'anniversaire de la naissance de l'Empereur, on abolit l'impôt sur le revenu qui avait été introduit en 1812.

La dette étrangère se montait en 1819 à 99,600,000 florins, mais la moitié des intérêts de cette dette était payable par la Hollande et l'Angleterre. Les assignats se montaient à 214,201,184 florins. L'emprunt du T' juillet 1817 produisit 38,022,875 roubles et l'on retira autant de papier monnaie de la circulation, en le brûlant le 12/24 avril 1818. Le 1" janvier de l'année suivante un. nouvel emprunt ftit contracté dans les Pays-Bas. Un conseil de crédit fiit en même temps formé à la Banque impériale du commerce. H fut présidé par le prince Loprukhine et ouvrit ses séances le 10/22 février 1818. En 1821, les importations se montaient à 190,388,897 roubles et l'exportation à 105,085,897 roubles.

En avril 1821, pour prévenir le retour des famines, des magasins de blés furent établis dans tout l'empire russe. Le gouvernement prit sur lui le soin des routes publiques, en imposant à cet effet 25 kop. par tête. Quant à la chaussée entre St. Pétersbourg et Moscou commencée sous ce règne, elle ne devait être achevée que huit ans après la mort d'Alexandre.

En 1823, il y eut un changement de ministère. Gourieff, le ministre des finances, prit son congé et fiit remplacé par Cankrine. Le 9 juin, "Zakomelsky, ministre de la guerre, mourut et fut remplacé par Tatistcheflf. Le chancelier Roumianzoff se retira de» affaires étrangères pour céder sa place définitivement au comte de Nesselrode. Le prince Wolkonsky, chef de l'état major, fut remplacé par Diebitch; mais pour faire voir que le premier n'était pas en disgrâce, on lui donna l'ordre de St. André.

Quatre vaisseaux grecs naviguant sous le pavillon russe ayant été saisis par les Turcs en 1823, on s'attendit à une guerre; mais les représentations du ministre britannique à Constantinople forcèrent le divan à élargir ces navires.

Le 1 7 avril 1 824 fut signé un traité avec les États-Unis. La Bussie renonça à ses prétentions sur un long espace du littoral de l'Océan pacifique, ce qui avait failli amener une rupture entre les deux États, que la présence de Lord Strafford Canning à St. Pétersbourg sut surtout empêcher.

Dans le cours de son règne, Alexandre créa ou réforma sept universités, un lycée à Odessa, 204 gynmases et séminaires et 2,000 écoles pour le peuple sur le système de Lancaster.

Le poète Pouchkine qui, en 1815, comme élève du lycée de Tzarskoë-Sélo, avait chanté le triomphe d'Alexandre, fut exilé au midi de la Russie pour son

Ode à la liberté, dans laquelle il déplorait les excès de la révolution française et l'assassinat de Paul. La vue du Borysthène lui inspira l'ode à Ovide qui avait aussi été exilé dans ces lieux, et la vue d'un portrait du Tzar lui arracha cet inpromptu:

Orb Hor-b ;^o rojioBbi npe.4ecTHajï RapTima, Orb ro«ioBbi Ao non» nperjiynaA cROTHBa*).

Mais c'est calomnier Alexandre que de dire que Pouchkine a été fustigé. Nous ne pouvons pas en dire autant de Gretch qui imprima les vers de EyléieflF: „Le Magnat". Il était plus dangereux d'offenser AraktchéieflF que son maître.

Le sort du poète Baratynsky fiit plus triste. On sait que Shakespeare fut arrêté un jour comme braconnier et accusé d'avoir volé un cerf. H se vengea par des vers amers contre le maître du château et quitta son lieu de naissance pour aller chercher fortune à Londres. Baratynsky était page lorsque les Brigands de Schiller devinrent si à la mode que même l'assemblée nationale française l'avait fait citoyen français en lui envoyant un diplôme: „Au publiciste allemand 6ile". Les pages jouèrent aux Brigands dans les rues de St. Pétersbourg et déposaient au grenier de leur école les objets qu'ils enlevaient aux passants. Baratynsky, qui n'était qu'un enfant, fîit fait soldat et resta tel pendant neuf ans,

*) Des pieds à la tête un bel être;

De la tête aux pieds une stupide bête.

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malgré les demandes de grâce du prince Golitzine que ce dernier renouvelait chaque année*).

*) A la mort de Baratynsky je publiai ce fait dans' le Journal des Débats et je reçus quelques jours après une lettre de mon frère de Florence disant : ,,Hier, en entrant dans le salon du comte Orloff , j'ai été salué par ces mots : ^Yotre frère vient ' de faire une nouvelle infamie, il a écrit dans le Journal des Débats que la souffrance était le lot de la capacité en Russie. Voy. Mes mémoires (en russe).

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